Sket Dance - À la découverte du Gag Manga

6 février 2013 4 commentaires
  • Après des années d'attente, un des derniers hits du Weekly Shonen Jump encore inédits en France arrive enfin chez nous. Que nous réserve la découverte de Sket Dance?

Manga comique présentant de courtes histoires – entre un et trois chapitres – Sket Dance propose de suivre un club composé de trois jeunes gens – Bossun, Himeko et Switch – dont la vocation est de rendre service aux autres. Sous des dehors bon enfant, le manga multiplie les situations improbables et les personnages invraisemblables pour susciter rire et surprise chez le lecteur. Si la recette semble excellente, et le résultat tout à fait convaincant, il a fallu attendre assez longtemps pour voir arriver le titre en France. Pourquoi donc ?

Histoire d’une publication

Sket Dance débute au Japon dans le Weekly Shonen Jump en 2007. Il ne connaît pas immédiatement le succès, et sa publication se trouve même menacée durant les premiers mois. Il faut attendre une petite année pour qu’il s’impose véritablement dans le magazine. Entretemps, Kento Shinohara trouve le ton juste et introduit, au tome 5, un développement important qui marque de manière décisive l’identité du titre. Depuis, Sket Dance est un pilier du magazine et connaît une adaptation en animé extrêmement populaire.

Sket Dance - À la découverte du Gag Manga

En France, Sket Dance ne trouve d’abord pas d’éditeur. Malgré le succès croissant au Japon, le caractère assez indéfinissable du titre, sa dominante comique, la dimension feuilletonnesque de longue haleine et l’absence de véritable fil rouge suscitent la circonspection des éditeurs habituels de shonen. Qui plus est, Kenta Shinohara est un ancien assistant de Hideaki Sorachi, l’auteur de Gintama, édité en France par Kana. Or, si Gintama est un succès au Japon depuis près de dix ans et fait les beaux jours du Jump, il est considéré comme un échec en France, n’y ayant pas trouvé son public.

L’association immédiate de Sket Dance à Gintama et sa nature de gag manga - dont le lectorat serait encore à trouver en France - freine les ardeurs éditoriales françaises. Les tomes s’accumulent au Japon (on en est aujourd’hui à 28), alors que les éditeurs, ne souhaitant plus prendre de risques, se tournent vers des séries plus courtes. Et Sket Dance de rester l’une des rares séries du top 50 Oricon - les meilleures ventes annuelles au Japon - à ne pas être éditée en France.

Mais le paysage éditorial change, et Kazé, racheté par Viz et donc Shueisha, prête une attention plus grande aux grands titres encore délaissés du géant japonais.

Parmi ceux-là, Sket Dance. Tant mieux : il s’agit tout bonnement d’un des tout meilleurs shonens actuellement publiés au Japon, et cela aurait dommage que le public français en soit privé.

Sket Dance T2 – Par Kenta Shinohara – Kazé

Let’s (Sket) Dance !

Comédie qui a pour cadre la classique structure lycéenne, Sket Dance raconte les aventures des trois élèves qui constituent le "Sket Dan" – ou Sket Club en Français – dont la vocation est de répondre aux requêtes de leurs camarades et enseignants.

Fujisake Yusuke dit Bossun, le leader de groupe, se caractérise par diverses compétences, que l’on découvre au fil des histoires, le plus souvent merveilleuses et inutiles à la fois. Onizuka Hime, alias Himeko, ancienne délinquante et donc véritable force de frappe du groupe a pour principale tâche de ramener aux réalités ses deux acolytes. Enfin, Usui Kazuyoshi, ou Switch, se présente comme un geek, façon hyperbolique : son expression ne change pas et il ne prononce jamais directement la moindre parole, utilisant pour communiquer un ordinateur qui synthétise vocalement les propos qu’il écrit.

