Bercovici habille Le Journal de Spirou en hommage aux personnels soignants

8 mai 2020 5 commentaires
  • Après une incartade en rouge du côté des communistes il y a quelques mois, le journal du plus célèbres des grooms endosse la blouse pour son prochain numéro avec une couverture consacrée aux "Femmes en blanc", la fameuse série de Cauvin et Bercovici. Un bel hommage rendu à celles et ceux qui luttent en première ligne contre le coronavirus et à une série de bande dessinée classique qui, hélas, tire bientôt sa révérence.

« Des applaudissements pour les femmes en blanc », c’est le titre figurant en manchette du 4283e numéro du Journal de Spirou. Un titre à double sens : on y lit bien évidemment un hommage aux personnels soignants qui luttent contre le coronavirus, mais aussi une révérence à la série qui se conclura en juillet prochain avec son 42e et dernier album La Radio de la méduse.

Les Femmes en blanc, l’un des best-sellers historiques de l’éditeur Dupuis, s’est avéré particulièrement d’actualité ces derniers mois puisque la série humoristique met en scène le personnel hospitalier dans un quotidien truffé d’humour, non sans respect pour la profession et empathie pour les malades. Logique donc de voir la couverture du prochain numéro de Spirou confiée à Philippe Bercovici, son dessinateur.

Bercovici habille Le Journal de Spirou en hommage aux personnels soignants

On y voit une infirmière des plus convaincantes dans la pose iconique de "Rosie la riveteuse" avec charlotte à pois et biceps apparent pour illustrer la détermination sans faille dont font preuve les personnels soignants depuis le début de l’épidémie. Alors que le déconfinement se profile en France pour la semaine prochaine, et à déjà démarré en Belgique, il ne fait aucun doute que les femmes en blanc et leurs collègues auront encore du boulot...

Nous avons pu nous entretenir avec Bercovici et discuter avec lui de l’actualité, de la vocation de la série, et des mérites de la profession.

Confiné ET masqué : Bercovici a bien compris les gestes barrières...

Est-ce que vous avez des retours du personnel hospitalier sur la série ?

Bercovici : Au fil du temps, j’en ai eu beaucoup, bien sûr. J’ai rencontré énormément de monde dans ce milieu. J’étais très heureux que la série soit prise en compte par les infirmières et les médecins. Au début, c’était plutôt une surprise, on s’adressait aux lecteurs de Spirou avant tout. Il faut dire que l’on a été les premiers, je pense, à faire une série de ce style en prise directe avec la vie quotidienne.

Raoul Cauvin a eu cette intuition, (je parle de la fin des années 1970) qu’il fallait un peu de concret dans la BD. Bien plus tard, il est arrivé que l’on me dise en séance de dédicace que la série a eu un rôle dans le choix d’une carrière d’infirmière par exemple.

Pendant cette crise, un certain nombre de dysfonctionnements du système médical ont été exposés au grand jour. Est-ce qu’à votre échelle, c’est un problème sur lequel vous essayez d’intervenir ?

B : Bien sûr, on a évoqué pas mal de carences et problèmes divers dans nos albums. C’était une énorme part de nos histoires ! Il y a même eu une manifestation en couverture de l’un d’eux... Le manque de moyens, de motivation ou d’organisation ne datent pas d’hier, et aujourd’hui on s’en rend compte plus que jamais. La série a été un moyen de parler de problèmes liés à la maladie, aux relations entre les gens, et aussi aux problèmes de pénuries de moyens ou de matériel. Sans parler des salaires dérisoires.

C’est bien la peine de se gausser des systèmes de santé des autres pays, n’est-ce pas ? Répéter matin, midi et soir que l’on a le meilleur système de santé au monde, et voir à quel point ce système fuit de partout. C’est un lieu commun que de dire que l’humour a pour base les peurs ; l’hôpital, on en a tous peur n’est-ce pas ? D’autant plus que l’on sait qu’ils sont faillibles. Même s’ils font aujourd’hui des efforts pour que ça ressemble à des halls d’aéroport .

Le style Bercovici : net et piquant.
© Bercovici.

Avec des séries comme Les Femmes en blanc ou Boule à zéro, on voit que le 9e art se tourne vers le milieu hospitalier. C’est important pour vous de remettre à leur place ces héros masqués bien réels ?

B : Oui, pour moi l’originalité de notre série repose sur la mise en avant de ces professions, de leur mission, de leur variété… À tel point que ces derniers ont pris beaucoup d’importance, effaçant même un peu la notion de « personnage de BD », ce qui d’un point de vue commercial n’est pas le meilleur plan, entre parenthèses. Les femmes en blanc ont été, je pense, une série très féminine, et au delà de quelques clichés, j’ai cherché à dessiner des personnages tels qu’on pourrait les rencontrer. Avec bien sûr un mix avec mon style de l’époque, mes défauts et maladresses. Les premières planches ont été dessinées alors que j’étais au lycée, il y a exactement 40 ans. J’ai fait mes armes dessus…

Quel message aimeriez-vous faire passer à nos lecteurs en cette période confinée ? Et quel message pour les soignants ?

