Vente aux enchères exceptionnelle à Paris et à Bruxelles

  • La Bande Dessinée a la cote ces temps-ci. Au propre comme au figuré, comme en témoigne une vente aux enchères qui aura lieu ce mois-ci, dotée de lots d'une grande beauté. La curiosité, c'est que, bien involontairement, un lien de plus sera créé entre les deux capitales, car la même vente s'y tiendra simultanément...

Soucieux de se rapprocher du public belge tout en élargissant sa proposition commerciale, la maison de vente aux enchères Millon, récemment associée à Cornette de Saint Cyr, s’est adjointe les compétences de Alain Huberty et de Marc Breyne, libraires et galeristes bien connus de Bruxelles, à l’enseigne de Petits papiers, pour développer une antenne de ses activités dans la capitale belge.

Si L’Année de la BD 2009, un évènement organisé par le gouvernement de la Région bruxelloise, n’a pas été étrangère au choix de la maison parisienne, c’est surtout la rencontre avec le duo d’experts belges qui les a motivés à entreprendre cette expérience. Grâce à la réputation de ces derniers, plusieurs auteurs qui ne vendent pas spécifiquement leurs œuvres ont accepté l’invitation, le catalogue présenté en devenant du coup extrêmement prestigieux.

La Bande dessinée, un Art en Mouvement

Vente aux enchères exceptionnelle à Paris et à Bruxelles
Marc Breyne et Alexandre Millon
© CL Detournay

Nous l’évoquions encore récemment : la bande dessinée accèderait-elle définitivement au rang de Neuvième Art auquel elle prétend depuis des années ? Toute forme d’art étant subjective, il serait futile de mégoter pour la qualifier ainsi à un moment plutôt qu’à un autre. Mais le fait est que, alors que leur vente se banalise de plus en plus, les collectionneurs avisés s’intéressent davantage aux originaux rares.

Si, il y a quelques années encore, l’exposition de bandes dessinées dans son salon pouvait encore être jugé il y a quelques années comme un comportement d’adolescent attardé, les mentalités ont changé. Même s’il faut souvent l’oeil d’un expert pour distinguer une planche originale d’une copie, le commun des lecteurs aisés prend de plus en plus de plaisir à posséder un dessin, voire la couverture d’un album.

En temps de crise, l’art, on l’a bien vu avec la vente Bergé et, fait nouveau, la bande dessinée dont les prix de référence explosent ces temps-ci, demeurent une valeur refuge. Conclue en plein milieu de la crise automnale, la dernière vente de Millon et Associés qui s’est déroulée le 15 novembre dernier a battu tous les records, et on a vu certaines œuvres de Druillet monter jusqu’à plus de 200.000 €.

Derrière ces montants, il faut bien entendu questionner la valeur intrinsèque d’une œuvre. Certains grands musées ont déjà ouvert leurs porte à la bande dessinée, et la récurrence de ces expositions prestigieuses montre que nous avons dépassé un cap jamais atteint jusqu’ici.

« Ce moment est magique, nous explique Marc Breyne, car si la bande dessinée est déjà assez âgée pour que l’on y reconnaisse plusieurs générations, des écoles, des courants et des filiations, c’est aussi un art où l’on peut encore posséder une œuvre issue en ligne directe de l’auteur ou de sa famille. Ainsi, en présentant, lors de cette vente, une grande partie de pièces n’étant pas encore passées par plusieurs mains, nous garantissons tout autant leur authenticité que leur qualité. »

© Janry/Dupuis

Un catalogue hors norme

Il serait fastidieux de faire la liste des planches, couvertures et dessins originaux présentés à cette vente, mais le caractère exceptionnel de ce rassemblement ne fait aucun doute, autant que l’éclectisme des genres présentés : « Nous avons souhaité découper la vente en sept grand chapitres", nous explique Marc Breyne, « pour éviter l’ordre alphabétique qui parfois noie certains œuvres, tandis que le rapprochements de styles assez dissemblables n’est bénéfique pour personne.  »

La vente regroupe donc des œuvres :

- des années Tintin et Spirou avec Batem, Andréas, Chaland, Francq, Hausmann, Herman, Rosinski, Alec Séverin, Vance, et Janry entre autres (signalons que la vente des 12 dessins de ce dernier sera au bénéfice d’œuvres caritatives).

