Le Suaire - Par G. Mordillat, J. Prieur et É. Liberge - Futuropolis

27 février 2018 0 commentaire
  • Premier tome d’un triptyque consacré au suaire à travers les siècles. Depuis deux millénaires, le suaire a toujours été un important objet de fantasme. Quelle est la valeur d’une image imprimée sur un linge : est-elle une preuve de la nature divine du Jésus Christ crucifié au premier siècle de notre ère ?

S’agit-il d’un artifice fabriqué dans un but pécuniaire pour abuser les croyants ? Cette question n’est pas nouvelle et avait déjà donné lieu à un très bel album scénarisé par Valérie Mangin et dessiné par Bajram. Trois Christs était un exercice de style assez exaltant, en jouant de l’agencement des cases et des textes en trois parties (Dieu existe, Dieu n’existe pas, Dieu est radioactif).

Le Suaire - Par G. Mordillat, J. Prieur et É. Liberge - Futuropolis

Cette nouvelle série s’inscrit également sous le chiffre de la Trinité mais selon une logique différente. En effet, le premier tome qui vient de sortir se déroule dans la France du XIVe siècle, le deuxième se passera dans l’Italie turinoise du XIXe siècle et le dernier dans l’Espagne désertique du XXIe siècle.

Chacun des trois albums est lui-même construit autour d’un trio de protagonistes. Dans le deuxième volume, la fille d’un monarchiste convaincu sera l’amante d’un député socialiste, tandis qu’un troisième larron réalisera la première image du suaire, prétendant révéler le visage même du Christ. Dans le troisième volume, Lucy tournera un film sur les derniers jours de Jésus dont Tom est le producteur et Henry l’acteur principal.

Dans ce premier volume, Lucie, jeune nonne, doit bientôt prononcer ses vœux dans un monastère de la campagne de Troyes. Son cousin, l’évêque Henri de Troyes voudrait la faire renoncer à ses vœux car il en est amoureux, tandis que Thomas, le prieur de l’abbaye de Lirey, entend utiliser Lucie pour fabriquer un suaire afin de remplir les caisses de son abbaye. Bref, dans les trois tomes, une valse à trois temps se joue autour du suaire, d’une part, et de l’amour de Lucie, convoitée par Thomas et Henri du XIVe au XXIe siècle.

Cette histoire autour du suaire de Turin (passé auparavant par Chambéry), a été écrite par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, deux spécialistes de l’histoire des religions, auteurs de nombreux films documentaires et livres, qui ont ensemble publié Jésus contre Jésus, en 1999, et coréalisé Corpus Christi, en 1998, mais qui n’avaient encore jamais touché au neuvième art.

On sent leur expérience cinématographique dans la construction de ce récit qui ferait un bon synopsis de téléfilm historique. Le dessin est assuré par Éric Liberge, qui avait obtenu en 1999 le prix Goscinny pour son premier ouvrage, Monsieur Mardi-Gras Descendres (Dupuis). Si nous n’avions pas été enthousiasmés par son travail sur La Jeunesse de Staline, force est de reconnaître l’élégance de son trait à l’encre et au lavis dans cet album, dont le noir et blanc charbonneux contribue à instaurer une ambiance sombre tout en jouant sur les blancs. Attendons maintenant les deux derniers chapitres de ce triptyque pour voir si les auteurs sauront nous surprendre davantage.

(par Tristan MARTINE)

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Gérard Mordillat sera présent au Salon Livre-Paris dans un déabat intitulé L’HISTOIRE, AUTREMENT avec Marc JAILLOUX ("Alix", Casterman) et WARNAUTS & RAIVES ("Les Jours heureux", "Sous les pavés", Le Lombard), qui se posera la question de savoir comment la BD interroge-t-elle aujourd’hui le récit national et les enjeux de la mémoire.

> Date : Samedi 17 Mars 2018
> Créneau horaire (début-fin) : 11-12 heures
> Lieu : Scène BD-Comics-Manga
> Titre : L’HISTOIRE, AUTREMENT.

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