Après "Centaurus" et "Namibia", Leo et Rodolpe explorent de nouveaux horizons

26 mars 2015 0 commentaire
  • Alors que "Namibia" vient de se terminer il y a quelques semaines, le duo d'auteurs entame une nouvelle collaboration avec Janjetov pour une nouvelle exploration d'une exo-planète : "Centaurus".
Après "Centaurus" et "Namibia", Leo et Rodolpe explorent de nouveaux horizons
La série "Trent" est parue dans trois intégrales, agrémentées de nombreux visuels inédits

Rodolphe & Leo forment un réel tandem depuis vingt-cinq ans, lorsque le scénariste remarqua la biographie de Gandhi dessinée par le Brésilien. Leur collaboration commença avec les aventures de Trent, ce sergent de la Police Montée canadienne évoluant dans les territoires du Grand Nord.

Assez rapidement, Leo aborda en solo une autre série qui devint bientôt une référence pour une génération de lecteurs : Aldebaran. Cette immersion au sein de la colonie terrienne sur une exo-planète mélange adroitement science-fiction et thriller, tout en jouant d’un habile suspense centré autour d’un être énigmatique : la mantrisse. En utilisant son dessin soigné pour imaginer la faune et la flore extraterrestre, Leo a trouvé sa voie dans l’élaboration de ces colonies humaines, coupées de la Terre, qui doivent continuer à survivre dans ces nouveaux éléments. La relation entre les colons en devient passionnante, catalysée par le mystère. Il plane également sur les séries qui prolongent cette thématique : Betelgeuse et Antarès.

Kenya et Namibia

Le dernier tome de "Namibia" est paru en février dernier

Bin que la série Trent s’arrêta en 2000, la collaboration entre Rodolphe et Leo ne cessa pas pour autant. : les deux amis décident de regrouper leurs passions respectives pour créer Kenya : un habile et puissant récit louvoyant entre safari, espionnage dans l’après-guerre et incursions extra-terrestres. La communication entre les deux auteurs fait merveille : Leo lui confère toute sa science du fantastique et sa capacité à distiller les événements incongrus, tandis que Rodolphe apporte sa connaissance littéraire pour camper des personnages hauts en couleurs, et très attachants.

Après un cycle de cinq albums (de 2001 à 2008), le succès de la série appelait une suite. Mais Leo désirait se consacrer au dessin de ses séries solo (Antarès, bientôt suivi par Les Survivants sans lien direct avec la précédente), ainsi qu’à l’écriture d’autres séries (Terres Lointaines avec Icar ainsi que Mermaid Project avec Corine Jamar et Fred Simon). Il a donc fallu trouver un dessinateur qui dessinerait ce second cycle de Kenya, intitulé Namibia. Bertrand Marchal releva le défi. Sans copier son aîné, il parvint à imposer son propre style dans un cycle qui comportait cinq tomes.

L’intégrale de "Kenya" vient d’être rééditée

Si Kenya se déroulait exclusivement sur le sol africain, et avec un nombre limité de personnages, Namibia s’étend bien au-delà de la Namibie. Les lecteurs qui auront apprécié les tensions entre les différents personnages dans la moiteur de l’Afrique pourraient être déboussolés par les scènes anglaises, ou par l’incursion de personnages historiques. En effet, si les extra-terrestres demeurent l’élément central et mystérieux de Kenya, le duo de scénaristes décida de prêter un rôle important à un groupe de malfaisants humains dans Namibia, tout en faisant intervenir différentes races d’extra-terrestres, et d’une manière plus active.

Namibia, dont le dernier album vient de paraître en février dernier, se rapprochait donc plus d’un récit d’espionnage pimenté avec de la science-fiction. Légèrement en décalage de Kenya, point d’orgue de cette série de dix albums, ce cycle proposait également une réflexion stimulante sur la religion et son influence sur la marche du monde.

