Clérisse et Smolderen se souviennent de l’Atome

25 février 2013 7 commentaires
  • Alexandre Clérisse et Thierry Smolderen imaginent un complot mêlant science-fiction, psychanalyse et style atome. Leur album « Souvenirs de l’Empire de l’Atome » réinterprète les canons graphiques des années cinquante et s’interroge sur les aspirations d’une époque très à la mode. Complexe, mais brillant.

Paul, écrivain de science-fiction, est un élu, en ce sens qu’il est en lien télépathique avec Zarth Arn, héros d’une civilisation du futur : « L’Empire de l’Atome ». Paul voit à travers le temps et l’espace et comprend que cette civilisation à venir inspire et oriente les progrès techniques de la décennie 1950. Lorsque le don de Paul est mis en lumière par un gourou nommé Gibbon Zelbulb, l’écrivain perd le contrôle de sa relation télépathique et met en péril Zarth, au prise avec des joutes politiques. Entre Washington et l’Expo 58 de Bruxelles, « l’homme qui parle au futur » tente de cerner son savoir, qu’un psychanalyste est prêt à qualifier d’affabulation. L’énigme se joue autant sur le plan psychologique que spatial…

Clérisse et Smolderen se souviennent de l'Atome
Un extrait de "Souvenirs de l’Empire de l’Atome"
© Clérisse - Smolderen - Dargaud

Depuis quelques années, les années cinquante sont à nouveau à la mode. Vêtements, graphisme, fictions télévisées (la passionnante série « Mad Men »),… On retrouve de l’atome un peu partout. Souvent, l’évocation tourne au clin d’œil, au pastiche. Surtout quand on parle de la science-fiction de l’immédiat après-guerre. Pour concevoir cet album, le scénariste Thierry Smolderen a entrepris la démarche exactement inverse de celle de George Lucas pour « Star Wars ». Là où le réalisateur américain puisait dans les pulps (Buck Rogers en tête) pour fonder un empire galactique au centre d’un space opera charpenté comme un western, le scénariste de bande dessinée choisit une option beaucoup plus sérieuse. Il y glisse de la psychanalyse et partage son érudition. « Souvenirs de l’Empire de l’Atome » est une fiction qui s’interroge sur le sens de la science-fiction. Outre cette réflexion théorique distillée au fil du récit, on y croise véhicules, mobilier, thèmes littéraires, éléments d’architecture chers aux créateurs de cette génération. On pense à Franquin bien sûr. En effet, comment ne pas voir en Gibbon Zelbulb, publicitaire mégalomane, un Zorglub en puissance ?

L’Atomium de l’Expo 58 à Bruxelles
Totem du design de cette époque

L’hypothèse d’une civilisation future qui infuserait ses idées dans le déroulement du vingtième siècle sert de socle à un récit qui pêche un peu par son côté éclaté. Si le scénario est assez complexe, le dessin est limpide. D’un point de vue graphique, c’est tout simplement somptueux. Alexandre Clérisse dompte la courbe des années 1950 est joue parfaitement avec les codes du genre. Les auteurs réalisent un exercice de style très ambitieux, esthétiquement et narrativement. Un condensé culturel du style atome sous les atours d’une fiction. D’une science-fiction.

(par Morgan Di Salvia)

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Souvenirs de l’Empire de l’Atome – Par A. Clérisse & T. Smolderen – Dargaud

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VOIR EN LIGNE : le site dédié à l’album

A propos d’Alexandre Clérisse & Thierry Smolderen, sur ActuaBD :

> Thierry Smolderen explique la naissance de la bande dessinée

> Ghost Money T1, T2, T3

> McCay T3

 
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7 Messages :
  • Depuis quelques années, les années cinquante sont à nouveau à la mode. Vêtements, graphisme, fictions télévisées (la passionnante série « Mad Men »

    "Mad Men" se passe dans les années 60

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    • Répondu par Morgan Di Salvia le 25 février 2013 à  10:23 :

      Vous avez raison, mais les premières saisons de la série sont très imprégnées du design fifties.

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      • Répondu par lebon le 25 février 2013 à  12:47 :

        Ce livre est tout simplement formidable il est l’une des ses pépites que nous livre trop rarement le neuvième art, il faudra suivre ce livre afin qu’il obtienne l’écho et le succès qu’il mérite, et ce, même s’il faut réduire la publicité qui est faite aux ramasseurs de médailles en chocolat, nombrilistes à la mode, gâcheurs de papier et autres poseurs de galerie.

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  • Clérisse et Smolderen se souviennent de l’Atome
    25 février 2013 12:57, par Guerlain

    Il faut surtout signaler que cette histoire est fortement inspiré par la vie de l’auteur de SF Cordwainer Smith, de son vrai nom Paul Myron Anthony Linebarger, qu’on a longtemps soupçonné d’être le sujet du "jet-propelled couch", qui n’est pas une invention des auteurs, mais un livre réel qui traite effectivement du cas d’un physicien persuadé d’être en contact avec des entités extraterrestres.
    Un livre intéressant, mais l’intervention de Franquin au milieu est complètement inutile et inintéressante.

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    • Répondu par lebon le 25 février 2013 à  13:08 :

      Je ne connais pas bien les références dont vous parlez et ce livre aiguise ma curiosité. C’est un grand livre.

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    • Répondu par Brian Addav le 25 février 2013 à  18:50 :

      Mais non, l’intervention de Franquin est tout sauf inutile, surtout si on parle d’atome... :o)

      Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cet excellent livre, il faut absolument aller voir le site/blog que les auteurs ont tenu pendant la réalisation, et qui parle ouvertement de toutes les influences qu’on y trouve :
      http://empiredelatome.wordpress.com/

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  • Clérisse et Smolderen se souviennent de l’Atome
    2 mars 2013 19:11, par L. Lépine

    Cet album est effectivement une comète dans le ciel de la BD. On ne sait d’où il vient mais on imagine des mondes. Il illumine notre ciel pendant un temps puis il disparait et nous restons avec de la poussière d’étoile dans les yeux, des vocations naissent. Les comètes reviennent. Espérons donc une nouvelle pépite comme celle-ci.

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