- de l’école Belge des années 50 avec Cuvelier, Franquin dont la planche d’un beau gag de Gaston ainsi que des albums dédicacés et des tirages de têtes, de forts beaux dessins et crayonnés d’Hergé dont une superbe planche du spectre d’Ottokar, Hubinon, Jacobs avec un instructif crayonné très abouti d’une planche de l’affaire du collier, ainsi que Jijé, Macherot, Morris, Peyo, Tillieux, Will avec une superbe couverture couleur, etc.

© Moulinsart

- des années Pilote ou l’on retrouve trois très belles planches de Calvo, mais aussi Druillet, Jean Giraud/Moebius avec une superbe couverture couleur de Stan & Atan, Gotlib, Greg, Mézières et Uderzo entre autres.

- Quand la bande dessinée mène à l’illustration ... avec les meilleurs exemples du genre : François Avril, Baudoin, Ever Meulen, Geluck, Götting, Loustal, Swarte et le superbe original d’Yslaire pour la série Atomium de Champaka.

- des années (A suivre), dont on retrouve des planches (ou des dessins) de tous les grands noms du mensuel, à savoir Boucq, Breccia, Comès, De Crécy, Juillard, Manara, de très belles œuvres de Schuiten, ainsi que toute une grande série d’illustrations, de planches, de dessins, de fusains, d’aquarelles et de lavis de Tardi. À noter, une très belle couverture d’Hugo Pratt.

- de quelques dessins et de planches d’Heroïc Fantasy dont une sélection issue des Donjon Monsters, une fort belle encre de chine de Loisel, ainsi que d’autres dessins mais aussi une planche de la Quête de l’Oiseau du temps et de Peter Pan, des dessins de Mourier, Tiburce Oger, Serpieri, Tarquin et Trondheim parmi d’autres.

- enfin, Quelques couvertures de plus ..., dont celle de Marée Basse de Gribrat, une superbe composition de Frank Pé, de beaux exemples du talent d’Hulet, de Jigounov, de Léo, de Marini, de Vance pour Luc Orient, et une magnifique peinture d’Alice. A noter six encres de chine de Joann Sfar constituant un ensemble évolutif.

Vous pouvez visionner plus en détails ces œuvres en feuilletant le catalogue de la vente

© Tardi/Casterman

Une vente en Duplex

Seule ombre au tableau, Millon & Associés ne se seraient pas assez renseignés pour organiser leur première vente belge, car l’autorisation de leur laisser prendre place au Vaudeville ne leur a pas été accordée par les instances légales.

« C’est assez ridicule", constate Alexandre Milllon, "car la loi belge est sujette à interprétation et, comme par hasard, la balance n’est pas tombée de notre côté. On peut d’ailleurs s’interroger sur les raisons qui ont poussé à nous refuser une dérogation, alors que nous souhaitions mettre la Belgique et Bruxelles BD 2009 en avant. »

Cet incident de parcours oblige donc la maison de vente à organiser une « première » : un Duplex entre Paris où sera donné le coup de marteau légal, et Bruxelles qui relaiera les images par écran géant. Pratiquement, toutes les œuvres seront d’abord exposées à Paris, puis à Bruxelles, pour qu’une partie reprenne le chemin de la Ville Lumière afin d’être présentée pour la vente. Les enchères pourront se réaliser de part et d’autre, et il reste à espérer que la cacophonie ne règne pas lors des enchères de dernière minute entre les deux capitales.

De plus, Alain Huberty et de Marc Breyne se sont vus confier des œuvres rares, car le lieu de vente belge, à savoir Bruxelles, semblait tenir à cœur aux dépositaires. Espérons que ce souci de lancement ne brisera pas l’élan des divers protagonistes... « Cela ne nous démotive pas dans notre volonté de fonder une antenne de vente bruxelloise » , nous répond Alexandre Millon. « Nous allons reprendre calmement toutes les procédures, car nous voulons organiser à terme plusieurs ventes annuelles, dont au moins deux ventes par an liées à la bande dessinée, et dont la prochaine se tiendra au mois de septembre 2009 ».