Notons enfin qu’un troisième cycle est en préparation. Intitulé Amazonia, où nous retrouverons le trio d’auteurs du cycle précédent et leurs héros, fortement chahutés dans cette fin de cycle. Reste à savoir si cette nouvelle aventure reviendra aux sources thématiques de la série, si elle se rapprochera plutôt de l’ambiance de Namibia ou si elle explorera une nouvelle veine mêlant encore science-fiction et récits des années 1950...

Centaurus : le nouveau défi

Avec ces différents projets, on pourra croire que Leo & Rodolphe seraient rassasiés, mais l’envie de raconter des histoires est plus forte que tout ! Et lorsque Delcourt les contacta pour leur proposer une idée un peu folle, celle de collaborer avec Zoran Janjetov, les deux scénaristes sont incapables de refuser. Rappelons que le dessinateur serbe a dessiné le cycle d’Avant l’Incal dans la foulée de Moebius, et a réalisé Les Technopères et Ogregod en collaboration avec Jodorowsky : une sacrée carte de visite ! Ainsi est né Centaurus qui, à sa manière, prolonge les univers d’Aldebaran et de Kenya.

En effet, cette nouvelle série débute dans un gigantesque « vaisseau-monde » qui a quitté la Terre à l’agonie. Vingt générations se sont succédé depuis son départ il y a 400 ans, car le vaisseau est en route pour un objectif bien précis : trouver une planète susceptible d’accueillir les descendants des terriens. Vera, satellite de l’étoile Proxima Centaurus, est la planète-cible. Envoyé en reconnaissance, un équipage va perdre la liaison avec le vaisseau (à la suite d’un sabotage) et découvrir un monde qui ressemble à celui du Jurassique.

D’emblée, le scénario de Centaurus va à l’essentiel : présentation des personnages, de la mission, puis du cadre général, avant l’arrivée sur cette "Terre promise". Cela fait beaucoup en 46 planches, et l’on ressent parfois l’impression d’être embarqué dans une course un peu folle, un tempo soutenu cependant nécessaire pour éviter la nécessité de consacrer deux albums complets au développement de la vie intéressante du vaisseau, avant de comprendre le secret de cette mystérieuse planète Proxima du Centaure, la constellation la plus proche de la Terre.

Les amateurs de Leo seront donc certainement conquis par cette entrée en matière, qui complète la thématique des colonies déjà installées d’Aldébaran et de Terres Lointaines. Jusqu’ici, trop peu d’éléments sont avancés pour que l’on ressente une impression de déjà-vu, d’autant que le suspense est parfaitement amené. En effet, l’action ne se déroule pas seulement sur cette nouvelle planète, mais également sur le vaisseau-monde, semble-t-il menacé par une incursion venue de l’espace. Le travail sur les personnages est également peaufiné : le groupe d’explorateurs est aussi bigarré qu’attachant. Il est mené par un duo de jumelles qui perturbe un peu le lecteur, sans doute à dessein.

Graphiquement parlant, les amateurs de Janjetov seront certainement légèrement décontenancés par son dessin. Contrairement à ce qu’il avait précédemment réalisé, son traitement graphique multiplie les petits traits, notamment sur les visages, ce qui nuit parfois à la lisibilité.

Par choix, il ne s’accompagne plus par ses propres couleurs informatiques qui renforçaient l’atmosphère SF de ses planches. Il a cédé la main à son fils pour des couleurs plus traditionnelles, non sans quelques défauts. Quant aux décors de ses vaisseaux spatiaux et de ses planètes inconnues, il sont en revanche toujours aussi réussis. La minutie de la découverte du vaisseau-monde ne laisse pas de surprendre, et les fans de science-fiction seront certainement conquis par une représentation qui allie réalisme et esthétisme.

Centaurus semble disposer de bon nombre d’atouts, réunissant de grands auteurs autour d’une thématique porteuse ! Les fans pourront découvrir cette nouveauté sans crainte d’un faux espoir, le clifhanger de la fin de ce premier tome laissant présager une série susceptible de figurer parmi les meilleures récits d’anticipation du moment.

(par Charles-Louis Detournay)

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