5305 BD publiées en 2016 : un chiffre stable dans un marché disputé

31 décembre 2016 0 commentaire
  • Une progression marquante de la production de la BD jeunesse, les phénomènes « L’Arabe du futur » et « Le Pen », un net leadership des « marques propriétaires » (Lucky Luke, Blake & Mortimer…), un lien de plus en plus marqué entre la BD et le cinéma, une nette progression de la production des comics, une percée du manga français, un coup de frein marqué dans la production de Delcourt et une envolée du prix des originaux de BD dans les ventes publiques sont les principaux marqueurs de l’année 2016.
5305 BD publiées en 2016 : un chiffre stable dans un marché disputé

À quoi sert le Rapport Ratier ? C’est depuis des années, un rendez-vous attendu des observateurs de la BD francophone, une sorte d’instantané de la production française publié depuis 17 ans par Gilles Ratier, bibliothécaire dans le civil et depuis des années critique, directeur de collection et commissaire d’expositions, auteur de nombreuses introductions savantes pour les intégrales des éditions Dupuis ou Dargaud, entre autres. Il est assisté dans ce travail par les membres de l’ACBD, l’Association des journalistes et des critiques de bande dessinée francophones. Un rapport produit de façon complètement bénévole et qui s’est amélioré au cours des années. Il faut saluer cette initiative qui fait l’admiration des observateurs étrangers, mais aussi de nombreux professionnels, qu’ils soient éditeurs ou journalistes.
A quoi sert-il ? Il permet d’une année à l’autre de dégager une réflexion sur les grandes tendances du marché. Alors quelles sont-elles ?

Le tome 7 de Lou par Julien Neel (Ed. Glénat)

La revanche de la BD jeunesse

Avec 370 nouveautés cette année, le segment jeunesse est celui qui progresse le plus rapidement ces dernières années : 203% en six ans ! C’est un juste retour des choses car, dans les années 1980-2000, un bon nombre de créateurs pour la jeunesse s’étaient détournée de ce genre pour se tourner vers une bande dessinée pour adultes plus valorisée par les médias et les festivals. Cela avait créé un vide rapidement rempli par les mangas et les blockbusters super-héroïques hollywoodiens.
Heureusement, ces dernières années, des phénomènes comme Lou ! (Glénat), Les Légendaires (Delcourt), Les Carnets de Cerise (Soleil), Les Sisters (Bamboo), Les Profs (Bamboo), Game Over (Glénat) ou Seuls (Dupuis) ont montré qu’il y avait une relève derrière les sempiternels Astérix, Lucky Luke, Boule et Bill et autres Schtroumpfs ! Une bonne nouvelle car les jeunes lecteurs d’aujourd’hui seront les lecteurs adultes de demain !

Depuis plusieurs années, les différents genres de BD sont stables.
© Gilles Ratier / ACBD

L’impact de l’actualité

Les phénomènes « L’Arabe du futur » et « Le Pen » ont marqué l’année 2016. Le premier, sur sa lancée de l’année 2015 occupe la quatrième place des plus gros tirages de l’année : 220.000 exemplaires, l’équivalent d’un Goncourt, et devant des « pointures » de la BD classique comme Thorgal ou XIII. Idem pour madame Le Pen qui, entre La Face crashée de Marine Le Pen de Riss, Richard Malka et Saïd Mahrane chez Grasset et La Présidente T. 2 de Farid Boudjellal et François Durpaire (Les Arènes) dépasse également le cap des 200.000 exemplaires de tirage. Ces réussites traduisent le succès de la « bande dessinée d’actualité », le premier profitant –indépendamment de ses qualités intrinsèques- de la curiosité du public pour l’actualité syrienne ; la seconde traduisant probablement une angoisse du public de voir arriver l’extrême-droite au second tour des présidentielles de 2017. On notera au passage que les éditeurs de ces deux titres ne sont pas des « pure players » de la bande dessinée, mais des éditeurs généralistes, indice que la bande dessinée a désormais sa place dans le catalogue de toutes les maisons d’édition, quelles qu’elles soient.

