Nouvelle « Croisade » au Lombard

2 octobre 2011 5 commentaires
  • Après un changement de titre désarçonnant, la série reprend son intitulé original et introduit un nouveau personnage aussi énigmatique que déstabilisant. Un incontournable de la rentrée.

Avec un graphisme léché, des personnages tout en épaisseur, un rythme de parution accéléré ainsi qu’une intrigue mêlant mystère, exotisme, magie et passion, Croisade était rapidement devenu un nouveau blockbuster pour le Lombard. Après un premier cycle qui avait emballé le lecteur, la série changea étonnamment de titre de la série en s’intitulant « Nomade ».

Nouvelle « Croisade » au Lombard
Un fourreau reprend la nouvelle mouture du tome 5 accompagné du tome 6 pour le cycle Nomade

« Le choix du titre Nomade répondait à priori à un souhait de simplicité et de clarté, nous explique le dessinateur Philippe Xavier. D’une part, nous voulions éviter l’usage parfois "lourd" des titres et sous-titres en cascade (Série, cycle, épisode, ....). D’autre part, nous désirions mettre en évidence le fait que ces albums pouvaient, pour les nouveaux lecteurs, être lus indépendamment des quatre premiers tomes de “Croisade” tout en conservant l’esprit du premier cycle dans la maquette de la couverture afin de proposer une collection homogène aux lecteurs existants. »

« Il s’avère que ce choix a produit l’effet contraire, jetant la confusion dans le positionnement de la série. En réalité, nous nous étions éloignés de l’esprit de notre projet, à savoir un socle, un univers dont nous allions poursuivre l’exploration à travers plusieurs personnages en développant leurs aventures sous forme d’épisodes distincts et spécifiques à chacun d’entre eux, comme dans Blueberry, où l’ensemble de l’histoire évolue par cycles, ou encore comme dans Murena avec les cycles de la mère et de l’épouse, par exemple. »


C’est donc dotée d’une nouvelle couverture et arborant à nouveau le titre originel que vient de ressortir le tome 5 de la série, Gauthier de Flandres. Chacune des couvertures est d’ailleurs un véritable exercice de style, présentant un personnage principal en action sur un arrière-plan significatif. La couverture du nouveau tome 6 dénote étrangement en présentant Sybille dans un calme trompeur, à la fois attirante et surprenante, ce qui augure bien la place importante qu’elle va prendre dans la série.

« D’une apparente simplicité, la couverture raconte déjà une histoire, explique le dessinateur. J’aime jouer sur l’encrage, donner vie à un personnage qui s’adresse directement au lecteur. Réaliser un décor magnifique et mystérieux fait de lignes qui s’entrecroisent et qui s’estompent est un pur plaisir. Je voudrais souligner le superbe travail de mon coloriste Jean-Jacques Chagnaud sur ce dernier tome et sur ces nouvelles couvertures : il a réussi à capter et exprimer toute l’ambiguïté de Sybille et des zones d’ombre qui l’entourent. »

La sirène Sybille

Si Jean Dufaux n’a pas son pareil pour entraîner le lecteur dans le sillage de ses folles perspectives, il n’a pas cette qualité dans les one-shots. Il est meilleur dans le déploiement d’un cycle où il peut donner toute la puissance à son talent de raconteur. Le tome 5 qui débutait celui de Nomade souffrait de sa déconnexion avec le premier cycle : les personnages étaient bien campés, son intrigue se tenait, mais il manquait la profondeur de champ.

Quoiqu’il en soit, si ce second et dernier tome du second cycle comprend les mêmes ingrédients, à savoir un récit pouvant globalement se lire indépendamment des autres, sa grande richesse est de réellement développer le personnage principal. Fini l’errant qui attend que l’aventure lui tombe dessus, Gauthier nous dévoile sa famille, ses raisons de s’être fait Croisé, ainsi que le lien fraternel qui l’unissait au Qua’dj du T2 de Croisade.

À ceci s’ajoute un personnage plus énigmatique encore : une sœur aînée qui aurait la beauté du diable. Les auteurs ont trouvé là un réel nouveau ressort narratif déplaçant le manque d’ambition du héros sur cette sœur diabolique qui ne s’embarrasse d’aucune maléfice pour obtenir ce qu’elle désire.

« Sybille est effectivement ange et démon, explique Philippe Xavier. Elle provoque à la fois un désir ardent et une méfiance instinctive. Un fort pouvoir d’attraction et un sentiment de menace latente émanent d’elle. Cette belle créature complexe a exigé une bonne dose de réflexion et surtout de concentration tant sa beauté me troublait... »

À n’en pas douter, Sybille va devenir un atout de choix dans les intrigues du troisième cycle qui vont ramener ce trio hétéroclite dans les murs de Hiérus Halem. Cette femme qui porte la faille en elle deviendra certainement un catalyseur de péripéties au long cours, une perspective dans laquelle Jean Dufaux est plus à l’aise.

