Bouncer – Tome 8 : To Hell... – Par Alejandro Jodorowsky et François Boucq – Glénat

18 décembre 2012 0 commentaire
  • Les deux mastodontes de la bande dessinée que sont Jodorowsky et Boucq arrivent chez Glénat avec leur cow-boy manchot et métis. Impitoyable, son colt à la main, le nouveau tenancier du saloon de Barrio City, s'engage dans une poursuite mortelle qui l'emmènera aux premiers cercles de l'Enfer.

Terre aride et rude, l’Ouest sauvage semble oublié de Dieu. Cet Enfer, dans lequel le pionnier trouve plus facilement de l’alcool frelaté et du plomb que de l’eau et de l’or, est l’endroit rêvé pour une chevauchée homérique guidée par la haine et la vengeance.

Mené par sa soif de justice, le Bouncer, accompagné de son clébard à trois pattes, part à la poursuite de l’assassin de Sakayawea et de son bébé, un bossu sadique, vêtu d’un manteau de fourrure et d’un chapeau de femme. Entouré de brutes qui lui servent de gardes du corps. Il sème la mort sur son chemin, aggravant le châtiment que lui réserve le manchot au terme de leur sanglante course. Une bataille de hideux egos durant laquelle l’anti-héros de Jodorowsky, toujours aussi à l’aise face à la faucheuse, n’hésite pas à ouvrir les portes de l’enfer puant des cachots pour rejoindre sa cible.

Pas de fantaisie dans cet album. Le Bouncer s’applique dans son rôle et Jodorowsky et Boucq s’ingénient à le torturer tout en restant dans la ligne des précédents opus. Les infirmités physiques servent de fond à ce western qui, malgré sa vélocité permanente et une violence continue, joue beaucoup sur les personnalités tourmentées et retorses des protagonistes.

Présences sinistres qui mélangent cruauté, haine, désir de vengeance et remords. Entre un sadique au fouet facile et pervers et un vengeur pour qui la justice du colt reste la meilleure, Jodorowsky perpétue son génie de créateur de personnages cultes après Alef-Thau ou John Difool. Déjà coéquipiers dans la trilogie Face de Lune (à quand une suite ?), François Boucq (Grand Prix d’Angoulême 1998, dessinateur de La Femme du magicien sur un scénario de Jerome Charyn ou démiurge de Jérôme Moucherot) accorde parfaitement son dessin au récit en rendant l’aridité tout autant de la nature que de rapports humains brutaux et sauvages.

Bouncer – Tome 8 : To Hell... – Par Alejandro Jodorowsky et François Boucq – Glénat
Bouncer – Tome 8 : To Hell...
Alejandro Jodorowsky et François Boucq – Glénat ©

Cette série commencée en 2001 s’appuie forcément beaucoup sur le charisme de son personnage principal. Ce héros maudit et redouté, loup dans une meute de coyotes, au langage fleuri et à la boisson facile, reste droit dans ses bottes quand il s’agit de défendre ses convictions. Funambule sans filet, il est toujours adroit, qu’il s’agisse de faire passer ses ennemis de vie à trépas ou de se jeter tête la première dans les situations les plus délicates. Sur une trame qui a su évoluer au gré des épisodes, le duo d’auteurs nous offre un scénario classique sur le mode du jeu de piste respectant les codes narratifs et graphiques du genre. Sublimé par le pinceau de Boucq, ce Zatoichi à la sauce du Far West est le fruit d’une magnifique collaboration.

Un récit violent, errant entre corruption et loyauté, qui semble n’offrir aucune porte vers la rédemption. Tendu et rythmé dès l’entrée en matière, tout de suite impressionnant, Jodorowsky lâche les chiens et appose sa marque sur l’impérissable personnalité du manchot, Boucq imprime la rage et la haine sur les visages des protagonistes. Éloge du difforme et du monstrueux, cet album est une imperturbable réussite.

(par Vincent GAUTHIER)

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