Le marché la BD affiche en 2009 une croissance de 0,3% en volume, selon GfK

27 janvier 2010 13 commentaires
  • 40 millions d’albums vendus en 2009 claironne la société d’études de marché GfK à la veille de l’ouverture du Festival d’Angoulême. Astérix y est évidemment pour quelque chose. Les classiques résistent bien (Astérix, Tintin, Blake & Mortimer…) mais aussi des créations plus innovantes comme Happy Sex de Zep ou Lou de Julien Neel, tandis que pour la première fois depuis 10 ans, les mangas sont en recul.

40 millions d’albums vendus et 400 millions d’euros de chiffre d’affaire, 0,3% de croissance en chiffre d’affaire dans une croissance du livre qui se chiffre à 3,4% en volume, ainsi se solde –positivement- l’année 2009 après un tassement de plusieurs années, d’après la société d’études de marché GfK. Confirmant les analyses du rapport 2009 de Gilles Ratier sur la production de la bande dessinée en France, la crise n’a pas touché le monde de la BD cette année : « Le livre et la bande dessinée résistent bien à la crise, comme la vidéo et le cinéma » observe Céline Fédou, chef de groupe du marché du livre chez GfK qui publie opportunément ces chiffres à la veille du Festival d’Angoulême.

Le marché la BD affiche en 2009 une croissance de 0,3% en volume, selon GfK
Après plusieurs années de tassement propre à l’ensemble du marché du livre, la BD franco-belge relève la tête
(c) GfK

Les chiffres Ipsos/Livres-Hebdo se montraient pourtant moins affriolants à la fin de l’année dernière, au point que Gilles Ratier, toujours un peu alarmiste, titrait son dernier rapport en parlant d’une « vitalité en trompe l’œil ». Pourquoi un institut d’études voit-il un verre à moitié vide et un autre un verre à moitié plein ? « Ipsos ne suit pas du tout les ventes en ligne, nous objecte Céline Fédou, Or, elles pèsent pas mal sur le marché. Nous avons aussi plus points de vente sondés qu’Ipsos, ce qui explique les petits écarts. »

Or, croissance il y a et ce sont principalement les enseignes culturelles (FNAC, Leclerc, Virgin…) qui en sont les responsables, compensant cette année le recul de la grande distribution

Une année Astérix

Est-ce qu’Astérix expliquerait tout ? Sa potion magique a-t-elle dopé les ventes ? « Oui, ses ventes sont énormes sur ce marché, nous répond-on. Les gens n’étaient pas obligés de l’acheter. Ils auraient pu acheter du « Twilight »… Le choix s’est porté sur la BD, c’est un fait. Ce sont vraiment les librairies culturelles (FNAC, Leclerc…) et Internet qui tirent la croissance. On est à plus de 19% d’augmentation cette année sur Internet, ce qui explique que les chiffres d’Ipsos diffèrent un peu des nôtres. »

Sur le podium, l’album de Zep, "Happy Sex", obtient une étonnante 3ème place. Delcourt doit se frotter les mains !
(c) GfK

Quand on examine les listes des best-sellers, on s’aperçoit que, contrairement à ce que prétendent certaines pythies alter-éditoralistes, la BD classique a encore la cote –on l’a vu notamment avec le retour des Passagers du Vent. Les nouvelles formes éditoriales (intégrales, romans graphiques) dynamiseraient-elles le marché ? L’une comme l’autre le font, en fait. On peut presque dire que le marché progresse sur ses deux jambes : « Il suffit de regarder le podium : c’est Astérix, Naruto, Blake & Mortimer qui dominent… Ce sont les grands éditeurs qui concentrent la croissance. Ce sont aussi les circuits comme les points de vente multimédias qui marchent le mieux. En fait, cette croissance provient d’une alchimie entre ceux que l’on attend –On sait que « Blake & Mortimer » sera dans le Top 5- et ceux qu’on n’attend pas, comme « Happy Sex » de Zep en troisième place cette année-ci. C’est ce mélange-là qui fait que le marché est stable. »

Dans le Top des albums, rares sont les nouveaux titres.
(c) GFK
Les meilleures ventes des séries restent celles des classiques.
(c) GFK

Premiers chiffres négatifs pour les mangas

Les mangas en revanche essuient leur premier ressac après plus de 10 ans de croissance ininterrompue. Rien d’alarmant : la décroissance était visible depuis plusieurs années et ce genre est solidement établi avec 25% de parts de marché.

