Dans la main de Jean-Claude Fournier

2 mai 2013 3 commentaires
  • Voici quelques semaines ont paru simultanément deux albums qui se répondent en écho : une intégrale de Bizu de Jean-Claude Fournier et un reportage dessiné de Nicoby et Joub sur le dessinateur breton qui reprit Spirou des mains de Franquin, pendant 10 ans et 9 albums. Un voyage merveilleux.
Dans la main de Jean-Claude Fournier
Jean-Claude Fournier à Aubenas en 2011
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Il est évident que ce genre de publication n’aurait pas eu lieu sans l’éditeur de Dupuis José-Louis Bocquet et son directeur éditorial Sergio Honorez. Amateurs de BD de la première heure, ils ont connu les grands anciens de l’âge d’or de Spirou, buvant des coups avec Franquin, Tillieux, Walthéry ou encore Morris et Peyo. Ayant coscénarisé Les Aventures d’Hergé avec Jean-Luc Fromental pour Stanislas (Ed. Dargaud), Bocquet s’est institué storyteller de la bande dessinée belge et avec les 75 ans de Spirou cette année, il ne boude pas son plaisir.

C’est pourquoi on n’est pas surpris de voir arriver au programme déjà chargé de Spirou 75 ans ! un petit album de reportage signé Nicoby & Joub en visite dans l’atelier de Jean-Claude Fournier. La première génération d’auteurs qui succéda à l’Olympe de l’école belge -celle des Franquin, Jijé, Peyo, Morris, Hergé, Jacobs...- avait comme bréviaire le petit livre jaune de Philippe Vandooren, "Comment on devient créateur de bande dessinée". La génération des années 2010 pourrait se rabattre sur celui-ci.

Cette bande dessinée raconte la rencontre entre les auteurs et Jean-Claude Fournier -70 ans dans quelques jours, un personnage rondouillard et sympathique à qui Dupuis confia un jour le soin de succéder à Franquin, alors que ce dernier vociférait : "- Ne l’acceptez pas, Fournier !"

Dans l’atelier de Fournier par Nicoby & Joub.
(c) Ed. Dupuis

Fournier raconte ses débuts, sa première rencontre un soir de dédicaces où le créateur de Gaston Lagaffe lui présente Peyo, Morris, Tillieux, Goscinny et... Adamo, rien que ça !

Bizu l’intégrale T1 - Par Fournier
Ed. Dupuis

La sympathie généreuse de Franquin jamais chiche en coups de mains et en conseils ; la première création de Fournier : Bizu, univers riche de tendresse et de rêve ; son engagement dans Spirou ; son éviction au profit d’autres dessinateurs ; son travail pour la publicité et son retour dans Spirou avec de nouveaux personnages, les Crannibales ; Les Chevaux de vent... C’est toute la carrière d’un dessinateur qui défile, un homme sans vraiment d’ambition autre que celle de dessiner et dont la qualité première est son humanité, sa capacité à transmettre, en particulier à deux jeunes auteurs qu’il reçoit avec la même générosité que celle du grand André. La succession est assurée !

On prolongera la lecture de ce livre heureux avec celle du premier volume de l’intégrale Bizu, chez Dupuis également. Le Breton y fait ses premiers pas le nez collé sur les planches de Gaston Lagaffe et des Schtroumpfs. Fournier avait choisi de s’inscrire dans le sillon de ses aînés, de perpétuer le style original de l’École de Marcinelle.

Ce sont des gens comme lui qui la figent dans une manière qui sera combattue par les "révolutionnaires" des années 1980 dont l’opposition, entre déconstruction en reconstruction, n’est pas exempte d’un profond respect.

Nous sommes contents de le retrouver ici agrémenté d’une introduction truffée d’informations inédites signée Martin Zeller.

Bizu par Fournier
(c) Dupuis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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3 Messages :
  • "ce sont des gens comme lui qui figent l’école de marcinelle". Absolument pas du tout d’accord ! On pourrait citer d’autres noms, nombreux, qui ont figé ce courant graphique mais pas Fournier. Le style de celui-ci bien que s’inscrivant dans cette école a toujours été en constante évolution, innovant même, à l’époque, dans la dynamique du découpage (je pense par exemple à la course poursuite du début du "grigri du niokolo koba" dont le dynamisme à l’époque n’a d’égal que "la mémoire de métal" de walthery, ou certaines séquences de "tora torapa") ou des mises en couleur surprenantes à l’époque dans lesquelles il laisse les personnages en noir et blanc sur des décors mis en couleurs. Certes Fournier est inscrit dans la continuité d’une école mais il a toujours essayé d’en faire bouger les frontières graphiques et narratives, comme l’ont fait plus tard les petits jeunes du début des années 80 (Conrad, Frank Pé, Le Gall et tant d’autres).Iil n’y a qu’à feuilleter le bouquin de Joub et Nicoby pour s’en rendre compte. C’est celà d’ailleurs qui est interressant , s’inscrire dans un courant et essayer de faire bouger les choses de l’intérieur.

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    • Répondu par Alex le 3 mai 2013 à  02:08 :

      ce sont des gens comme lui qui figent l’école de marcinelle

      La phrase est ambivalente et prête à confusion et je m’y suis aussi arrêté. Remis dans l’époque, Bizu amenait une véritable révolution poétique dans Spirou -ou plutôt confirmait que la lignée "Macherot" n’était pas un accident de parcours mais allait prendre une place importante au sein du magazine (bientôt Wasterlain, Yslaire...) Je fais partie de ceux qui regrettent la reprise de "Spirou" par Fournier, non pas pour la qualité remarquable de son travail sur ce personnage (avec tout de même plusieurs albums emblématiques -"L’Ankou" est un des meilleurs récits de Spirou depuis sa création à mon avis) mais pour la disparition soudaine du ton hautement personnel de ses histoires au sein du magazine. NB : Mr José-Louis Bocquet, qui devrait être familier des amateurs de bd, débuta en créant un fanzine nommé... "Bizu". Ce personnage, sous la plume de Mr Fournier, créa un impact certain sur le paysage moderne de la bd (cette partie j’ai compris).

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  • Dans la main de Jean-Claude Fournier
    2 mai 2013 18:53, par mikekafka

    L’integrale Bizu mériterait un article plus complet sur la série ou est ce en préparation ???

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