A l’Ombre des coquillages - José Roosevelt - La Boîte à bulles

16 avril 2005 0 commentaire
  • Les coquillages planants de José Roosevelt sont de retour, ainsi que ses personnages fétiches, dont on découvrira ici la jeunesse. Une pierre de plus au grand édifice que promet d'être la Bibliothèque de Juanalberto.

Nous vous avions déjà parlé des premiers albums chez La Boîte à Bulles de cet artiste peintre venu tardivement à la bande dessinée et qui développe au fil du temps un univers personnel à la fois poétique et métaphysique.
Ian, Vi et Juanlberto, les trois personnages centraux des albums de Roosevelt, étaient pour la première fois apparus en 2000 dans L’Horloge, une série couleur en trois volumes (Paquet, malheureusement épuisée). Tous trois habitants d’une réalité décalée de la nôtre, un futur plus ou moins éloigné, peuplé aussi bien d’humains que d’animaux anthropomorphes, mélangeant villes de gratte-ciel et contrées étranges où des coquillages de la taille d’une maison parcourent tranquillement le ciel. Vi est une jeune femme dont la seule caractéristique non-humaine est une belle queue touffue, Ian un homme dont le visage rappellerait celui d’un satyre (mais pas leur comportement), et Juanalberto est un canard dans la tradition visuelle de Carl Barks, auquel l’auteur rend souvent hommage.

Dans ce troisième volume mettant en scène le trio, les personnage racontent leur jeunesse et les années qui ont précédées leur rencontre. Roosevelt prend le temps de dévoiler petit à petit ses personnnages au fil des 170 pages de l’album, dont les chemins ne se croiseront que vers les trois-quarts de l’album.
Juanalberto est un contemplatif qui passe plusieurs années dans la solitude, habitant un de ces coquillages transformés en petite maison. Vi plonge tôt dans l’amour de la littérature, et ses premières amours avec son mentor, une femme compliquée et égoïste, la laisseront quelque peu désabusée. Ian, apprenti dresseur de coquillages, fuira sa région après qu’il ait encouru la colère d’un politicien qui voulait le mettre dans sa poche.

A l'Ombre des coquillages - José Roosevelt - La Boîte à bulles

Roosevelt met en scène ces vies a priori très différentes avec intelligence et imagination. Son monde au premier abord hétéroclite est d’une grande cohérence intellectuelle et visuelle, son trait fin et assuré. L’utilisation parcimonieuse de la couleur, à partir des séquences où se rencontrent pour la première fois les trois protagonsistes, est d’une force émotionnelle remarquable. L’amitié entre les trois personnages, et l’amour entre Vi et Ian, sont des coups de foudre superbement rendus par l’auteur... dont l’alter ego récurrent dans ses oeuvres est Le Peintre, artiste dont les oeuvres et la personnalité catalyseront les interrogations de Juanalberto, Vi et Ian, et amèneront leur rencontre. L’auteur insiste d’ailleurs grâce à la couleur sur l’effet lors de la première vision du regard de chaque personnage, sur l’ouverture à l’autre que sont ces "fenêtres de l’âme".

La Bibliothèque de Juanalberto, comme l’auteur nomme l’ensemble de ses histoires, est un monde ouvert où les lecteurs peuvent entrer par n’importe quelle porte, et apprécier tel ou tel album sans connaître les autres. A l’Ombre des coquillages est néanmoins une excellente introduction à l’oeuvre d’un artiste atypique qui utilise la bande dessinée dans son aspect de création de monde, et heureusement n’oublie jamais l’importance des personnages, aussi variés que fascinants.

(par François Peneaud)

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