Bruno Maïorana : « La BD me manquera jusqu’à la fin de ma vie. »

16 décembre 2015 14 commentaires
  • En mai 2014, le dessinateur des séries à succès Garulfo et D créait l'évènement en annonçant sur sa page Facebook qu'il arrêtait la BD. Une décision douloureuse, car la passion qu'il éprouve pour ce medium est toujours là, mais rendue inévitable pour des raisons matérielles.

Vous êtes né à Angoulême en 1966. Le fait de grandir dans la capitale de la BD est-il à l’origine de votre vocation de dessinateur ?

Oui, clairement. L’un de mes plus vieux souvenirs est lorsque mes parents m’emmenaient au festival d’Angoulême. J’ai découvert la bande dessinée principalement avec celui-ci. Le premier festival a eu lieu en 1973 : je ne savais pas ce qu’était cette chose-là, cette espèce d’énorme foire, mais sans le faire exprès j’ai dû assister à la naissance du festival. Et le fait de voir des mecs dessiner devant moi était totalement fascinant. Donc ça a carrément participé à ma vocation, bien sûr.

Par la suite, vous avez fait vos études à Angoulême...

Quand je me suis retrouvé en terminale, je me suis dit, comme beaucoup de mes potes de l’époque, qu j’allais enfin pouvoir quitter le berceau familial... À l’époque on envisageait plutôt d’aller étudier à Bordeaux, qui était la grande ville, où éventuellement à Poitiers. Donc je m’étais dit que j’allais faire une école de bande dessinée à Bordeaux : le naïf que j ’étais ! Et quand je me suis renseigné, j’ai découvert que la seule école de bande dessinée française de l’époque se trouvait pile poil là où j’habitais ! Du coup, j’ai passé le concours des Beaux-Arts d’Angoulême.

Par contre, ça s’est moyennement passé puisque j’ai été viré au bout de la première année. Ensuite, j’ai passé le concours de l’école de BD et là aussi j’ai été reçu au concours puis viré au bout d’un an ! Après, parce qu’il faut bien gagner de l’argent tout simplement, j’ai travaillé dans le dessin animé pendant un peu plus de trois ans. C’est là que j’ai fait la connaissance d’Alain Ayroles, Jean-Luc Masbou, Jean-Luc Loyer, Tiburce Oger... Et on est tous devenus très potes parce qu’on avait des imaginaires communs, les mêmes références, on jouait ensemble aux jeux de rôles, on faisait la fête ensemble...

Le fait de travailler dans la même salle, dans le cadre du studio de dessin animé d’Angoulême qui nous employait, ça crée des liens, une émulation terrible. En fait, on a beaucoup plus appris pendant ces quelques années dans le dessin animé qu’on aurait pu apprendre en quinze ans dans l’école de BD d’Angoulême, franchement.

Bruno Maïorana : « La BD me manquera jusqu'à la fin de ma vie. »
Illustration ayant servi pour l’un des deux coffret faits à l’occasion de la sortie du tome 6 de Garulfo.
(c) Delcourt

C’est avec l’un des membres de ce gang d’animateurs devenus auteurs de BD, Alain Ayroles, que vous avez créé votre première série, Garulfo, chez Delcourt. Pouvez-vous en résumer l’intrigue pour ceux de nos lecteurs qui ne la connaissent pas encore ?

Ça a l’air bête, puisque ça ressemble à un conte de fée dans lequel la grenouille se transforme en prince charmant. Garulfo est une grenouille un peu naïve, fascinée par la gente humaine qu’elle considère comme la plus belle espèce sur terre et qui rêve elle-même de devenir humaine. Et un jour, coup de bol, Garulfo devient humain ! Et on imagine la mécanique qui se met en branle, puisqu’il va découvrir peu à peu la nature humaine et il n’est pas impossible qu’il soit un peu déçu !