La BD jeunesse, quant à elle, souffre davantage quand la grande distribution baisse : « Ce n’est pas un constat d’échec, analyse Céline Fédou,, car il y a des séries, comme « Lou » par exemple, qui s’en sortent très bien. Il y a une place à trouver qui n’est pas très facile entre le livre jeunesse qui marche très fort et la BD jeunesse très dépendante de la grande distribution. » C’est plutôt l’absence d’une proposition adaptée qui fait souffrir ce secteur. Le jour où il sera plus créatif, éditorialement et commercialement, il aura des chances de reconquérir des parts de marché.

Le retour de certains classiques (ici : Les Passagers du Vent) a dopé les ventes et permis d’obtenir une légère progression
Photo : D. Pasamonik

Face à un marché véritablement stable comme nous le qualifions, il y a quelques jours, ce que vient confirmer l’étude de GfK, la bande dessinée numérique représente un possible relais de croissance dans le futur : «  Son impact, notamment sur le manga, peut bouleverser beaucoup de choses confirme Céline Fédou. On attend de voir ce que va annoncer Steve Jobs cette semaine à propos de son Reader. Cela nous donnera une petite idée de l’évolution des tendances [1].  » Cette évolution prendra le temps qu’il faudra, mais elle semble bien inéluctable pour la plupart des observateurs du marché.

Le communiqué de GfK (en PDF)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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13 Messages :
  • Il aurait été intéressant d’avoir les chiffres en plus d’un simple classement. Les tirages ne sont qu’indicatifs, d’autant plus que du9.org a déjà souligné que les ventes réelles sont loin de représenter la réalité des livres vendus.
    Il est surtout intéressant de constater que dans ce classement se retrouve des albums événementiels (le Gaston ecologie, compilation sans matériel inédit, me semble-t-il ou le dernier Astérix, qui se rapproche plus d’un hors-série que d’une vraie nouveauté), des reprises de classiques ou des spinoffs (B&M, les passagers du vent, XIII, Lucky luke, boule et bill), et des séries très installées (Lanfeust, petit spirou, antares, jack palmer). Si on ajoute les one-shot signés de grands nom (Bilal, Zep et dans une moindre mesure Jul, qui draîne probablement un public venant plus du dessin de presse que de la bande dessinée classique), on se rend compte qu’il n’y a que peu de vraies "nouveautés", à l’exception notable de Lou. Cela donne une image très conservatrice du lectorat ou de l’éditorat de bande dessinée, qui capitalise sur ses succès mais semble peiner à se renouveller. J’aurais cru retrouver des séries comme "Il était une fois en France", "Siegfried", "Seuls !" ou quelques autres ...

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    • Répondu le 28 janvier 2010 à  11:57 :

      D’où le fossé entre ce qui est mis en avant par la presse branché et ce qui se vend réellement... La bd populaire a visiblement de beaux jours devant elle... Même si elle est bannie et rejeté par certains...

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      • Répondu par thierry le 28 janvier 2010 à  13:22 :

        Je m’attendais à une réponse du genre. Il y a quelques disques rayés sur ActuaBD :o)
        Vous n’avez peut-être même pas remarqué que dans les "absents" de cette liste, je ne cite pas des auteurs ou série "branchés", mais de séries populaires, justement, et appréciées du public. pourtant, elles n’arrivent pas à se hisser dans ce classement. Se dire que les plus gros succès sont essentiellement des "classiques" ou apparentés a de quoi inquiéter, parce qu’il pose de manière criante la question de la relève.

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        • Répondu par Giff-Wiff le 28 janvier 2010 à  19:02 :

          Le jour où les éditeurs ont décidé la fin de la prépublication (ventes insuffisantes, lectorat versatile...),
          la BD a perdu sa principale ressource de renouvellement de ses talents... Pensez aux "laboratoires" que furent "Pilote", "Métal Hurlant", et même le meilleur de "Spirou" et "Tintin hebdo" (merci, Mr Greg). Et faites le compte des albums encore présents dans les meilleures ventes d’aujourd’hui et ce qu’ils doivent à un support presse qui a su investir en son temps sur leur potentiel à moyen-long terme.
          J’espère me tromper, mais j’ai bien peur qu’un jour prochain on analyse la crise de l’édition BD comme résultante aveugle du "lâchage" de la presse BD.
          Mais cette vision doit paraître bien ringarde aux yeux d’éditeurs plus versés dans la surenchère d’albums destinés à occuper les linéaires des librairies pour mieux en confiner la concurrence (et néanmoins amie)...

