Toc-Toc ! Qui est là ? Yvan Delporte !

4 septembre 2009 6 commentaires
  • Prononcer le nom d'Yvan Delporte consiste à ouvrir une boîte aux merveilles d'où jaillissent, entre autres, l'âge d'or du journal Spirou, Gaston Lagaffe, le Trombone illustré et les Schtroumpfs. Mais finalement, connait-on bien l'homme à la barbe ? Au-delà des idées reçues, sait-on vraiment quel a été son apport à la bande dessinée ?

Deux ans après sa mort, les éditions Dupuis publient "Yvan Delporte Réacteur en chef", une biographie évènement qui explore toutes les facettes du natif de Saint-Gilles et met un joli coup de projecteur sur son parcours.

Il aura fallu quatre ans d’un travail de fourmi à Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault pour achever ce pavé de 328 pages abondamment illustré. Des dizaines de rencontres pour parvenir à cerner le personnage fantasque qu’était Yvan Delporte. Le résultat est un superbe ouvrage qui retrace, en filigrane, 60 ans des éditions Dupuis. Une biographie qui a la bonne idée de s’effacer derrière la parole des témoins (recueillie à 90% par les auteurs), égrenant les citations, les faisant parfois se répondre ou se contredire, même à de nombreuses années d’intervalle. Une sorte de conversation virtuelle entre Yvan Delporte, bien sûr, qui se confie du mieux qu’il peut, lui qui n’était pas très bavard sur sa personne, et ceux qui l’ont connu et côtoyé, au premier rang desquels son ex-compagne Christiane Loeman, sa fille Yaël, Maurice Rosy et Frédéric Jannin. En tout, ce sont plus de 80 intervenants qui évoquent leurs souvenirs comme dans une belle soirée entre amis que Delporte affectionnait tant. Et l’on se prend à regretter que les copains disparus (Franquin, Peyo, Morris ou Will) n’aient pu ajouter quelques pensées plus personnelles aux réflexions toujours un peu convenues des anciennes interviews dans lesquelles les auteurs ont puisé.

Toc-Toc ! Qui est là ? Yvan Delporte !
Avec André & Liliane Franquin et Roba pour les 50 ans de Peyo

Parfaitement documenté, la biographie est une mine d’or d’anecdotes et d’informations, notamment sur la jeunesse d’Yvan Delporte, où Saint-Germain-des-Prés s’invitait dans un grenier de Charleroi (saviez-vous qu’à cette époque, il s’était lié d’amitié avec la chanteuse Barbara ?). Ses treize années à diriger le journal Spirou, l’épisode du Trombone Illustré, les Schtroumpfs chez Hanna et Barbera, les Tifous, le Boys’ Band (dessinée), tout et bien plus est passé minutieusement en revue.

L’épisode du lion Pinky à la rédaction de Spirou

L’un des grands mérites de cet ouvrage est d’éviter l’hagiographie en n’esquivant pas les témoignages qui égratignent la légende. Les ressentiments, les déceptions et les critiques transparaissent ainsi de temps en temps. Les avis de Thierry Martens, qui succéda à Yvan Delporte comme rédacteur en chef du journal Spirou, de Raoul Cauvin et parfois de F’murr sont par exemple teintés d’une certaine amertume à son encontre. Cela donne un portrait contrasté qui n’en a que plus d’épaisseur et d’authenticité.

La maquette du projet avorté de suite au Trombone Illustré

L’autre réussite de cette biographie est l’iconographie remarquable qui illustre les 328 pages. Les collections personnelles et les archives de Dupuis ont été mises à contribution pour que des photos de toute beauté sortent des cartons. L’immersion dans chaque époque de la vie de Delporte est d’autant plus saisissante, et souvent émouvante. Le dialogue entre les images et les textes est d’ailleurs très adroit et participe à la qualité générale de l’ouvrage. Le seul regret que l’on peut avoir est son prix (65 euros) qui est assez prohibitif, même pour un livre de ce format.