La série propose une réflexion un peu philosophique, mais qu’on ne voulait pas trop lourde, évidemment. On a essayé nous-mêmes d’avoir un point de vue sur cette cruauté qu’on peut trouver dans la nature humaine. On s’est même amusés, très légèrement et très gentiment, à avoir une réflexion sur le capitalisme, sur notre société telle qu’elle fonctionne, sur les gens qui ont des possessions et ceux qui n’en ont pas... Surtout, ça paraît bête mais c’est vachement important : on n’a pas conçu Garulfo comme une parodie mais comme un vrai conte, avec les mécanismes du genre, un conte dans lequel on s’amuse à raconter toutes ces petites choses. C’est une fable, quoi.

Ex-libris.

Le sixième et dernier tome de Garulfo est paru en 2002. Vous avez ensuite dessiné un triptyque intitulé D, dont le thème était le vampirisme... Un thème qui vous passionne.

Ah oui ! Pour le coup, c’est même en réalité la thématique principale de toute mon existence de dessinateur puisque je voulais, bien avant Garulfo, faire moi-même une BD de vampires. Seulement je n’y étais pas prêt intellectuellement, puisque dans le mythe du vampire on trouve quand même un mélange de beaucoup de choses : c’est profond, c’est érotique aussi, c’est un univers fantastique avec des réflexions sur la mortalité... C’est un mythe fascinant qui de toute façon n’aurait pas pu être géré correctement par la jeune pousse que j’étais à l’époque, ce jeune gland, comme dirait Sylvebarbe ! Il me fallait auparavant être un petit peu heurté par les problèmes qu’on a tous quand on traverse la vie, pour avoir suffisamment de dureté et de noirceur.

Ce dont je rêvais, c’était de dessiner des créatures sombres aux canines aiguisées à l’affût de jeunes vierges effarouchées : voilà qui prouve bien que j’étais loin d’être assez mûr pour dessiner ce genre de BD ! Et finalement, Garulfo a été une aventure absolument extraordinaire qui m’a permis d’apprendre beaucoup de choses que je n’aurais pas apprises autrement.

De fait, lorsque j’ai dessiné D, quelques années après que le dernier tome de Garulfo soit sorti, il me manquait encore des choses, bien sûr, mais j’avais suffisamment de maturité pour m’attaquer au mythe du vampirisme de façon plus réaliste, plus crédible, plus efficace et un peu plus subtile. Et comme je travaillais avec Alain Ayroles, qui est un gars d’une très grande exigence, je savais que je n’allais pas faire une BD qui aurait été une resucée -le terme est bien approprié d’ailleurs !- d’un Twilight pour adolescents de moins de quatorze ans !

Illustration intitulée Anjalbert et le dragon

Quelles étaient vos intentions, votre ambition ?

On voulait vraiment retrouver les bases du mythe, lui rendre hommage, gratter un peu dans ce qu ’était la société victorienne, dans ce que symbolisait fondamentalement le vampirisme, un mythe répandu dans beaucoup de civilisations et pas seulement en Europe. Le vampire a plein de formes : en Afrique noire, il peut être un papillon avec une longue trompe qui va venir sucer votre cerveau par les narines...

Vous êtes vraiment un spécialiste !

Je peux parler du vampirisme pendant des heures : il faut faire attention ! Dans toutes les cultures, on retrouve ce principe de l’absorption de la force vitale de l’autre qui va permettre de rester en vie. Et il y a ce prix à payer pour ces pouvoirs surnaturels : cette obligation de se nourrir du sang des autres et cette privation de liberté : un vampire ne peut pas faire ce qu’il veut, même s’il a l’air fort, il est obligé de se cacher de la lumière du jour... Quoique, dans le roman de Bram Stoker, Dracula est capable de marcher en pleine lumière, chose qu’on a souvent oublié lorsqu’on l’a adapté au cinéma.

