"Inculte Futur", une exposition de Moolinex à la Galerie Arts Factory

26 février 2018 3 commentaires
  • Depuis presque trente ans, Moolinex dessine, peint, sculpte, imprime, brode, joue de la musique... Avec une constance : faire populaire tout en dénonçant le populisme. La Galerie Arts Factory (Paris) expose ses œuvres subversives jusqu'en mars, avant la parution d'une monographie prévue chez Les Requins Marteaux.
"Inculte Futur", une exposition de Moolinex à la Galerie Arts Factory

"Je veux vivre debout et reposer ainsi - vertical - dans la terre des morts." Un aphorisme pour résumer une œuvre ? Peut-être. Cet aphorisme, nous le trouvons dans l’exposition consacrée à Moolinex à la Galerie Arts Factory.

Moolinex - de son véritable nom Jean-Pierre Simmonet - a été édité notamment par Atrabile, Cornélius, Le Dernier Cri et Les Requins Marteaux. Il est d’ailleurs l’un des fondateurs du collectif Ferraille. Après avoir fondé son premier fanzine, Flow Pow, en 1992, il travaille pour la Fanzinothèque de Poitiers. Il dessine ensuite sa série Flip & Flopi dans la revue Ferraille.

Mais il ne faudrait pas le cantonner à un seul domaine. Il s’est en effet exprimé dans différents champs artistiques, y compris la musique, seul et en groupe.

L’exposition que nous pouvons visiter jusqu’au 10 mars prochain nous permet de voir ou revoir des œuvres de Moolinex - dessins, peintures, sérigraphies, installations, canevas - et s’intitule "Inculte Futur". Est-ce à dire que notre avenir sera sans culture ? Le constat de l’artiste n’est pas optimiste. Avec humour et dérision, il invente un futur où seul a voix au chapitre ce qui flatte les plus bas instincts : la sexualité facile et tarifée, la consommation de masse vulgaire et abrutissante.

Ce mélange d’iconographie populaire et d’art contemporain puisant aux sources du dadaïsme, du situationnisme et du pop art est qualifié par Moolinex lui-même d’Art pute. C’est aussi l’expression-titre de ses carnets édités au début des années 2000 [1]. Couleurs vives et contrastées, formes brutes et organiques, humour trash et référencé composent un univers dérangeant et complexe, mettant en lumière, sous couvert d’imaginer un futur qui n’est déjà plus pour demain, nos bassesses culturelles.

Pas de leçon de moral pour autant ! À la fois sombres et ludiques, drôles et désolantes, les œuvres de Moolinex sont de l’ordre du constat. Mais cet état des lieux est tordu, amplifié, presque magnifié par les choix de l’artiste. Il emprunte ainsi à la peinture classique aussi bien qu’aux loisirs populaires des formats et des supports auxquels il attribue les sujets les plus triviaux qui soient.

Réunissant autant des peintures très récentes que certaines des œuvres les plus représentatives de la création de Moolinex, l’exposition de la Galerie Arts Factory [2] permet de se faire une idée assez complète de ce qu’a pu réaliser l’artiste ces vingt-cinq dernières années. Une œuvre contre la misère sociale et culturelle, où les aspérités accrochent le regard et l’esprit.

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Inculte futur
Exposition personnelle de Moolinex du 31 janvier au 10 mars 2018
Galerie Arts Factory Bastille
www.artsfactory.net
En partenariat avec Les Requins Marteaux & l’Agence culturelle de Dordogne
27 rue de Charonne 75011 Paris (métro : Ledru-Rollin ou Bastille)
Du lundi au samedi de 12 h 30 à 19 h 30 (infoline : +33(0)6 22 85 35 86)

Tous les visuels sont sous © Moolinex pour les œuvres & F. Hojlo pour les photographies.

[1Le Dernier Cri, de 2000 à 2004.

[2Cette exposition est une nouvelle version d’une précédente s’étant tenue en Dordogne à l’automne 2017, à l’initiative en particulier de l’Agence culturelle de Dordogne.

 
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3 Messages :
  • Un artiste d’une suffisance rare, méprisant l’art populaire pour en faire une oeuvre snob, humainement détestable.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 28 février à  16:52 :

      Vous faites, il me semble, un contre-sens. Moolinex recycle une imagerie avec humour sans stigmatiser ceux qui la "consomment". Mais c’est expliqué précédemment. N’oublions pas également qu’il est lui-même issu d’un milieu populaire, qu’il ne renie pas.

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      • Répondu par moolinex le 19 septembre à  18:06 :

        Un grand merci Frédéric Holjo pour ces articles extrêmement juste sur mon travail

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