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La vacation Daniel Maghen : une exposition muséale temporaire

Par Charles-Louis Detournay le 8 décembre 2022                      Lien  
On ne change pas une équipe qui gagne ! Daniel Maghen rassemble à nouveau autour de ses auteurs-maison le meilleur de la bande dessinée aussi bien contemporaine que patrimoniale pour une vente qui s’annonce sous les meilleurs auspices. Le galeriste profite de ses locomotives traditionnelles (Juillard, Gibrat, Rosinski, etc.), ainsi que deux invités de marque dans des registres très différents : Ana Mirallès et ses illustrations au charme envoûtant, ainsi que Fournier, le digne successeur de Franquin sur Spirou & Fantasio. L'un et l'autre bénéficient de catalogues qui constituent de véritables monographies.

Les collectionneurs le savent : le mois de décembre est l’un des deux moments-charnières de l’année où les plus belles pièces se vendent lors de ventes aux enchères prestigieuses. Un mois qui a d’ailleurs très bien commencé avec la vente Tessier-Sarrou sous l’expertise d’Huberty & Breyne le 3 décembre, suivie le lendemain par la trimestrielle vacation de Septimus.

Comme de coutume, la vente organisée par Daniel Maghen reste le plat de résistance de cette période, avec un contenu dont la composition ne change (heureusement) pas, mais dont les pièces rapportées continuent de susciter notre intérêt, voire notre admiration.

Rien que la couverture du catalogue général impressionne. Il s’agit de la fameuse illustration de couverture de la première intégrale de Murena, dessinée par Philippe Delaby. Une telle force se dégage de cette réalisation qu’il a fallu du temps aux spécialistes pour remarquer que l’auteur avait dessiné un doigt de trop à sa main droite. Une particularité qui ne retire rien à l’atmosphère du dessin et qui lui rajoute une anecdote pittoresque.

La vacation Daniel Maghen : une exposition muséale temporaire
© Tintinimaginatio - Hergé / 2022

Dès le lancement de la vente principale, Maghen frappe fort avec un Rascar Capac qui a engendré des cauchemars auprès de plusieurs générations de jeunes lecteurs. Une pièce magnifique accompagnée de sa mise en couleurs ! Un cauchemar qui se prolonge pour Tintin par le biais d’une case originale du Temple du Soleil. Et des personnages de Hergé, il en est encore question avec les Dupond et Dupont réalisés par Tardi.

Le ton est donné, la vente ne rassemble que des pièces de prestige, issues du sérail maghennien et ô combien remarquables. Une formidable planche des Trois Vieillards du pays d’Aran (Thorgal par Rosinski) d’une incroyable modernité plus de 40 ans après sa réalisation. Elle est suivie une autre planche du même auteur, tiré de Sioban (La Complainte des landes perdues) dont la beauté éblouit tant Yves Schlirf (encore libraire à l’époque) qu’il en réalisa une sérigraphie en grand format.

Toute la force et la modernité de Rosinski dès 1979
Illustration : Rosinski © Le Lombard

Mis à l’honneur lors de la précédente vacation, Patrick Pellerin et Luc Batem sont, bien entendu, de la fête, mais d’autres grands maîtres du 9e art sont également bien présents : Jacques Martin avec une illustration du célèbre portfolio Scènes de la vie antique, Jean Giraud avec un magnifique portrait torturé de Blueberry agrémenté de deux planches et d’une illustration, Jijé, Hermann avec une galerie de portraits tirés de Comanche, Vance et la couverture du dernier Ramiro sans oublier XIII et Bruce J. Hawker, Pierre Joubert, Albert Uderzo avec une planche d’Astérix, Fred, Cosey, Schuiten, Tabary, Tillieux, une planche originale de La Foire aux immortels de Bilal en couleurs directes datant de 1980, quatre Moebius dont une magnifique illustration tirée des Mystères de l’Incal, Gotlib, trois planches de Manara et trois autres pièces de Serpieri avec Druuna, une très belle planche de Jean-Claude Mézières avec Laureline en beauté dans L’Ouvretemps, etc. Un véritable festival : on se croirait dans un musée !