Tout ça crée un personnage fabuleux parce que dans le roman de Stoker, Dracula n’est jamais présent directement : on l’aperçoit au loin, on en a un témoignage indirect, et ça rend sa présence beaucoup plus dangereuse, plus oppressante, plus mystérieuse. Alain Ayroles et moi-même avons voulu reprendre ça en partie -en partie seulement- avec le côté épistolaire : l’un de nos personnages tient un journal, ce qui est un clin d’œil clair et net à l’écriture de Bram Stoker qui s’amuse lui-même à faire rédiger des journaux par plusieurs de ses personnages.

L’Angleterre victorienne dans D.

Garulfo, D : deux séries terminées. Il y a un an et demi, vous décidiez de mettre une fin prématurée à votre métier de dessinateur de BD. Pouvez-vous revenir sur cette décision qui a beaucoup surpris à l’époque ?

Je ne voudrais pas être trop lourd ni passer pour quelqu’un d’amer ou d’aigri... Je suis plus triste qu’autre chose, puisque la bande dessinée est quelque chose que j’ai évidemment adoré. J’ai lu des milliers et des milliers de BD et ça me manquera probablement jusqu’à la fin de ma vie.

Heureusement, je suis aussi illustrateur à la base. Dessinateur, plutôt, parce que lorsqu’on est illustrateur, on illustre quelque chose ; or, moi je dessine ce que j’ai envie de dessiner. J’aime faire des dessins libres, pleine page, en m’amusant sur la composition ou le sujet. Et si j’ai arrêté de faire de la BD, c’est tout simplement parce que ma façon de dessiner, le fait que je sois exigeant -je ne parle pas de talent mais d’exigence en terme de travail, donc en terme de temps de travail- est clairement incompatible matériellement avec l’accélération forcenée de la production actuelle.

Cette accélération qui tôt ou tard amènera la plupart des auteurs traditionnels à prendre la même décision que moi. Un auteur classique dessine de nombreuses cases par page, avec des décors, quelques plans généraux, des plans rapprochés, sur des formats de 46, 54 ou 62 pages... Sauf à être une superstar de la BD, qui va pouvoir mettre le temps qu’il faut parce que son éditeur va lui donner beaucoup d’argent, cette façon traditionnelle de faire de la bande dessinée n’est plus viable.

Parce que c’est long, de dessiner un album ?

Mais oui ! La BD classique a un gros problème, majeur et fondamental, c’est qu’elle exige du temps. Simplement du temps. Et on n’en a plus. J’ai arrêté parce que la bande dessinée ne me permettait tout simplement plus de vivre. C’est tout. Si on dessine des BD dans le même style que moi, on ne peut faire que ça à temps plein, vraiment que ça, on en est prisonnier. Et pourtant on ne peut pas faire deux albums dans une année, ce n’est pas possible. On se heurte à des problèmes vraiment concrets. Un scénariste peut éventuellement jongler avec plusieurs albums chaque année, en prenant le temps de peaufiner ses scénarios -je ne parle pas là de scénaristes branleurs mais de vrais scénaristes bons et exigeants- mais ce n’est absolument pas possible pour un dessinateur. Il y a là une forme d’injustice, dont le scénariste n’est évidemment pas responsable : c’est une question de mécanique. Voilà pourquoi j’ai arrêté. Et depuis, la situation n’a fait qu’empirer.

La méthode de travail d’un dessinateur classique.

Les éditeurs ont-ils une part de responsabilité ?

Je vois bien que les gros éditeurs ne sont plus intéressés, sauf exception exceptionnelle, par la qualité de ce qu’ils produisent mais simplement par le flux des albums produits, c’est à dire par la quantité de tonnes de papier imprimé. Celle-ci leur permet amplement de faire fonctionner leur entreprise, ce qui est justifiable d’un point de vue d’entrepreneur, mais moi, lorsque j’étais dessinateur de BD, c’était à un éditeur que je voulais avoir à faire, pas à un chef d’entreprise. Donc, je suis devenu obsolète. Et incompatible avec le monde moderne, c’est aussi simple que ça !

