"Le Temps où on enfilait des perles" de Colocho (Vide Cocagne) : la recherche d’un temps perdu

10 octobre 2018 0 commentaire
  • Quelques jeunes gens amoureux de la culture amérindienne refont le monde et partent à la rencontre d'un acteur qui en son temps incarna un Apache imaginaire. Colocho propose avec "Le Temps où on enfilait des perles" une bande dessinée entre récit initiatique, road-trip et tendre comédie.

Cédric se passionne pour les peuples amérindiens et leur culture. Née d’un hasard et renforcée par des rencontres, cette passion l’amène à participer aux actions d’une association de défense de cette culture et l’accompagne pendant toutes ses années de jeunesse. Étudiant en arts - il dessine et peint - hésitant sur la voie à suivre, il entreprend sans conviction une formation d’intervalliste pour travailler dans l’animation.

Il se lie alors d’amitié avec quelques personnages hauts en couleur, partageant avec lui son intérêt pour les Amérindiens. Ensemble, ils discutent pendant des heures, font la fête et un beau jour se donnent un grand projet : partir à la rencontre d’un vieil acteur qui incarna Winnetou, un Apache de fiction. Ils traversent donc la France, dans un road-trip plus burlesque qu’aventureux, et finissent par rencontrer leur idole...

Éric Colocho publie chez Vide Cocagne Le Temps où on enfilait des perles. Ce temps, c’est à la fois celui des Amérindiens, idéalisé, presque mythifié par les jeunes gens qu’il dessine, et celui de la jeunesse envolée, où l’on peut passer des heures, des jours, des mois à ne pas faire grand chose si ce n’est chercher une place en ce bas monde et passer quelques bons moments. Ce « temps où on enfilait des perles » est donc un temps perdu, auquel on repensera sans amertume mais avec nostalgie.

"Le Temps où on enfilait des perles" de Colocho (Vide Cocagne) : la recherche d'un temps perdu
Le Temps où on enfilait des perles © Éric Colocho / Vide Cocagne 2018

Colocho - qui signe sa bande dessinée sans utiliser son prénom - transmet avec finesse ces sentiments. Grâce à une jolie galerie de personnages, qu’il traite avec un peu d’humour et beaucoup de tendresse, il donne au lecteur une agréable impression de familiarité. Pas de tension, pas de grande aventure dans son récit, mais quelques drôles d’anecdotes et un peu de suspens : un ouvrage digne d’une douce comédie plutôt que d’un western débridé.

Outre le ton léger de l’histoire, c’est également le dessin qui pourra marquer le lecteur. Le trait souple souvent rehaussé de hachures permet une grande lisibilité tout en laissant poindre un peu d’originalité, en particulier dans les proportions des personnages. De toutes petites têtes avec des visages parfois à la limite de la caricature, des corps immenses affublés de mains démesurées : voilà qui rappelle un peu le graphisme de Joe Daly, dans une version un poil plus sage.

Le Temps où on enfilait des perles permet de découvrir une écriture et un dessin maîtrisés par un auteur qui, son livre le laisse deviner, aime raconter des histoires. Des qualités que nous espérons retrouver au service d’autres bandes dessinées...

Le Temps où on enfilait des perles © Éric Colocho / Vide Cocagne 2018

(par Frédéric HOJLO)

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Le Temps où on enfilait des perles - Par Éric Colocho - Vide Cocagne - collection soudain, - 19 x 26 cm - 128 pages en noir & blanc - couverture souple avec rabats - parution le 19 septembre 2018.

Consulter le site de l’auteur & lire un extrait de l’ouvrage.

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