De la Vierge à Vénus – Regards sur la femme peinte avec Jean-Marie Pontévia- Par Patrick Chambon – Les Impressions nouvelles

26 août 2019 0 commentaire
  • Comment la femme a-t-elle été représentée dans la peinture occidentale, passant successivement de la vierge-mère, figure votive, à Diane la chasseresse, jusqu’à la prostituée de l’ "Olympia" de Manet ? Tel est le sujet de cette bande dessinée particulière qui part du travail de critique d’art du philosophe Jean-Marie Pontévia.

Voici un livre singulier, d’abord par son sujet. C’est une réflexion sur le regard porté aux femmes dans l’histoire de l’art. Passant les représentations premières pourtant fondatrices (les représentations divines antiques de la fécondité, Mithra, Isis…), le point de départ est la Vierge-mère quoique virginale, voilée, sensuellement cachée, hiératique puis extatique… « La Vierge-mère est monstre » conclut le philosophe Jean-Marie Pontévia.

Puis, parmi ces sujets chrétiens surgit la Vénus. Elle permet l’accès à ce que le religieux interdit : la sexualité, la mise à nu du corps. Cette désacralisation du corps représenté permet une irruption profane : la femme devient l’objet du voyeur, l’interpelle même du regard. Nous sommes dans l’intimité sinon dans une voluptueuse jouissance. « La Vénus est éveillée, se sait regardée et se touche… » remarque Daniel Arasse. Le corps devient phantasme.

Arrive la courtisane, figure libertine du XVIIIe siècle qui réédite la Vénus en la pervertissant par réaction à la Contre-Réforme et à l’absolutisme dévot. L’érotisme devient une « science du voir » qui fantasme sur les représentations, qu’elles soient ostentatoires ou occultées.

On aboutit à la prostituée du XIXe siècle, la femme-objet, de l’Olympia de Manet à l’Odalisque d’Ingres, jusqu’à La Goulue de Toulouse-Lautrec. Le nu devient prétexte à concupiscence mais aussi à la liberté du peintre. «  Il y a une concomitance entre la résurgence du corps féminin et la naissance de la peinture  » postule Pontévia. Alors qu’auparavant, c’est la peinture classique qui est citée, le dernier chapitre invite Bacon, Picasso, Egon Schiele, Willem de Kooning

Ce livre est singulier aussi par sa technique narrative. Faisant défiler les images, l’auteur dialogue avec la représentation des œuvres, n’hésitant pas à les mixer, jouant sur notre mémoire rétinienne, mais aussi avec leur réflexion dans l’œil de critiques d’art qui, par leurs lectures, réinventent quelquefois le sujet. Cela donne une longue rêverie en noir et blanc sur la femme, sur la représentation dans l’art, et sur le commentaire artistique, qu’il soit écrit ou, comme ici, dessiné.

De la Vierge à Vénus – Regards sur la femme peinte avec Jean-Marie Pontévia- Par Patrick Chambon – Les Impressions nouvelles

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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