Après, je pourrais dire du mal pendant des années de l’évolution du monde capitaliste, du libéralisme, de la loi de l’offre et de la demande, des écoles de BD qui s’ouvrent... Les mecs vont payer un prix fou pour s’inscrire dans une de ces écoles, pour à la fin des fins espérer quelques milliers d’euros en échange d’ une année de travail... Ces choses là, je pourrais en parler à l’infini.

Le mode de production actuel contraint-il les auteurs à aller toujours plus vite ?

Cette accélération folle oblige à trouver des astuces pour aller encore plus vite, pour sortir des collections avec des albums qui sortent d’une semaine sur l’autre. Mais ces albums, le dessinateur, ce pauvre couillon, il doit d’abord les dessiner, et ça prend du temps. Cette équation est absolument insoluble, sauf si à un moment donné on essaie de s’écarter et d’aller vers d’autres cieux. C’est ce que j’ai fait en me consacrant au dessin. Satisfaire à la commande d’amateurs d’art est nettement plus viable que de dessiner des albums de BD. Travailler avec de plus petits éditeurs, avec des libraires qui vont soigner les ouvrages, qui vont être simplement plus humains dans leur rapport à l’autre, c’est plus agréable que d’évoluer dans le monde des gros éditeurs, avec qui les rapports se sont extrêmement distendus depuis dix ou quinze ans.

Le financement participatif est-il une solution ?

Je ne crois pas que le financement participatif soit la solution miracle. Il faut trouver de nouvelles façons d’imaginer le dessin et la BD, notamment quand on est comme moi un dessinateur traditionnel, travaillant à l’ancienne, pas sur une Cintiq mais sur du papier, avec du crayon et des encres. Parce que ce sont des choix artistiques et que ces choix artistiques ne sont pas négociables. Je pourrais certainement faire un album en six mois, c’est sûr, mais dans ce cas-là je vire la moitié de mes cases, je vire aussi la moitié de mes décors et j’arrête même de travailler sur mon trait lui-même, parce que, si on veut produire un bon dessin, on doit s’appliquer, bien choisir ses outils...

Tout ça, ça prend du temps. Mais va-t-on dire à un ébéniste qu’il va trop lentement quand on lui demande de nous faire une commode Louis XIV ? Non ! On considère qu’il prend le temps qu’il faut. Un dessinateur lent, ça n’existe pas. Même si on s’est évertué à nous le faire croire depuis ces dernières années. C’est faux : un dessinateur prend juste le temps qu’il faut pour faire une BD !

Les éditeurs culpabilisent-ils les dessinateurs ?

Ils culpabilisent eux-mêmes ! Parce qu’on a fini par les convaincre qu’ils étaient lents, c’est ça qui est fou. Et il est bien évident qu’on ne va pas leur dire le contraire, puisque ça les remettrait en position de force, alors qu’on a intérêt à les maintenir dans une impression de faiblesse, de culpabilité. Ainsi, le dessinateur n’exigera tout de même pas d’être augmenté, puisqu’il est quand même à la base quelqu’un de lent ! C’est tout juste si on ne lui fait pas une fleur, finalement, en acceptant de signer ses albums. Alors il est content, il est gentil... Voilà, finalement, ce qu’est devenu ce monde. Et comme toute chose en ce bas monde depuis quelques décennies, ces évolutions-là vont toujours dans le même sens, elles ne reviennent jamais vers quelque chose d’humain avec des relations qui redeviendraient plus chaleureuses, plus proches...

Blâmez-vous la surproduction ?

