Tintin et l’Alph-Art - Tintin - Hergé

9 janvier 2004 1 commentaire
  • En 1983, Hergé disparaissait en laissant avec lui un lourd héritage: l'ébauche d'une nouvelle aventure de Tintin, "L'Alph-Art", avec interdiction formelle de la faire dessiner par un autre que lui. Cet album mythique, qui fut l'objet d'une peu confortable édition en 1986, est désormais intégré à la collection normale des albums de Tintin, qu'il vient clôturer. A jamais?

Bob de Moor était convaincu qu’il pourrait le réaliser, cet album. Fanny Remi, se référant à des entretiens où Hergé se montrait réticent à l’idée que d’autres que lui pourraient reprendre Tintin, mit fin à ce rêve de son plus fidèle collaborateur... et de millions de tintinophiles.

Elle accepta néanmoins que soient édités, en 1986, les documents de travail d’Hergé. Les 42 feuillets constituant la genèse de cette 24e aventure de Tintin. L’étrange coffret réalisé alors, reprenant un bloc de croquis, et un autre, avec la retranscription des textes des notes et des croquis, était pratiquement inutilisable. Difficile de lire en même temps les crayonnés d’Hergé et leur retranscription. Il fut néanmoins vendu à 160.000 exemplaires et est aujourd’hui épuisé. Une paille par rapport aux dizaines de millions d’albums vendus dans le monde, dont 17 millions uniquement en Belgique francophone !

En le rééditant à 500.000 exemplaires, Casterman fait donc un pari risqué. La commémoration du 75e anniversaire de Tintin sera-t-elle suffisante pour relancer l’intérêt pour la série ? La réponse est, sans conteste, oui. Mais cela suffira-t-il à attirer le grand public vers un album que l’on destinerait, a priori, aux amateurs ? La réponse est moins évidente.

Le travail de maquette est pourtant magnifique. Retranscriptions des textes et croquis d’Hergé sont désormais intimement mêlés. On lit donc les textes comme ceux d’une pièce de théâtre ou d’un scénario de film, les feuillets d’Hergé - parfois démesurément agrandis - venant en illustration de ceux-ci. Une adaptation astucieuse, réellement plaisante à lire. D’autant plus que les croquis rapides d’Hergé, pleins de vie et d’énergie, contrastent avec le calme et la perfection calculée des albums finis.

L’album se termine par quelques pages retrouvées qui feront le bonheur des collectionneurs. Ce sont des feuillets de notes complémentaires qui ne figuraient pas dans l’édition de 1986 et qui viennent donc compléter l’iconographie de cet album mythique.

Il reste toutefois un regret, mais cela, Casterman n’y peut rien. C’est que ce 24e album de Tintin reste à l’état d’ébauche alors que tout est en place pour en réaliser une édition définitive. Le succès des éditions pirates, parfois excellentes comme celle du Québecois Yves Rodier, où l’album a été complètement dessiné et terminé, témoigne d’une réelle demande des fans de Tintin.

Si l’on accepte que Spielberg adapte ses aventures au cinéma, avec toutes les dénaturations auxquelles l’on peut s’attendre, ne pourrait-on également admettre que cet album soit terminé par l’un des fidèles adeptes de la ligne claire ? Le succès de la suite de Blake et Mortimer est la preuve qu’un personnage peut survivre à son créateur pourvu qu’on lui trouve des successeurs talentueux. Et "L’Alph-Art" en version finalisée pourrait être la bouée de sauvetage dont a besoin Moulinsart après le désastre financier de la comédie musicale de Tintin en France.

(par Patrick Albray)

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