Autour de ces héros gravite toute une galaxie de personnages secondaires peu à peu introduits par les premiers volumes, faisant vivre d’eux-mêmes l’univers de Sket Dance, éclipsant parfois complètement le trio initial dans certains chapitres. Chacun de ces personnages récurrents est l’occasion de déployer délires et situations précises que le lecteur a plaisir à retrouver de chapitre en chapitre.

La structure narrative du manga est simple : sur un à trois chapitres de courtes histoires se déploient. Les développements extrêmement efficaces tranchent donc avec la production actuelle du shonen. Sur ce patron initial se greffent de temps à autre des histoires un peu plus longues.

Sket Dance T1 – Par Kenta Shinohara – Kazé

Trois genres s’entremêlent dans Sket Dance : comédie, enquête et drame. L’équilibre est un peu bancal dans ces deux premiers volumes publiés. Si le comique est omniprésent en toile de fond, l’accent est mis sur la structure d’enquête et quelques chapitres font le choix de l’émotion. Mais dans ce dernier registre, Sket Dance ne brille pas immédiatement par son originalité. Ce ton plus grave ne touchera réellement le lecteur que plus tard dans la série, lorsque sera abordé le passé de chacun des héros.

Lorsque l’enquête régit la narration, le manga est efficace, mais c’est véritablement quand Kento Shinohara laisse libre-cours à ses inspirations burlesques que Sket Dance déploie pleinement son potentiel : le dernier chapitre du tome 1, introduisant le phénoménal personnage de Roman Soatome, en est une démonstration évidente.

Le "Sket Club" selon Kazé

Kazé propose une édition honnête de Sket Dance : la traduction est habile, alors même que les nombreux jeux de mots et gags référentiels constituent un vrai défi. Par ailleurs, une opération commerciale d’importance accompagne le lancement du titre : les deux premiers volumes sont vendus au prix très attractif de 3,99 euros l’unité.

On peut cependant s’interroger sur certaines orientations marketing : un sous-titre – « le club des anges gardiens » - absent en japonais, a ainsi été ajouté. La formulation de « mission », adoptée pour désigner les chapitres, est là aussi un choix de l’éditeur français. Enfin, la couverture du tome 2 a été changée : la version originale - Himeko équipée de marionnettes - a été remplacée par une couverture plus classique présentant le trio de héros.

Souligner de la sorte la dimension d’enquête est étrange car ce registre s’estompe rapidement à mesure d’ailleurs que la qualité du titre progresse. Surtout, ces changements semblent témoigner d’une orientation vers un lectorat shonen a priori assez jeune. Ce choix marketing peut surprendre car Sket Dance ne s’adresse pas exclusivement au lectorat classique du shonen, bien au contraire. Ce manga devrait plaire à un public plus mature, adulte, que la lecture d’historiettes à se tordre de rire serait à même de séduire.

Sket Dance – Par Kenta Shinohara – Kazé

Sket Dance se cherche un peu durant les premiers volumes. Les deux premiers sont globalement bons, mais les histoires, de qualité inégale, oscillent entre l’excellence et l’anecdotique. Graphiquement, le trait séduisant de Kenta Shinohara est encore un peu instable, comme souvent dans les débuts de manga. Par ailleurs, la série a besoin de mettre en place son univers et ses personnages, et ces volumes servent en quelque sorte d’exposition.

D’ores et déjà, Sket Dance se positionne comme une bonne surprise qui joue des codes dominants du shonen et s’en démarque à la fois. Sous une apparence de banale comédie destinée au jeune lectorat, c’est une série susceptible de plaire au plus grand nombre qui se met en place, avec la promesse d’une amélioration constante, de volume en volume. Que l’on soit amateur de manga, ou juste curieux de découvrir ce que la production dite mainstream peut produire de qualité, Sket Dance constitue une série à ne pas manquer et à suivre de près pour 2013.

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Sket Dance T1&2 – Par Kenta Shinohara – Kazé

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