Delporte Rock Star

Alors, que retenir de la vie d’Yvan Delporte ? Un homme complexe, pas toujours facile d’accès qui, s’il a bénéficié de la présence au journal Spirou d’auteurs hors du commun, a su les aiguillonner pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Un fantaisiste qui a passé sa vie à s’amuser et à faire briller les autres. Un auteur qui savait reprendre les idées au bond et les développer avec une énergie considérable. En tout cas, un "personnage" au cœur de l’histoire de la bande dessinée, maintes fois caricaturé par ses amis dessinateurs, auquel le présent ouvrage rend un vibrant et très réussi hommage.

Avec Hergé et Franquin

(par Thierry Lemaire)

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6 Messages :
  • J’étais absolument certain d’acheter ce livre... jusqu’au moment où vous annoncez le prix. 65€, c’est un produit de luxe, c’est dommage, ça ne ressemble pas tellement à Delporte ça. J’espère qu’ils l’auront dans ma bibliothèque municipale.

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    • Répondu par joel le 4 septembre 2009 à  15:15 :

      je viens de l’acheter et rien qu’en le feuillettant ben ca l’es vaut ! et c’est un bon pavé !

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    • Répondu le 5 septembre 2009 à  12:19 :

      Tout à fait d’accord, c’est n’importe quoi !
      Je suis fan de Delporte, j’ai connu en tant que lecteur la période où il était rédac-chef de Spirou ! Mais j’irai moi aussi faire un tour à ma bibliothèque ou chez les bouquinistes !

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      • Répondu par François, amateur de BD de haute qualité. le 10 septembre 2009 à  13:11 :

        Je dois dire que Yvan Delporte a été un brillant rédacteur en chef de l’hebdo de Charleroi, et que son petit coté anarchiste-contestataire a été à la source d’une belle période de créativité, tout en restant dans les limites du bon aloi. En effet, il est vrai que le véné-rable Monsieur Dupuis ne brillait pas par son ouverture d’esprit, sa tolérance d’esprit ou son modernisme. Avec Monsieur Delporte, l’hebdomadaire Spirou est devenu une revue en phase avec la jeunesse de son temps, un peu moins catholique pratiquant qu’avant, un peu plus libertaire (on reste très loin de Sa Touffe, bien sûr, il faut rester dans le contexte de l’époque gaullienne).

        Donc je suis très heureux que l’on lui rende un hommage bien mérité, même s’il vient post-mortem, car comme on dit vulgairement, même s’il s’agit en fait de bon sens : "Mieux vaut tard que jamais". Le livre est un peu cher, il est vrai, mais je pourrai me le procurer à Bruxelles. Dans tous les cas, le prix est justifié par le fait qu’il s’agisse d’un tirage relativement limité, réservé aux collectionneurs expérimentés.

        Question subsidiaire : d’où provient l’exceptionnelle photo de Delporte, Hergé et Franquin (que j’ai du mal à reconnaitre sans ses lunettes d’écaille) ? Ils semblent baignés par la grâce, leur béatitude fait plaisir à voir !

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        • Répondu par Thierry Lemaire le 10 septembre 2009 à  15:27 :

          La photo est effectivement superbe, mais comme elle est légendée "Avec Hergé et Franquin" dans l’ouvrage, difficile de donner les circonstances de la réalisation de cette prise de vue.

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  • Bien que le nom d’Yvan Delporte soit connu des amateurs de bandes dessinées, à la fois comme rédacteur en chef de l’age d’or du journal Spirou mais également comme co-auteur de certaines oeuvres (Gaston, les Schtroumpfs, Isabelle, etc.), cet ouvrage rélève pour la première fois toute l’étendue de son influence sur la bande dessinée franco-belge. A travers le fil rouge de sa vie, cet ouvrage nous faire également revivre toute une époque mythique en dévoilant de nombreuses anecdotes sur les grands maîtres de l’école de Marcinelle (Franquin, Peyo, Will, Roba, etc.). Un ouvrage indispensable, à placer au même rang que "Et Franquin créa Lagaffe". Dépéchez-vous de l’acheter tant qu’il est trouvable en librairie ...

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