Union Station - Par Ande Parks & Eduardo Barreto - Akiléos

5 décembre 2004 0
  • 1933, Kansas City. Une fusillade entre des gangsters et des hommes de loi émeut l'Amérique toute entière et permet à Hoover de pousser le Congrès à faire passer des lois qui amèneront à la naissance du FBI. Mais Hoover a-t-il manipulé les faits pour arriver à ses fins?

Si la fiction historique a moins cours dans les comics américains qu’en bande dessinée franco-belge, quelques exceptions notables existent tout de même.
Connu aux USA pour ses nombreux travaux d’encrage (entre autres sur la série Green Arrow parue en France chez Sémic, scénarisée par le réalisateur Kevin Smith et dessinée par Phil Hester), Ande Parks fut marqué par sa lecture du From Hell de Moore et Campbell, une autre grande fiction historique, et décida de travailler sur les événements entourant cette fusillade. Il se documenta sérieusement avant de mettre en scène ce qu’il revendique comme une fiction, basée donc sur des faits réels : quand des agents du Bureau of Investigation (qui n’était donc pas "federal" en 1933) arrivent à la gare de Kansas City pour convoyer un criminel, ils sont accueillis, eux et deux policiers locaux, par des complices du criminel, qui tirent dans le tas... tuant leur complice, ainsi que plusieurs des agents du Bureau et un des policiers locaux. Jusque-là, les faits sont avérés. Mais l’enquête qui va suivre comporte de nombreuses zones d’ombre, et semble indiquer que J. Edgar Hoover, qui dirigeait déjà le Bureau et cherchait à obtenir plus de pouvoir, n’a pas fait grand cas de la vérité et a poussé à la condamnation - et à l’exécution - de plusieurs criminels qui n’étaient peut-être pas impliqués dans cette affaire.
Cette thèse est défendue depuis de nombreuses années aux USA, mais Parks, qui la reprend à son compte, l’insère dans une fiction dont les protagonistes prennent vie grâce à une écriture crédible qui refuse les stéréotypes et le mélodrame. Deux personnages en particulier, le policier local survivant et un journaliste qui se trouvait par hasard sur le lieu de la fusillade, se retrouvent broyés par la machine infernale qu’était l’alliance objective entre Hoover et certains chefs criminels locaux dont l’influence se faisait alors grandement sentir.

Union Station - Par Ande Parks & Eduardo Barreto - Akiléos

Mais la réussite de cet album tient bien sûr aussi au travail du dessinateur Eduardo Barreto. Encore un quasi-inconnu dans notre pays... D’origine uruguayenne, celui-ci travaille depuis longtemps aux USA, surtout pour DC Comics. Un travail de 3 ans pendant les années 80 sur les Teen Titans, plusieurs one-shot sur Superman ou Batman, et surtout, un intérêt évident pour le passé. Ses travaux les plus remarquables sont sur une mini-série du Martian Manhunter (un extraterrestre exilé dans l’Amérique des années 50), une série du célèbre personnage du Shadow se passant dans les années 30 ou un one-shot imaginant un équivalent étonnament crédible de Batman pendant la Prohibition. Son souci de la vraisemblance et ses personnages réalistes, sans l’emphase de la plupart des dessinateurs de super-héros, font de lui l’artiste idéal pour le scénario de Parks. Sur cet album, sa mise en scène très solide, son utilisation des ombres et son trait stylisé (qui le rapprochent d’un Alex Toth par bien des côtés) font revivre pour le lecteur une époque où les plus hauts représentants de l’État pouvaient profiter d’évènements tragiques pour aménager les lois à leur convenance.
Comme le dit Ande Parks dans les notes concluant le volume, « Dieu merci, ça ne pourrait pas arriver aujourd’hui ».

(par François Peneaud)

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