Tour de Belgique Vs Tour de France

9 juillet 2018 0 commentaire
  • Trêve de ballon. Alors que la Grande boucle vient de prendre son départ, deux publications s’intéressent à la bicyclette, l’une sur l’air de la compétition, l’autre de la pérégrination. Chers lecteurs, choisissez votre braquet pour cette autre confrontation franco-belge qui nous offre l'occasion de saluer les classiques du genre.

Le vélo n’est pas toujours l’ami des dessinateurs. « Faire figurer, deux fines roues et un cadre dans une perspective, c’est l’enfer ! » déplorent nombre d’entre eux. Pourtant, faisant fi des difficultés, certains ont sublimé la petite reine. Parmi les plus illustres, citons René Pellos qui suivait le Tour pour les magazines Miroir Sprint ou Miroir du Cyclisme. Tel un Georges Blondin du dessin, il savait tracer les exploits des héros de la Grande Boucle, de Fausto Coppi à Bernard Hinault, sans oublier Eddy Merckx. Et quand Pellos mettait en images les tribulations des Pieds Nickelés, il trouvait souvent dans les scénarios de Montaubert, quelques scènes de poursuite où le coup de pédale dynamitait le burlesque. En 1956 on trouva même Les Pieds Nickelés au Tour de France, en danseuse aux côté de Louison Bobet.
Tour de Belgique Vs Tour de France
Plus récemment et dans un registre plus grave, Christian Lax s’est également inspiré des grandes compétitions cyclistes. Publiés entre 2005 et 2009, L’Aigle sans orteils, Pain d’Alouette et L’Écureuil du Vel d’Hiv exposent des parcours de vie ponctués de bravoure. À chaque récit, le héros repousse ses limites physiques, mais reste une victime impuissante face aux drames de la première ou de la seconde guerre mondiale. Le graphisme incisif pointe la douleur de l’effort et les terribles coups du sort que subissent les protagonistes. Cette trilogie reste un sommet dans le parcours de son auteur.

Dans le registre de la compétition, la série Le Tour de France par Thomas Liera et Didier Ocula (Dupuis), propose à chaque album de revivre par anecdotes, une différente facette de la fameuse épreuve. Hélas comme, le précise en détail notre contributeur Clément Duval, son troisième volume qui explore les étapes de montagne a bien du mal à gravir la pente. Depuis le premier passage du Tour Malet en 1910 aux exploits du Colombien Herrera dans les années 1980, l’opus propose un dessin en équilibre entre ligne claire, caricature et réalisme. Celui-ci permet juste au lecteur de rester en selle, quand une narration maladroite l’essouffle dès le premier raidillon. Cette production ne dépasse pas son statut de « produit officiel » estampillé en quatrième de couverture.

© Ocula-Liera / Dupuis

Loin des compétitions et des caméras, le vélo peut aussi prendre le rythme de la balade. Un aspect moins spectaculaire, mais plus poétique. Deux fameux dessinateurs hexagonaux ont d’ailleurs exprimé leur passion pour ce transport sans capharnaüm motorisé. D’une part Jacques Faizant, -cyclotouriste acharné- caricaturaient parfois les politiciens en cuissard, en Une du Figaro. Mais quand il s’agit d’évoquer vélo en livre, il choisit curieusement de lui consacrer deux romans, Albina et la Bicyclette suivi d’Albina roule en tête !
Humour et bicyclette sont également familiers pour Didier Tronchet. Mais, lui aussi loupa le rendez-vous du dessin, au profit d’un pamphlet rédigé d’une plume allègre. Dans Petit traité de Vélosophie (Plon-2000), le père de Raymond Calbuth explique les délices du cycliste parisien s’extirpant de la mélasse automobile. Dix ans avant l’apparition de Vélib’ et des pistes cyclables protégées, Tronchet se faisait visionnaire optimiste.

Finalement, on tourne le guidon vers la Corée pour trouver La bande dessinée de référence dans le domaine du vélo voyageur. En quatre volumes, La Bicyclette rouge (Paquet) par le maître des Manhwas Kim Dong Wha est une série d’histoires ultra-courtes, où un jeune facteur savoure son temps pour livrer le courrier en milieu rural. Une version matins calmes de Jour de fête, en quelque sorte.

© Monsieur Iou / Rue de l’Échiquier

Vingt ans après Kim Dong Wha, un bédécycliste européen s’empare enfin du voyage à vélo. Jeune dessinateur bruxellois, Monsieur Iou a pour monture un Vitus aussi âgé que lui. Dans son premier livre, Le Tour de Belgique, il enfourche un style minimaliste pour revivre ses pérégrinations avec sacoches. Voilà un adepte du guidon de course qui n’a que faire de la vitesse. Qu’il se perde en route, qu’il s’arrête pour cause d’intempéries ou de bistro trop accueillant, ce n’est pas l’arrivée qui compte, c’est le chemin, la découverte du « plat pays » (voire !) et de ses habitants aussi friands de critériums que de houblon. Entre pavés et chemins de halage, du Carnaval de Binche aux contreforts des Flandres, poussant jusqu’à Maastricht et Paris, Monsieur Iou déploie quelques traits, un peu de couleurs et beaucoup d’élégance pour communiquer le bonheur de se déplacer en douceur. On veut bien lui décerner un nouveau type de maillot, celui de l’art de vivre.

(par Laurent Melikian)

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