Déconfinement et bande dessinée : quel 11 mai pour les libraires ?

7 mai 2020 1 commentaire
  • À cinq jours du déconfinement tant attendu, une inconnue vient toujours gripper la machine : quel sort attend les libraires ? Depuis le début de la crise, nous nous sommes déjà faits le relais de leur colère et de leurs espoirs en évoquant notamment les solutions envisagées par l'exécutif et celles imaginées par les concernés pour maintenir le navire à flot. Quel est l'état des lieux à quelques jours de l'échéance du 11 mai en France ?

Pour beaucoup de libraires la date du 11 mai ne représentera pas un changement significatif. L’exécutif l’a dit et redit : cette date ne sonnera pas la fin de la pandémie. Le confinement sera toujours d’actualité, mais sous une forme différente et avec un seul mot d’ordre : le respect des gestes barrières.

Une reprise de l’activité déjà initiée.

Justement dans l’application de ces mesures préventives, certains libraires ont déjà un coup d’avance, à l’image des partenaires de Canal BD qui ont mis en place les systèmes de drive in ou de click and collect dont nous vous parlions il y a peu. Ces dispositions seront bien souvent conservées après le 11 mai pour offrir des alternatives aux clients angoissés à l’idée de se mettre en danger.

Sur la carte ci dessous qui liste les librairies ayant maintenues leurs activités pendant le confinement, on voit que nombre d’enseignes ont déjà rouvert en s’adaptant aux règles sanitaires, dernier recours pour nombre d’entre elles qui risquent la faillite.

Déconfinement et bande dessinée : quel 11 mai pour les libraires ?
Toute la France est envahie d’irréductibles libraires qui n’ont pas attendu les directives de l’État pour s’organiser.
© Capture d’écran / Canal BD.

Pourtant dès le début du confinement, Bruno Le Maire le ministre de l’économie avait brisé une lance en faveur des libraires en évoquant la possibilité de considérer ces points de vente comme des commerces de première nécessité. Il a été rabroué par le Syndicat de la Librairie française (SLF) lui-même.

Il n’a donc pas été surprenant de voir les initiatives individuelles prendre le pas sur les décrets officiels, chacun s’organisant comme il pouvait pour sauver les meubles. Tout porte à croire qu’à partir du 11 mai ce sera la même chose : aux commerçants de faire au mieux en s’adaptant aux directives trop rares et peu claires dictées par l’État.

Un grand flou pas très artistique.

« On va faire comme le gouvernement : avancer à tâtons, nous dit Anne-Sophie Viot, libraire à la librairie Gréfine de La Rochelle. On va mettre des affiches pour inciter les clients à porter le masque, essayer de privilégier la carte bleue sans contact, et mettre du gel hydroalcoolique à disposition du personnel et des clients. »

Sur ce point, pas de surprise : les gants, masques et gels ne seront pas pris en charge par l’État mais seront bien aux frais des commerçants, pour l’heure en tout cas.

Autre point crucial pour organiser au mieux la sortie de crise : l’entente avec les éditeurs et les diffuseurs. Les autres acteurs de la chaine du livre rongent leur frein depuis le début du confinement dans l’attente de sortir leurs nouveautés, au risque de surcharger les libraires : « C’est vrai que l’on a été un peu plus frileux que d’habitude dans nos commandes, on prend moins de stock, on va attendre de voir... » , concède Anne-Sophie. Mais certaines librairies doivent parfois traiter avec des commandes passées bien avant le confinement, dans des quantités qui ne sont plus raccord avec les besoins des commerçants. Un défi logistique pour eux comme pour les distributeurs.

La librairie Impressions à Enghien-les-Bains.
Photo DR

Enfin, la troisième embûche à gérer concernera la concurrence d’Amazon et des autres librairies en ligne. Déjà, pendant le confinement, les libraires avaient dénoncé le double discours du gouvernement qui, d’une main, fermait les librairies et, de l’autre, tolérait le fonctionnement du géant de l’e-commerce en dépit des exigences sanitaires dénoncées par les syndicats. Conséquence : une accentuation du déséquilibre entre les parties évidemment en défaveur des circuits indépendants. La partie de bras de fer entre Amazon et ses syndicats n’y changera rien (le groupe américain a fermé ses centres logistiques français et fait livrer ses clients via ses autres plateformes européennes). La crainte est de voir cet état de fait perdurer après le 11 mai, le pli de l’achat en ligne étant pris.

Il leur faudra compter sur la solidarité des Français, déjà perceptible pendant la crise à travers les nombreux messages de soutien et le hashtag #françaissolidaires. Mais cela sera-t-il suffisant ?

Un dessin de circonstance signé Gilbert Bouchard qu’il a partagé sur sa page Facebook, parmi de nombreux autres qui valent le coup d’oeil...
© Gilbert Bouchard.

Silence radio au Ministère de la culture et à l’Élysée.

Face à toutes ces difficultés, les libraires se sentent bien seuls. Tous déplorent le manque d’intervention et de communication de l’état et des élus locaux. Pas ou peu de consignes claires ne sont transmises aux syndicats : c’est aux concernés qu’il revient d’imaginer et de faire appliquer les mesures. On peut facilement voir là un manque d’intérêt pour la filière du livre, et de tous les autres secteurs culturels d’activité laissés aussi dans l’obscurité.

Dans les discours du Premier Ministre et du Président, il a plusieurs fois été appelé à « faire appel au sens des responsabilités de chacun. » C’est cohérent : il est en effet impossible pour l’État d’exercer un contrôle strict sur tout le pays, et au bout du compte, il revient à chacun de se prendre en charge.

Mais cette maxime ne doit pas devenir un prétexte pour laisser les uns et les autres sans solution comme ça a été le cas pour beaucoup pendant le confinement. Les aides économiques accordées aux librairies par le Centre National du Livre sont bien trop faibles et trop procédurières. La création d’un plan d’urgence du CNL en faveur des libraires en est au stade du vœu pieux. Pour le seul mois de mars, le chiffre d’affaires des Les librairies de 1er niveau (librairies indépendantes et grandes surfaces culturelles) a chuté de 54%.

Bref, pour l’heure, face au 11 mai qui se profile, les libraires sont désespérément seuls face à une tempête économique sans précédent. Ils ont plus que jamais besoin de votre soutien.

Voir en ligne : La page facebook de Gilbert Bouchard, qu’il alimente très régulièrement en dessins sur l’actu.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

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En logo de survol : La librairie Lello à Porto, l’une des plus belles librairies du monde. © Wikipédia / CC.

 
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