Face-à-Face – Hitler, Staline – Par Arnaud Delalande, Hubert Prolongeau & Eduardo Ocaña - Robinson

27 août 2019 0 commentaire
  • Cet album, fraîchement paru aux éditions Robinson, vient inaugurer une nouvelle grande collection historique qui mettra en lumière les face-à-face entre grands personnages de notre Histoire. Pour débuter, Arnaud Delalande, scénariste et directeur de la collection, Hubert Prolongeau, co-scénariste et journaliste émérite, et Eduardo Ocaña, dessinateur, nous présentent ceux que la mémoire collective a retenu comme les deux plus grands meurtriers du XXe siècle : Adolf Hitler et Joseph Staline.

L’album débute en nous présentant la fameuse retraite d’un autre grand personnage historique, Napoléon Ier. Lors de sa campagne de Russie, en 1812, celui-ci fut contraint à rapatrier ses troupes en raison de la dureté du climat russe et de la technique de la terre brûlée mise en place par le tsar Alexandre Ier. En brûlant leurs terrains lors de leur retraite, les Russes enlevèrent aux Français les possibilités de ravitaillement et de pillage.

Cet évènement sert ainsi de point de départ aux auteurs qui réalisent un parallèle entre la campagne de Bonaparte et l’opération Barbarossa de Hitler. Le plan militaire avait pour but l’envahissement et le démantèlement de l’URSS. Il débuta le 22 juin 1941 pour s’achever en février 1942 par de la bataille de Moscou, remportée par l’armée rouge. Les auteurs décident ainsi de nous retracer la genèse de cette opération, avec en prélude la surprenante signature du pacte germano-soviétique, précédant l’invasion et le démantèlement de la Pologne, son déroulé, et ses conséquences. C’est ainsi l’évolution de la relation entre ces deux personnages et les deux puissances qu’ils dirigent que les auteurs cherchent à documenter.

Face-à-Face – Hitler, Staline – Par Arnaud Delalande, Hubert Prolongeau & Eduardo Ocaña - Robinson
© Robinson

Staline est présenté par les auteurs comme en confiance vis-à-vis de son homologue nazi, et ce, en dépit de l’anti-bolchévisme de ce dernier. Sourd aux avertissements de son gouvernement et de ses services secrets, l’autocrate soviétique ne prendra la mesure de ce qui attend sa nation que peu de temps avant le lancement de l’opération allemande, en phase de préparation depuis la mi-1940. Là où Staline est mis en scène presque crédule, victime d’abus de confiance envers un homme qu’il n’a jamais rencontré, Hitler, par le biais de ses dialogues et attitudes, fait preuve d’arrogance, trait de caractère auquel les auteurs s’attèlent à souligner pour caractériser le personnage.

Lors du lancement de l’opération, le 22 juin 1941, les Soviétiques ne sont donc pas prêts à recevoir un assaut d’une telle ampleur, et leurs défenses ne sont pas opérationnelles. De plus, l’armée a été privée d’une grande majorité de ses élites dirigeantes du fait des grandes purges du régime orchestrées par Staline. Les auteurs mettent ainsi en scène le déploiement de la blitzkrieg allemande et, par le biais de dialogues, expliquent la façon dont vont opérer les différents corps armés afin d’empêcher les Russes de pratiquer leur fameuse technique de la terre brûlée.

© Robinson

Staline prend alors la mesure de son erreur et, après un été de défaites et de pertes de territoire, décrète en septembre 1941 seulement la mobilisation générale. L’arrivée à Leningrad représente la première réelle difficulté rencontrée par l’armée allemande. La rapoutitsa, la saison des boues, rendant sa progression et l’acheminement de ravitaillement complexe. Une fois encore, une puissance d’Europe occidentale bute face au climat russe. Cet épisode sera suivi par la bataille de Moscou, que les Allemands ne parviendront jamais à atteindre, et celle de Stalingrad, qui signe la fin du fiasco militaire de l’automne/hiver 1941/42. Cet épisode, véritable tournant de la Seconde Guerre mondiale a considérablement affaibli la machine de guerre allemande avec pas moins de six millions d’hommes perdus.

Mais finalement, où se trouve le réel intérêt de cet album ? À quoi bon faire de l’Histoire-bataille, qui compose la grande majorité de l’album, en bande dessinée ? Hitler, Staline et la Seconde Guerre mondiale sont des figures et périodes historiques éculées ayant stimulé de très nombreuses productions artistiques du fait du trauma qu’elles représentent dans la mémoire collective. Pour le compte de la seule bande dessinée, la liste est longue, mais nous pourrions par exemple citer le cultissime Maus, chef-d’œuvre d’Art Spiegelman, ou encore le tout récent L’Héritier d’Hitler aux éditions Paquet dont nous vous invitons à retrouver la chronique sur ActuaBD.

© Fabrice le Hénanff / Robinson

L’album prend ici le parti de décrire avec la plus grande précision possible le déroulement de l’une des opérations militaires les plus importantes jamais entreprise. On y lit les différentes stratégies débattues, les mouvements de troupes des puissances respectives, on y décrit l’organisation des différents fronts et corps d’armée et l’on assiste, bien évidemment, à de nombreuses scènes de combats. Ces différents points sont des aspects essentiels de l’Histoire-bataille que l’on peut aisément retrouver dans des écrits scientifiques et journalistiques, plus complets du fait de leurs formats, voire même sur Wikipedia.

La bande dessinée possède cette capacité de vulgarisation que de nombreux scientifiques et journalistes saluent. On déplorera donc ici la préférence des auteurs pour des images chocs d’exécutions sommaires plutôt que pour un plus grand travail de recherche sur la présentation des mouvements de troupes et organisation spatiale des champs de bataille. Les stratégies sont, quant à elles, traitées par le biais de reconstitutions de cartes d’État-major. À ce stade, il nous est donc permis de nous questionner quant au réel apport de l’album face à des évènements historiques déjà très richement documentés.

Du côté du scénario, le découpage et l’aspect multi-personnages, à la façon d’une série, sont maîtrisés. Ce tour de force scénaristique, que l’on associe de plus en plus au format série est une performance en soi, car difficile à réaliser en bande dessinée. On louera également l’effort des auteurs quant à la véracité historique de leurs propos dans ce premier tome d’inauguration. Nous sommes donc curieux d’observer ce que donneront les tomes suivants de cette nouvelle collection historique. Ceux-ci ne seront pas forcément consacrés à de grands Face-à-Face guerriers, offrant ainsi de toutes nouvelles perspectives aux futurs scénaristes et une série d’albums rafraichissante, se renouvelant au gré des personnalités traitées. Ainsi, les prochains rendez-vous concerneront Jésus et Pilate, puis Louis XIV et Fouquet et enfin Danton et Robespierre. Les rendez-vous sont pris !

(par Thomas FIGUERES)

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Face-à-Face – Hitler, Staline – Scénario : Par Arnaud Delaland & Hubert Prolongeau – Dessin : Eduardo Ocaña – Éditeur : Robinson – Sortie : 21 août 2019 – Prix : 14,95 euros

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