Kersten, médecin d’Himmler T1 : Pacte avec le mal - Par Patrice Perna et Fabien Bedouel - Ed. Glénat

20 février 2015 15 commentaires
  • C'est sans doute l'un des meilleurs albums du moment, qui s'intéresse à la biographie d'un médecin finlandais qui soignait Himmler, le bras droit d'Hitler et maître d'œuvre de la destruction des Juifs d'Europe.

Je vous avoue avoir ouvert cet album avec appréhension. En raison de cette couverture esthétisante, avec Heinrich Himmler et son air arrogant, cet uniforme nazi...Trop séduisante, je lui supposais une fascination ambigüe sous prétexte d’histoire. En l’ouvrant, je me suis vite rendu compte que ce n’était pas le cas.

Car le récit, très habilement mené met un homme au cœur de l’histoire : un Finlandais, disciple d’Hippocrate dont le serment fait vertu de soigner tout malade, fut-il le diable. Et ce diable-là, c’est Himmler, directement responsable de la mort de millions de gens, grand ordonnateur de l’extermination des Juifs européens. Sur cet homme, le docteur Kersten qui parvient à soigner ses douleurs chroniques, a quelque influence et parvient même, au nez et au menton glabre de Reinhard Heydrich, autre rouage majeur de la machinerie nazie, à faire libérer quelques opposants, voire à sauver de la déportation la Hollande entière !

À la manière d’un Fabien Nury, et avec un talent comparable, Patrice Perna retrace avec science et précision le contexte historique de la période. Fabien Bedouel que l’on a connu sur les excellents L’Or et le sang ou encore Un Long Destin de sang (tous aujourd’hui chez Glénat) dessine sans esbroufe mais rend parfaitement les physionomies et les attitudes des personnages, en particulier ce Heydrich au profil de squale qui soupçonne -à raison- que Kersten a partie liée avec les ennemis de l’Allemagne nazie. Il traque Kersten à chaque instant. Heureusement, ce gauleiter n’en a plus pour longtemps puisqu’il sera abattu par la résistance tchèque en 1942.

En attendant, le premier volume de ce diptyque impeccable s’arrête au moment où Himmler doit convaincre le Führer de changer ses plans en ce qui concerne la Hollande... Suspense insoutenable.

Kersten, médecin d'Himmler T1 : Pacte avec le mal - Par Patrice Perna et Fabien Bedouel - Ed. Glénat
Kersten, médecin d’Himmler T1 : Pacte avec le mal - Par Patrice Perna et Fabien Bedouel
(c) Ed. Glénat

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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15 Messages :
  • Oui, cet album est mémorable et passionnant ! Passons sur le dessin sobre mais efficace de Bedouel, associé à Merwan pour l’excellente série L’or et le sang,sur scénario de Fabien Nury. La surprise vient surtout de la qualité du scénario qui révèle une facette peu connue de la seconde guerre mondiale, à savoir la déportation souhaitée par Hitler de l’ensemble du peuple hollandais vers la Pologne. Cet album ne donne pas dans le voyeurisme indigne et le clin d’oeil complaisant aux adeptes du nazisme. Le scénario est charpenté, émouvant et solide, et il faut remarquer qu’il vient d’un auteur surtout habitué aux albums à gags jusqu’ici. Donc, aurons nous droit à un nouveau Zidrou ? Meilleures amitiés.

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    • Répondu par Romain le 21 février 2015 à  01:22 :

      Le scénario n’est pas de Zidrou mais de Patrice Perna.

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      • Répondu par Michel Dartay le 21 février 2015 à  11:02 :

        Je le sais bien, merci. Ma phrase signifie : Patrice Perna suivra t’il le chemin déjà emprunté par Zidrou (c’est-à-dire passer de séries de gags et d’humour au dramatique et à l’émotion) ?

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  • On peut noter que sans l’aide de Merwann le dessin de Fabien Bédouel ressemble plus à du Marniquet. Non, Patrice Perna n’a pas un talent comparable à celui de Fabien Nury, loin s’en faut, mais ça n’en reste pas moins un bon scénariste.

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    • Répondu par Patrick le 22 février 2015 à  00:03 :

      Il fait quoi aujourd’hui Marniquet ? Il continue la bd ?

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      • Répondu par Fabian le 23 février 2015 à  05:18 :

        Il est sur un Blake et Mortimer, scénario de Yann.

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  • Je l’ai lue en libairie.