Changement de décor

Second grand atout de ce tome 6, l’intrigue quitte un temps les sables chauds de l’Orient pour un flash-back dans les Flandres natives du héros.

« J’avais effectivement fait part à Jean Dufaux de mon désir de découvrir d’autres régions, explique le dessinateur. St Jean d’Acre était une destination tout à fait logique pour notre Nomade Gauthier. J’avais également pensé à Constantinople par rapport à la 4e Croisade qui fut lancée de Venise en 1202 pour aboutir à la fondation de l’Empire latin d’Orient en 1204. Peut-être irons-nous également jouer les touristes en Égypte dans un des prochains tomes. »

« C’est la même envie qui me poussa vers les Flandres. : je voulais absolument y aller afin de pouvoir m’amuser plus en profondeur de leur ambiance, une partie essentielle de mon travail. Dépeindre des paysages mystérieux perdus dans la brume, revenir à un encrage plus dense, jouer avec les noirs et blancs, tout cela me manquait un peu. Ce magnifique flash-back m’a permis de montrer la dureté de la vie médiévale et d’aller encore plus loin graphiquement, tout en permettant à Jean de développer le personnage de Gauthier de Flandres. »

Effectivement, en opposition avec les superbes vues orientales, cette plongée dans un médiéval dur et froid démontre une fois de plus la richesse de la palette graphique de Xavier. Nous pourrons en expérimenter prochainement une autre facette, car il travaille actuellement sur une autre série, un diptyque sur les Conquistadors.

« Je vais laisser notre Croisade souffler un peu, le temps d’une belle parenthèse pour me plonger dans un autre univers, toujours avec Jean Dufaux et Jean-Jacques Chagnaud. Ce diptyque sur les conquistadors sortira chez Glénat en 2012. »

En dépit de sa vitesse d’exécution et de son envie d’explorer différents univers, Philippe Xavier maintient une grande qualité dans son dessin, mélangeant précision et évocation pour mieux servir le récit.

« Je recherche la justesse dans mon trait, dans mes expressions, conclut-il. Et quand tu commences à maitriser cela, tu peux te lâcher un peu plus. Le trait devient alors plus souple, plus naturel, plus vivant. Le dessin est une évolution constante. J’apprends tous les jours, dans le plaisir, et à mon rythme. Je n’ai pas un style défini vers lequel je tends. Je travaille à l’instinct, en me laissant bercer avant tout par l’univers que je dois créer. Mes crayonnés par exemple sont devenus assez classiques, à tendance « ligne claire ». L’encrage que je rajoute par-dessus joue sur l’ambiance. On peut estimer que j’ai un style “travaillé”, mais je veux néanmoins jouer la carte de la lisibilité car la dimension esthétique ne doit pas exister au détriment de la narration et du rythme du récit. »

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Sur ActuaBD, Croisade, ce sont également :
- le lancement du cycle Nomade
- les chroniques des tomes 2 et 3
- des interviews de Philippe Xavier : "J’ai toujours été captivé par l’orientalisme" (décembre 2007) et « Jean Dufaux est mon scénariste idéal »

Visiter :
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- le blog de Croisade

 
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5 Messages :
  • Nouvelle « Croisade » au Lombard
    2 octobre 2011 23:58

    La bd ne bégaie plus, elle radote.

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    • Répondu par lebon le 3 octobre 2011 à  12:38 :

      ça n’a pas déjà été fait 100 fois ce genre de "concept" ?

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  • Nouvelle « Croisade » au Lombard
    4 octobre 2011 12:31, par la plume occulte

    L’influence de l’école Image,avec comme figure de proue Jim Lee ,est très visible encore dans le dessin de Philippe Xavier.L’ombrage ,sur le visage du personnage de la 4 ieme case de la première planche présentée,est emblématique de ça.Comme tout les visages de trois quarts.Le dessinateur a travaillé dans les comics ces dernières années ,et ça se voit...

    Cette remarque n’est pas anecdotique ;le phénomène est une véritable lame de fond dans le paysage de la BD occidentale:même si on en parle trop peu !

    Comme de la"Wolverinisation" des personnages,comme le démontre la 2 ième couverture proposée ici.

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    • Répondu le 4 octobre 2011 à  15:36 :

      autrement dit, la bande dessinée radote, mais avec un accent.
      Dans un autre article, on reproche aux auteurs influencés par la ’vieille’ nouvelle bande dessinée de ne pas avoir su tuer le père. Le même constat s’impose pour la bande dessinée mainstream. Sauf qu’en plus, elle s’est dotée d’un deuxième père de substitution...

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      • Répondu par Matthieu V le 5 octobre 2011 à  15:40 :

        Il n’est pas toujours necessaire de tuer le pere pour produire quelquechose d’original et de bien foutu. Vous savez, l’evolution c’est autant un processus graduel que par sauts brusques. Le tout est de ne pas copier exactement le pere tout le temps...

        Ceci dit, effectivement, il y a une certaine influence "comics", bien vu.

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