Il y a surproduction, mais cette surproduction en tant que telle n’est pas répréhensible. Simplement, à un moment donné, là ou mille albums sortaient, ça va être dix mille... Il est évident qu’il n’existe pas d’injustice au fait que de nouveaux dessinateurs tentent leur chance : ils ont raison. Mais de fait, mécaniquement, ça crée des problèmes qui n’ont pas de solution. Tout le monde a le droit d’essayer de faire de la bande dessinée, simplement on est juste devenu trop nombreux. La loi du marché s’applique : on est trop nombreux donc on vaut moins et c’est réglé !

Propos recueillis par Marc Dacier


Un exemple des illustrations que Bruno Maïorana réalise actuellement.

(par Marc Dacier)

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14 Messages :
  • Un auteur d’un immense talent, qui manque au paysage BD actuel.

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    • Répondu par MD le 16 décembre 2015 à  14:41 :

      Tout à fait,les pages présentées sont absolument magnifiques, et me donnent envie d’aller acheter les albums de cet auteur pour en savoir plus.

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    • Répondu par Carine Racine le 21 décembre 2015 à  08:38 :

      Heureusement, Bruno continue de dessiner, même si ce n’est pas de la BD. Le choix de devenir dessinateur de BD ce fait avant tout parce que nous avons le plaisir de dessiner. Il doit être plus important que la sortie de l’album. Travailler pour produire ne donne pas d’aussi bon résultat que dessiner avec le cœur. Van Gogh a continué à peindre alors qu’il avait faim, car la peinture le maintenait en vie. La passion ne s’altère pas avec le manque d’argent. J’ai essayé d’arrêter le dessin car je n’arrivais pas à être publiée, j’ai tenu trois jours ! Aujourd’hui après plus de trente ans de hauts et de bas, je continue avec le même plaisir que quand j’étais ado. Résistez, amis dessinateurs, votre talent est votre plus belle richesse !

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  • Qu’un auteur aussi talentueux n’arrive pas à vivre financièrement de son art, c’est vraiment déprimant...

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    • Répondu le 16 décembre 2015 à  20:47 :

      Pour faire écho aux propos de Maïorana- qui dit très justement qu’il n’y a pas de dessinateurs lents- je viens de lire ici http://strippersguide.blogspot.fi/2...(en anglais) une interview d’Alex Raymond datant de 1949. Il y décrit son rythme de travail sur son strip Rip Kirby : 24h à mettre en place l’histoire, 3 jours pour les crayonnés, 1 jour et demi d’encrage... pour 4 vignettes. Il y révèle aussi que ses aînés lui déconseillaient d’apporter une telle méticulosité à son travail, mais que pour lui c’était suivre sa conscience d’apporter le plus grand soin à sa production.

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      • Répondu par MD le 16 décembre 2015 à  22:12 :

        Cela n’a rien à voir, il ne faisait pas d’albums, il publiait dans la presse quotidienne ou dans le supplément du dimanche, et ses pages ou strips étaient achetés par des centaines de journaux aux Etats-Unis. A l’époque, c’était la voie royale, il n’y avait pas d’albums aux States, et les comics s’adressaient aux gamins. Donc des auteurs comme Eisner, Foster, Raymond ou Caniff avaient le temps de soigner leur travail.

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        • Répondu le 17 décembre 2015 à  00:39 :

          Cela n’a pas rien à voir, le travail à fournir est le même. Et vous êtes bien mal renseigné sur les cadences de la presse pour suggérer "qu’ils avaient le temps de soigner leur travail". C’est idiot. J’en resterais là, je vois que c’est déjà mal parti.

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          • Répondu par Sergio Salma le 17 décembre 2015 à  08:57 :

            C’est en effet complètement absurde. C’est simple : je ne connais pas de cas où l’auteur n’est pas sur les braises pendant toute sa carrière. Il y a bien deux cas de figure où c’est plus nuancé . Le premier : l’auteur a une fortune personnelle ou la chance de ne pas devoir vivre de son travail. Deuxième cas : il a des chiffres de vente qui justement lui permettent de travailler à son rythme. Et même dans ce cas, il sera tenu de produire car sa collection ne lui rapportera pas ad vitam s’il ne l’alimente pas. Pour ce qui concerne la presse, quotidienne , hebdo, adulte, pour la jeunesse , magazines BD ou supports news, j’ai jamais entendu parler d’un seul auteur qui travaille dans la zénitude et dans le confort financier. Conclusion : en bédé, faut s’accrocher . Et quel que soit le niveau de notoriété.