    Si vous voulez en savoir plus sur la destruction des Juifs d’Europe, il suffit d’en lire les livres historiques.Evidemment, ça demande plus de temps, de curiosité et d ’effort. Et de sérieux.
    Et comme tout doit aujourd’hui, se consommer vite, dans une pseudo gravité,de beaux dessins, avec un intérêt et une compassion velléitaires qui ne doivent pas excéder 60 minutes de lecture,avec de l’action et du "suspense insoutenable" cette bd est un bon produit de vente. Voilà ce que veut dire "suspense insoutenable".
    Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es.

    .

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    • Répondu par Erik A. le 21 février 2015 à  14:35 :

      "Lu en libraire". C’est juste du vol. Point barre. J’ai entendu ça des dizaines de fois en signatures... Le gars prend le 2 et tu lui demandes s’il a le 1. Il te répond, même pas gêné : "non, je l’ai lu en librairie..."

      OK. Imagine t on un gars lisant un roman en entier dans une librairie ? Non, mais là, c’est une BD alors on s’en fout, on consomme tranquillement et gratuitement sans que l’auteur ne touche un centime de son travail étalé sur des mois.

      Le gars n’y est pour rien, il y a une chaine de produits culturels qui a érigé ça en dogme depuis des années, avec même des banquettes pour que les gens prennent des piles de livres et les lisent, les esquintent et le reposent une fois consommés. Sans les payer. Idéal pour la tranquillité des parents qui vont faire leurs courses...

      On s’en fout, hein, ça part en retours, c’est pilonné et on se demande pas qui est lésé dans l’histoire...

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 21 février 2015 à  15:57 :

        Tout à fait d’accord avec cette réponse à une attitude clairement mesquine, sous prétexte que la bande dessinée ne serait pas habilitée à traiter, même légèrement, des sujets les plus graves. Mesquinerie, on peut l’ajouter, doublée d’obscurantisme.

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      • Répondu par J le 21 février 2015 à  18:32 :

        Oui, je l’ai lue en librairie dans un fauteuil très confortable en buvant le café.

        Et puis, j’en ai lue encore une autre et encore une autre.
        Ensuite, j’ai demandé à ma bibliothèque si elle pouvait les acheter. On les a achetées et maintenant tout le monde peut les lire, ceux qui ont de la tune et ceux qui en ont moins.Et tout le monde est content... sauf vous et ben tant pis.

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        • Répondu par Erik A. le 21 février 2015 à  22:38 :

          Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

          Mais ce n’est pas surprenant : on trouve normal depuis des années de voler les artistes qui déjà ne touchent pas grand chose. Tu lis un album dans une librairie, ce n’est pas juste feuilleter pour se faire une idée et ensuite aller à la caisse ou pas... C’est faire main basse (œil bas, plutôt) des mois de travail, tranquillement et sans même s’en rendre compte. Ce n’est que de la BD, hein.

          C’est dans la continuité de l’époque où on veut tout avoir sans rien payer, prenant pour prétexte qu’éditeurs, auteurs et autres (il est vrai davantage sur le cinéma et la chanson) se seraient "goinfrés des années durant et donc que ça gêne personne"...

          C’est un alibi facile que servent tous les "pirates" en toute bonne foi sans se rendre compte que la création se réduit comme peau de chagrin si le fonctionnement économique se grippe. Il est vrai qu’ils s’en foutent...

          Le gars vit de ses droits d’auteur, pour être clair... Alors que des tas de gens lisent en bibliothèque UN album acheté est certes bon pour leur culture, mais pas pour ses (maigres) revenus qui depuis 30 ans ont été divisés par 4 ou 5...

          PS : Désolé pour le hors sujet dû à une phrase agaçante et pas vraiment à l’album susnommé...

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          • Répondu par Jul le 22 février 2015 à  21:00 :

            Autant le "lu en librairie" a tendance à me faire froncer les sourcils, autant la tirade sur les bibliothèques pas profitables aux auteurs me navre.
            J’ai aujourd’hui dans ma bibliothèque des dizaines de BD que j’avais lu ado en bibliothèques. Des série entières même !
            Un exemplaire acheté il y a quelques temps a été lu des dizaines de fois mais a aussi généré un grand nombre de ventes !
            (et les bouquins lus sont remplacés régulièrement)

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            • Répondu par Fredo le 22 février 2015 à  21:50 :

              Les auteurs touchent des droits sur les livres prêtés en bibliothèque, la SOFIA (inscription gratuite) se charge de les redistribuer.

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    • Répondu par Wagner le 23 février 2015 à  12:26 :

      On ne lit pas en libraire, on bâcle, on survole, on gâche la lecture.

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