B : Je n’ai pas vu des infirmières ou des médecins uniquement en tant que dessinateur, mais aussi comme tout le monde en tant que patient ou accompagnant des malades, je sais bien tout ce qu’on leur doit… J’espère aussi que nos albums sont considérés comme l’équivalent des applaudissements de 20 heures, un hommage que l’on rend à notre façon. Pour ce qui est de la sortie du confinement, les auteurs vont un peu récupérer l’exclusivité de leur mode de vie, avec les gamers et les moines bénédictins… Reste à souhaiter que le rebond des statistiques de la pandémie n’aura pas lieu et qu’on pourra reprendre le cours de nos maladies habituelles...

Au moins, le confinement n’affecte pas l’inspiration ni l’humour, bien au contraire.
© Bercovici.

C’est donc une numéro doublement d’actualité qui nous attend le 13 mai 2020. Au sommaire : les séries classique du magazine, de Supergroom à Créatures en passant par Katz ou Dad, avec un focus spécial sur les héros en blouse blanches. Interview du scénariste Raoul Cauvin, l’autre "papa" des Femmes en blanc, comme nous l’avions fait il y a quelques jours plusieurs gags de la série issus du 41e album, et une double page de jeux Panique aux urgences en immersion dans un hôpital bien surchargé qui nous rappelle tristement les nôtres...

Philippe Bercovici publie par ailleurs, en juin prochain, en compagnie de l’historien Jean-Noël Fabiani, une nouvelle édition augmentée de sa très savante Incroyable Histoire de la médecine (Ed. Les Arènes BD), un best-seller (60 000 exemplaires vendus) truffés d’informations sur l’histoire de l’art médical augmentée de 32 pages et huit chapitres supplémentaires qui abordent des sujets nouveaux : les sages-femmes et l’obstétrique ; l’Église et la médecine au Moyen-Age ; l’influence du climat et de l’environnement ; l’histoire des hôpitaux ; l’histoire de la réanimation ; les femmes en médecine ; l’histoire des régimes alimentaires ; l’histoire des infirmières. Et un chapitre consacré aux grands fléaux modernes actualisé avec... le Covid-19. Bercovici, un dessinateur dans l’actu !

Bercovici publie le 24 juin prochain une édition augmentée de son "Incroyable Histoire de la médecine" (Ed. Les Arènes) qu’il sosigne avec l’historien Jean-Noël Fabiani.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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- “Le Journal de Spirou n°4283 - Des applaudissements pour les femmes en blanc" - 2,70€ - En kiosque dès le 13/05/2020 ou à défaut sur DIRECT-EDITEURS.FR

- "L’Incroyable Histoire de la médecine" de Jean-Noël Fabiani et Philippe Bercovici (Ed. Les Arènes BD) - 288 pages, 23,90€. Parution le 24 juin 2020.

 
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5 Messages :
  • Intéressante interview... Mais, en ce qui concerne votre analyse de cette superbe couverture, je n’ai pas tout à fait la même lecture que vous, loin s’en faut même. Je pense qu’elle dépasse le cadre de la bande dessinée, qu’elle prend même, de par l’ambiguïté du dessin, position dans une réalité contraignante qui est la nôtre. Je ne dirais pas que le magazine Spirou devient "engagé", bien évidemment... Mais résumer cette couverture à un bras musclé pour bien travailler, à un hommage à la série de Bercovici et Cauvin, au travers des hommages rendus de jour en jour au personnel soignant, cela me semble particulièrement réducteur ! En vous rendant sur ma page facebook, vous pourrez trouver ma propre analyse...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 8 mai à  12:15 :

      Désolé, Jacques mais je crois que notre jeune collaborateur a vu des choses que tu n’as pas vues. Ce n’est pas un bras d’honneur, la Charlotte à pois en témoigne, c’est une allusion à une célèbre affiche américaine : We Can Do It.

      La couverrure de Philippe Bercovi est inspirée iconique de la culture américaine.

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      • Répondu par Jacques Schraûwen le 8 mai à  12:23 :

        je pense plutôt, quant à moi, avoir vu, au-delà des références que tu indiques (et que, bien entendu, je connaissais) et que je ne nie pas, ce que l’auteur de cette chronique n’a pas vu... L’ambiguïté existe... Cauvin et l’équipe de Dupuis ne le cachent pas, d’ailleurs... Cela dit, loin de moi l’idée d’une quelconque polémique, mais simplement l’affirmation que d’autres vérités que celles qui paraissent incontestables existent. On vit une époque, à mon avis, qui est particulièrement liberticide. Se contenter d’une explication simple à une oeuvre d’art, quelle qu’elle soit, me paraît malvenu... Le politiquement correct, vois-tu, me gène de plus en plus... Mais ce n’est que mon avis, et c’est la raison, d’ailleurs, pour laquelle je n’ai pas proposé de faire ma chronique pour actuabd...

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        • Répondu par Jacques Schraûwen le 8 mai à  14:31 :

          La réponse de Bercovici est claire, me semble-t-il, non ?.... "Jacques Schraûwen Didier Pasamonik c’est clairement une référence à cette affiche, mais l’ambiguïté était dans mon esprit et ne me déplait pas" !!!!

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          • Répondu par kyle william le 8 mai à  17:18 :

            Si c’est lu comme un bras d’honneur, c’est que le dessin est loupé.

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