La Foire aux immortels
Illustration : Bilal © Casterman

Au rayon des "nouveautés", Blake et Mortimer se taillent la part du lion : Teun Berserik, Antoine Aubin et Juillard présentent des planches, croquis et illustrations tirées de leurs derniers albums prolongeant l’œuvre de Jacobs. Citons encore Jeremy, David B, David Sala et la couverture du Joueur d’échecs, une magnifique illustration d’Alex Alice, un triptyque d’Eric Hérenguel avec Kong Crew, une impressionnante illustration de Frank Miller tirée de Sin City, deux couvertures de Mathieu Lauffray, etc

Le Dernier Espadon
Illustration : Teun Berserik © Blake et Mortimer Ed.

Et bien entendu, Maghen n’oublie pas ses chouchous (et les autres) : Gibrat avec une planche magnifique du Vol du corbeau sur les toits de Paris, Le Sursis et une très belle affiche présentant Cécile pour le festival de Solliès ; Juillard avec Les 7 Vies de l’Epervier, Plume aux vents, Mezek et Le Cahier bleu ; Patrick Prugne et la couverture du récent Pocahontas ; Mathieu Bonhomme et bien d’autres.

Le Vol du corbeau
Illustration : Jean-Pierre Gibrat © Dupuis

Parmi les auteurs fortement mis en avant, Will est en tête de liste avec neuf pièces sur une centaine que compte ce catalogue général. Et quelles pièces ! Deux superbes planches de Tif et Tondu et surtout une série de magnifiques peintures où l’on retrouve ses femmes évanescentes. La quintessence de Will !

Illustration : Will

Quand au regretté Philippe Delaby qui a l’honneur de la couverture, Maghen propose un véritable florilège de son art : la couverture de l’intégrale, mais aussi celle du dernier album de Murena qu’il a dessiné ; puis des planches originales et des illustrations tirées de cette même série et de son cycle des Complaintes des landes perdues. En tout, pas moins de neuf pièces sont présentées, cela aurait presque mérité un catalogue indépendant.

La Complainte des landes perdues
Illustration : Philippe Delaby © Dargaud

L’invité Fournier

Car, comme de coutume, Maghen pointe deux projecteurs sur des artistes incontournables du 9e art, en leur consacrant des catalogues à part. Des ouvrages qui, certes, vantent les mérites des illustrations et originaux sélectionnés pour cette vente aux enchères, mais qui prennent aussi les atours de véritables monographies en retraçant la carrières des autrices et auteurs, présentant des interviews inédites, analysant leurs œuvres et livrant des commentaires de quelques estimés collègues.

Le premier à profiter cette fois de cet honneur en cette fin d’année est Jean-Claude Fournier. On ne présente plus l’auteur breton qui eut la lourde tâche de succéder à Franquin en faisant vivre à Spirou et Fantasio des aventures qui mettaient l’écologie en avant, preuve de son regard précurseur. Et on retrouve cela dans les couvertures, illustrations, planches et pages de garde soigneusement sélectionnées par le galeriste, sans oublier quelques illustrations réalisées spécialement pour les tirages de tête de Black & White.

Toute la magie de Fournier réunie en une seule composition
Illustration : Jean-Claude Fournier

Limiter le travail de Fournier aux héros de Dupuis serait bien réducteur. Heureusement, Daniel Maghen a également mis en avant quelques superbes illustrations de Bizu, une magnifique planche des Chevaux du vent, ainsi qu’une planche de cette même série. Le tout est réuni dans un magnifique ouvrage de 96 pages, déjà incontournable pour tous les amateurs de l’auteur.

Mirallès en majesté

La seconde à être mise à l’honneur par le biais de l’un de ces catalogues monographiques est Ana Mirallès. Ce n’est pas la première fois que l’autrice espagnole bénéficie de cette mise en avant, car c’était déjà le cas lors de la vente Christie’s en mai 2018. Sauf qu’à la place des seize pièces répertoriées dans le premier fascicule de 52 pages, il s’agit cette fois de 21 œuvres originales au sein d’un ouvrage de 80 pages.

