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Le Confesseur sauvage - Par Philippe Foerster - Glénat

  • Le bon père Irradieu n'a pas le sacerdoce dans la peau, mais quand un don du ciel (une malédiction?) vous tombe dessus, il faut bien faire avec. Et quelle meilleure façon que de relater les évènements étranges qui ont lieu dans la petite ville de Tchernobourg.

Le ciel leur est tombé sur la tête. Enfin, la Lune plus exactement, dont un magnifique croissant s’est écrasé sur la centrale nucléaire de Tchernobourg. Et quand ça fait BOUM !, il ne fait pas bon être dans les parages des radiations et des pluies acides...

Résultat : un cauchemar de mutations humaines, animales et végétales, de l’homme-poulpe à la limace géante, toutes sortes d’aberrations qui côtoient les citoyens lambda dans les rues de la cité. L’un de ces mutants, l’autoproclamé Père Irradieu, a acquis un étrange pouvoir : lorsqu’il s’assoit à côté d’un pauvre hère et qu’un de ses tentacules se pose sur l’épaule du malheureux, celui-ci lui livre sa confession, sans fard et sans retenue. C’est ainsi qu’au cours de balades dans les rues de sa ville, il va recueillir les témoignages monstrueux et absurdes de mutants explosifs et autres avaleurs de spectres.

Le Confesseur sauvage - Par Philippe Foerster - Glénat
Croissant de Lune nucléaire

Cette succession de courtes histoires marquées par l’humour noir et l’onirisme qui sont la marque de fabrique de Foerster (Monstrueuse Parade, Certains l’aiment noir...) se révèlent sans concession et sans illusion sur la nature humaine. On s’approche par certains côtés d’un célèbre "monstrueux insecte", par d’autres de Topor, mais toujours entre désillusion et fantasmagorie.

Le poulpe empathique, le confesseur sauvage du titre, antihéros bon bougre et à demi clochard, se consacre à son sacerdoce, flirtant entre tragédie et comédie. De l’absurde au macabre, l’auteur théâtralise un récit qui s’approche du huis clos, la toute-fin de l’album marquant d’ailleurs une sorte de libération. L’album est une scène sur laquelle défilent en continu des tares bien humaines.

Avec sa temporalité rompue, ce ne sont pas différents chapitres d’une même histoire, mais des histoires différentes dans une même vie, un récit choral où ne parle pourtant qu’un seul personnage. C’est du moins par lui que nous sont rendues audibles toutes ces voix qui, autrement, se seraient perdues. Chaque historiette, toujours en noir et blanc, se démarque de la précédente par la touche de couleur mate et pleine d’une atmosphère frissonnante.

Le poulpe réverbère les difformités de chacun de nous en véritable miroir de leurs afflictions. C’est donc un récit très noir, mais sans aigreur, dans lequel le lecteur est englouti. L’auteur nous fait entrer avec un subtil talent de conteur dans un univers où l’espoir semble désormais un mot vide de sens.

Triste et dur, lancinant et drôle, on est toujours sur ses gardes entre la légèreté presque risible du récit et sa noirceur profonde, entre état incroyable des choses et lecture à cœur ouvert de l’humanité. Ce qui est décrit dans ces pages est une pure fiction bien entendu... mais attention tout de même.

Le Confesseur Sauvage

Produisant une pluie noire d’angoisse et des cauchemars bien réels, la plume décapante et horrifique et le sens du décalage de Foerster en font un auteur dont on aimerait avoir plus souvent des nouvelles.

(par Vincent GAUTHIER)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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