Jul et Lucky Luke, N°1 des ventes 2016
© Dargaud / Lucky Productions

Un marché drivé par les « marques propriétaires » (Lucky Luke, Blake & Mortimer…)

Tendance désormais permanente dans la production actuelle : quatre des dix premières places des dix tirages les plus conséquents de l’année sont le fait de marques « propriétaires », c’est-à-dire appartenant à des éditeurs qui les « prêtent » à des auteurs comme le font les éditeurs américains. Deux d’entre elles, Lucky Luke et Blake & Mortimer occupent les deux premières places, loin devant les outsiders. Les éditeurs ont tout à gagner à promouvoir ces univers qu’ils peuvent décliner à l’envi sur les écrans et en produits dérivés sans avoir à s’encombrer d’un ayant droit quelconque. Ce sera sans doute encore le cas l’année prochaine avec un Astérix attendu à la première place. Mais les auteurs résistent bien, surtout dans le secteur jeunesse.

Un lien de plus en plus marqué entre la BD et le cinéma

Savez-vous que plus de dix BD franco-belges occuperont les écrans des salles de cinéma l’année prochaine ? Entre le très attendu Valérian pour juillet, la cinquième saison de Silex in the City, Seuls en février, Les Smurfs 3 et Boule et Bill 2 en avril, Le Petit Spirou et Zombillenium en octobre, Média-Participations rafle ra sans doute la mise en 2017 après l’avoir raflée en 2016 avec Tamara qui a totalisé 900 000 entrées, réalisant ainsi la 19e audience française de l’année !

Tamara, 900.000 entrées en 2015
(c) Dupuis

Une belle progression de la production des comics

C’est l’audiovisuel qui, de même, a dynamisé le secteur des comics avec, en tête, The Walking Dead, Les Simpson et Garfield, très présents sur le petit écran, et puis aussi Star Wars, et les super-héros DC et Marvel qui triomphent sur le grand écran. Cela ne devrait pas baisser en 2017. Il faut saluer le dynamisme de Urban Comics et de Glénat, très actifs cette année, et la belle constance de Panini et de Delcourt, mais aussi de petits labels méritants qui, chacun à sa manière, crée une véritable culture du comic book dans notre pays.

La percée définitive des mangas français

Déjà Japan Expo 2016 avait salué cet été la réussite de la « French Touch » du manga. Elle se confirme dans le film de cette année avec l’arrivée en deuxième position du premier tome de Ki & Hi T. 1 de Fanny Antigny, et du Youtubeur Kevin Tran publié chez Michel Lafon. Fort des ses millions de followers, Kevin Tran avait vendus près de 50.000 exemplaires en trois jours, son tirage avoisinant les 230. 000 ex. ! Il rivalise avec One Punch Man (Kurokawa) qui domine nettement les One Piece (Glénat) et les Naruto (Kana) qui trustaient les premières places ces dernières années.

Un coup de frein marqué dans la production de Delcourt

Si pour Gilles Ratier et l’ACBD, 2016 est « l’année de la stabilisation » (Ah bon ? Pourquoi cette année et pas l’année dernière ?), on remarquera une réduction très marquée de la voilure pour Delcourt qui décélère la production depuis plusieurs années et qui s’est montré moins dynamique que Média-Participations pour la deuxième année consécutive. D’ailleurs, en chiffre d’affaires, d’après GfK cité par Ratier, c’est Média-Participations qui prend la tête avec près de 22% de parts de marché, contre 16% pour Delcourt et 13% pour Glénat.

Parts de marché 2016 d’après GfK
© Gilles Ratier / ACBD

Les originaux de BD font des records dans les salles de vente

Enfin, c’est une fois encore l’année de tous les records pour les ventes d’originaux de BD en vente publique qui totalisent près de 30 millions d’euros sous le marteau cette année, au-dessus du record déjà enregistré l’année précédente. Nous y reviendrons.

En 2016, les ventes publiques d’originaux ont battu tous les records.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Il est vrai que jamais la bande dessinée n’aura été tant valorisée que cette année record pour Hergé dont l’exposition au Grand Palais aurait, selon Michel Serres sur Europe 1, dépassé en fréquentation l’Expo Picasso dans la même institution. Hergé a été LA star culturelle de la fin de cette année, mais aussi la bande dessinée en général puisqu’aussi bien en ce moment encore, Franquin, Schuiten & Peeters, Philippe Geluck comme Luz ont eu droit conjointement à une exposition dans les musées parisiens. Du jamais vu !

© Hergé / Moulinsart

2016 aura été une année faste pour le 9e art en France, et il fallait bien cela après le deuil des dessinateurs de Charlie Hebdo en 2015. 2017, espérons-le, devrait suivre le même chemin.

LIRE LE RAPPORT RATIER-ACBD 2016 - En PDF gratuit

Rapport Ratier ACBD 2016
Documents
Gilles Ratier, gourou-comptable de la BD francophone depuis 17 (...)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?