Aucun doute : le marché de l’original de bande dessinée est en train de trouver ses marques en Europe.

© Alice

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Vente "La Bande Dessinée : un Art en Mouvement"
Expositions :
BELGIQUE :
Jeudi 19 et vendredi 20 mars
de 11h à 20h
Théâtre du Vaudeville à Bruxelles

FRANCE :
Du 9 au 13 mars, sur Rendez-Vous
5, Avenue d’Eylau - 75116 PARIS
et
le 21 mars de 11h30 à 15h00 au
15, Avenue Montaigne - 75008 PARIS

La vente se déroulera le 21 avril à partir de 16h.

Cocktail : le jeudi 19 mars de 18h à 21h, au Théâtre de Vaudeville.

Toutes les informations sur www.millon-associes.com.

En médaillon : Le Chat de Philippe Geluck (C) Geluck / Casterman - Extrait de la couverture du catalogue.

 
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5 Messages :
  • Vente aux enchères exceptionnelle à Paris et à Bruxelles
    12 mars 2009 01:24, par Jean-Christophe Thallier

    Je trouve MILLON & ASSOCIES un peu léger quand ils affirment :

    Les 10 lots qui suivent, tous de la main d’Hergé , témoignent du
    professionnalisme de l’auteur même lorsqu’il s’agissait de travaux publicitaires
    dont il aurait pu laisser la réalisation à son studio.

    Parce que certains me semblent clairement de la main de Bob de Moor, à qui on doit une grande partie des Picaros.

    Et pour ces lots, ils ne rajoutent pas (comme pour les autres crayonnés) :Un certificat d’authenticité de la Fondation Hergé est en cours de réalisation et pourra être retiré dans le courant de l’année.
    C’est sûr que du Hergé vaut plus cher que du Bob de Moor, mais je reste sceptique.

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    • Répondu le 13 mars 2009 à  21:53 :

      Je suppose que vous faites allusion aux crayonnés (ou plutot crobards) pour les publicités du fromage à languette de la Vache qui rit.
      Effectivement, j’ai du mal à imaginer Monsieur Hergé réaliser ce travail au crépuscule de sa vie. Monsieur Millon devrait faire preuve d’un peu plus de sérieux dans ses luxueuses ventes (champagne offert aux habitués).
      Je me trompe peut etre, mais il me semble que les Studios Hergé ont justement été conçus pour produire ces travaux qui ennuyaient Hergé.

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      • Répondu par Moynot le 16 mars 2009 à  01:47 :

        De plus, le cabinet Millon a des pratiques (courantes envers les artistes) extrêmement désagréables (je peux préciser si on me le demande) et auxquelles nous, auteurs de bande dessinée, ne sommes pas accoutumés. Pourvu que ça dure. En clair, je déconseille de faire affaire, dans un sens ou dans l’autre, avec ces gens qui ne connaissent rien à notre métier et qui n’ont d’autre but que de se glisser dans un créneau "émergeant".

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        • Répondu le 16 mars 2009 à  10:13 :

          (je peux préciser si on me le demande)

          Mais oui mais oui, précisez cher Moynot, ça peut être intéressant.

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          • Répondu par Moynot le 17 mars 2009 à  03:21 :

            Frais de port à la charge de l’auteur, convention signée à la dernière minute, incitation à baisser le prix de réserve en dessous du raisonnable, présentation "hiérarchisée" dans le catalogue (ce qui fait que les auteurs les moins connus, présentés au rabais et à vil prix, ne sont là que pour faire nombre)… Si les auteurs sont traités avec un tel mépris, les acheteurs ne peuvent que l’être aussi (se référer à ce qui est dit plus haut sur les "imprécisions" du catalogue quant à l’auteur véritable de certaines pièces "Tintin"). Ce genre d’attitude, pour n’être pas illégale, n’en est pas moins moralement indéfendable.

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