Sans surprise, l’envoûtante Djinn est mise à l’honneur ! Que cela soit en couverture (dont la fameuse du tome 3 de la série), par le biais de planches, d’illustrations et d’autres pièces originales. La thématique porteuse de cette sélection est le tatouage. Sensuel bien entendu, qui permet d’envelopper les formes de l’héroïne. Au-delà de ses traits gracieux, c’est toute la technique de couleurs d’Ana Mirallès qui saute à nouveau aux yeux, cette capacité d’allier charme et narration au sein des planches, tout en laissant exploser ses compositions au sein de ses illustrations.

Illustration : Ana Mirallès

Que cela soit via les prestigieux auteurs invités ou l’impressionnante sélection de pièces réunies par le galeriste, cette vacation sidère dans la capacité de Daniel Maghen à rassembler un tel panel dans une seule vente. Nul doute que les collectionneurs avertis participeront à celle-ci. Et si vous ne disposez pas des fonds nécessaires, que cela ne vous empêche d’aller admirer ces œuvres originales exposées actuellement à Paris. Elles forment une magnifique exposition d’une qualité muséale. Et comme elle ne dure que quelques jours, profitez-en !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN :

Exposition publique à la galerie Daniel Maghen du 6 au 10 décembre 2022, de 10h30 à 19h.
Galerie Daniel Maghen (Entrée libre.)
36 rue du Louvre, 75001 Paris

VENTE AUX ENCHÈRES
Samedi 10 décembre 2022 à 12h (entrée libre)
Maison de l’Amérique Latine
217 Boulevard Saint-Germain 75007 Paris.

Télécharger le catalogue de la vente

Avant la vente : pour déposer un ordre, envoyer une demande par email
à contact@danielmaghenencheres.com ou déposer les ordres d’achat directement via le site internet
de la vente danielmaghen-encheres.com.

Pour participer à la vente par téléphone, ou pour enregistrer les ordres d’achat le jour de la vente : +33 (0)1 42 84 38 45 ou contact@danielmaghenencheres.com

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Médaillon de l’article : illustration de Philippe Delaby.

Logo de survol : Illustrations de Fournier et Mirallès.

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3 Messages :
  • Un mois qui a d’ailleurs très bien commencé avec la vente Tessier-Sarrou sous l’expertise d’Huberty & Breyne le 3 décembre, suivie le lendemain par la trimestrielle vacation de Septimus.
    Je ne pense pas que vous avez étudié ou pris connaissance des résultats de ces deux ventes : elles ont été plutôt catastrophiques, des dires-mêmes de leurs organisateurs.
    L’ambiance n’est certainement pas à la fête et si cette vente Maghen fera un beau résultat, tant mieux pour eux.
    Force est de constater que les catalogues prennent et reprennent souvent des pièces déjà passées (invendues) antérieurement et que, par ailleurs, les experts/salles de ventes ont dur à réunir de très belles (nouvelles) pièces pour composer un beau catalogue.

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    • Répondu par Marin le 11 décembre 2022 à  21:28 :

      puisqu’on parle enchères, j’aimerais avoir l’avis des experts d’actuabd sur ce lot :
      https://septimus.be/221204-lot398/

      Répondre à ce message

    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 12 décembre 2022 à  05:53 :

      Non, nous n’avons en effet pas eu l’occasion de regarder le bilan de ces deux premières ventes.
      En disant que le mois avait "très bien commencé", je n’évoquais pas la réussite des vacations, mais bien le fait qu’elles fussent toutes concentrées au même moment, l’occasion pour le collectionneur de pouvoir comparer les catalogues, les pièces qui pourraient l’intéresser, afin d’organiser au mieux ses enchères.
      Daniel Maghen semble tirer son épingle du jeu avec au final un total de vente plus qu’honorable, et surtout un vrai record pour une couverture de Mirallès.

      Répondre à ce message

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