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        • Répondu le 28 janvier 2010 à  19:18 :

          Je m’attendais moi aussi à ce genre de réponse... Les disques sont tout aussi rayés de l’autre côté... Peu importe. Vous parlez des très gros succès. Je reste persuadé que la bd dîte classique a de beaux jours devant elle surtout quand on voit comment se délite le marché. Et ds séries comme Lou, Il était une fois en France, etc sont les gros succès de demain. Et en ce qui me concerne, ce qui m’inquiète, ce sont les projecteurs qu’ont met sur des albums biens nuls qu’on veut nous refourger sous le label "nouvelle" bd.... Et qui n’arrivent pas à la cheville des chefs d’oeuvres de Sfar, Larcenet, Blutch, De Crécy, Spiegelman, Baru, etc, etc

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          • Répondu par Oncle Francois le 30 janvier 2010 à  14:16 :

            Bien d’accord avec vous cher ami ! Le public se désintéresse peu à peu de la nouvelle BD qui peine déjà à se renouveller et montre déjà des signes d’essoufflement (un exploit, compte tenu de sa jeunesse !! La faute à qui, je vous le demande ? Certainement pas à ses créateurs inspirateurs (la première génération des auteurs de Lapin), et notamment le fameux Blutch (qui a choisi son nom en hommage à une longue série de BD populaire tout public et sans prétention ! Mais plutôt aux services Marketingue des éditeurs qui ont voulu dupliquer les recettes du genre. Et à toute une génération d’amateurs enthousiastes qui a appris à dessiner en regardant les livres de Trondheim, Sfar, Larcenet, Blutch et compagnie.

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  • Simple petite remarque : le titre de l’article est erroné.
    L’évolution du marché de la bande dessinée donnée par GfK est de 0,3%. C’est le livre au global qui progresse de 3,4%. L’auteur a peut-être lu le communiqué de presse un peu trop vite...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 2 février 2010 à  09:30 :

      Vous avez raison. Nous avons corrigé cette coquille. Merci pour votre remarque.

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      • Répondu le 2 février 2010 à  09:52 :

        Je tatillonne encore un peu. La première phrase de l’article devrait être "40 millions d’albums vendus et 400 millions d’euros de chiffre d’affaire, 0,3% de croissance en volume, ainsi se solde –positivement- l’année 2009 après un tassement de plusieurs années, d’après la société d’études de marché GfK."

        Le communiqué de GfK ne donne pas d’information sur la croissance du chiffre d’affaire de la bande dessinée au global (même si l’on y trouve des indications pour les deux segments que sont les albums et les manga).

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 2 février 2010 à  10:01 :

          Vous semblez perdre de vue que nous ne nous sommes pas contentés de reproduire un communiqué de presse : nous avons interrogé le responsable de l’étude qui confirme une croissance du CA.

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          • Répondu le 2 février 2010 à  10:14 :

            Je ne nie pas la croissance du CA. Mais le communiqué de presse indique une croissance de 0,3% en volume (comme corrigé dans le titre), alors que votre première phrase indique une croissance de 3,4% pour le volume, et 0,3% pour le chiffre d’affaire. C’est cette contradiction que je soulignais.

            Les informations fournies dans le communiqué laissent plutôt entendre un croissance de 0,3% en volume, donc, et une croissance autour de 2,7% pour le CA.

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  • Simple petit message pour réclamer la qualification et la quantification précise des chiffres d’affaire de la BD en 2009 et quelles en sont les prévisions pour 2010 ?

    Je réalise une étude du marché de la Bande dessinée dans un cadre universitaire, et les chiffres actuels sont particuliérement dificils à trouver. Il me faudrait savoir aussi la part qu’occupe la BD sur le marché général du livre et quel en sont ses principaux concurrents ? ( Presse, journaux...)

    Sachant qu’il éxiste différents genres de BD, j’aimerais connaitre la position du manga, de la BD franco belge, du Comics et des Romans graphiques sur le marché et leur place l’un par rapport aux autres.

    En vous remerciant,tout renseignement me sera d’un grand secour puisque les chiffres ne sont jamais asser nombreux pour cerner la réalité du marché. Néanmoins la BD à encore de beaux jours devant elle...

    Laure.

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    • Répondu par splrouit le 16 mars 2010 à  17:51 :

      Tu peux trouver des chiffres concernant le manga, l’édition alternative, les comics et les gros éditeurs sur le site "BD sélection" qui transmet les données fournies par l’ACBD( http://www.bdselection.com/php/index.php?rub=page_dos&id_dossier=273) Je cherche aussi des renseignements là-dessus pour une étude sur la bande dessinée d’auteur (ou dite indépendante ou alternative...).
      Si vous avez des infos, je suis preneur !

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