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          • Répondu par JF. le 17 décembre 2015 à  13:56 :

            Je ne suis pas convaincu qu’on demande aux auteurs d’aujourd’hui de produire plus vite que dans le passé. Regardez donc le rythme de production des Uderzo, Giraud et autres Franquin dans les années 60/70. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne chômait pas. Et pourtant le travail était loin d’être bâclé... Faux débat donc.

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            • Répondu le 17 décembre 2015 à  19:53 :

              TOUS les auteurs formidablement productifs de la BD belge des années 60-70 avaient des assistants, voire carrément un studio (Peyo, Greg...). Aucun ne travaillait seul.

              Un dessinateur réaliste qui désire réaliser seul ses albums ne peut matériellement faire plus d’un album par an. Ce qui devient impossible pour les raisons qu’expliquent Bruno Maïorana.

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            • Répondu le 17 décembre 2015 à  21:22 :

              Vous n’avez pas lu l’interview (1949) à laquelle le lien fait référence. La polarisation c’est vous tout seul qui la faite. Les parallèles avec notre époque sont nombreux (Alex Raymond y révèle entre autre qu’il a considéré à plusieurs reprises d’arrêter la bd). Pas de faux débat donc puisque débat il n’y avait pas, c’était un parallèle. Vous êtes distrait.

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            • Répondu par Al Kovalski le 18 décembre 2015 à  21:55 :

              Uderzo, Franquin, on parle de personnages hors compétition.

              Reprocher à toute une industrie de dessinateurs, fussent-ils talentueux, de ne pas être capables de s’aligner sur cette norme, c’est comme reprocher à tout le monde de ne pas courir aussi vite que Hussein Bolt.

              Pourtant vous avez des jambes...

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              • Répondu par Sergio Salma le 18 décembre 2015 à  23:56 :

                Le but du dessinateur n’est pas d’aller le plus vite possible , ce qui est l’obsession de Bolt et des athlètes ( plus haut plus loin plus vite). Les auteurs quel que soit leur niveau sont eux tous logés à la même enseigne. Des mangas aux comics, des fumetti aux bandes dessinées franco-belges, ils ont tous toujours été obligés de suivre un rythme d’enfer. Le lien avec le public se fait dans ces conditions, c’est inscrit dans les gènes de la bande dessinée. Vous apportez un personnage qui accroche le lecteur on vous réclamera . Vous publiez des bandes dessinées qui font leur office mais qui ne rencontrent pas un succès conséquent, vous êtes obligés de tenir le rythme car si ça passe dans un journal , les pages qui vous sont dédiées doivent être remplies. Le cas des quelques noms dont on parle devrait justement vous éclairer : les dessinateurs de Goscinny produisaient beaucoup de pages avant le succès parce qu’ils devaient produire beaucoup pour gagner leur vie et ont continué à un rythme incroyable alors qu’ils avaient du succès pour d’autres raisons, attente du public notamment .

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        • Répondu le 17 décembre 2015 à  19:02 :

          On peut retarder la sortie d’un album, mais pas la sortie d’un journal. Vous dites des bêtises. Quand je travaillais pour la presse il y a trente ans, cela m’arrivait de bosser 36 heures d’affilée pour tenir les délais et ne pas planter le journal. Depuis que je travaille directement pour l’album, cela m’est arrivé plusieurs fois de faire retarder la date de sortie afin de ne pas bâcler. Les journaux passent, les livres restent. Enfin, c’était comme ça jusqu’à il y a quelques temps.

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