"Dédale", un manga en deux tomes dont on ne réchappe pas.

24 juillet 2016 0 commentaire
  • S’inscrivant dans la mode des survivals, « Dédale » surprend par son ton bon enfant et l’ingéniosité de son traitement. Avec ce récit complet en deux tomes qui va à l’essentiel, les éditions Doki Doki tiennent certainement la référence "survival" de cette année. À lire absolument !

Tout débute par une porte qui s’ouvre sur une pièce… ou ce qui devrait être en principe une pièce ! Reika et Yôko, deux étudiantes, errent dans un gigantesque immeuble qui se révèle un dédale sans fin défiant la logique et tout principe de construction.

Comme le veut le genre, nos héroïnes n’ont pas de souvenir de la façon dont elles sont arrivées dans ce lieu étrange, lieu qui va se révéler au cours de leur exploration de plus en plus anormal et de plus en plus dangereux, les amenant à lutter pour leur survie dans une ambiance joyeuse et ludique des plus singulières.

Les deux tomes se dévorent littéralement jusqu’à leur dénouement si logique et plein de sens qu’il réjouira et attendrira tout à la fois le lecteur. Il faut dire que si le récit de Takamichi s’avère bien ficelé, déroulant un monde mystérieux d’une manière aussi simple qu’efficace, c’est certainement ses personnages qui, comme souvent, apportent l’élément déterminant, conférant sens et plaisir à la lecture.

"Dédale", un manga en deux tomes dont on ne réchappe pas.

Dans ce duo, il y a tout d’abord Reika, le personnage moteur. Elle est excentrique, vive, observatrice et curieuse de toute chose… mais trop plein de cette « force » pour s’adapter à une vie sociale ordinaire. Elle va trouver dans ce dédale, un univers infini à explorer et à décortiquer dans les moindres recoins, un lieu à sa mesure.

En effet, par sa positivité et son énergie, Reika s’avère une aventurière au sens classique du terme, bien plus à sa place à « jouer » dans un tel univers que dans la réalité normalisante. Cependant toute entraînante que soit son excentricité, un tel personnage ne révèle tout son potentiel qu’en donnant la réplique à un interlocuteur au répondant approprié.

Yôko est ce binôme pragmatique et terre à terre, soucieuse avant de tout de sortir de ce dédale, peu enclin à l’audace mais dotée d’un franc-parler calme et raisonnable qui donne lieu à des échanges et des répliques pleines de naturel et de bon sens, apportant un contrepoint parfait à la suractivité de sa compagne.

Et le grand mystère dans tout ceci ? Il repose sur la phrase d’accroche suivante : « Et si la vie réelle pouvait "bugger" ? ». Lorsque l’on apprend que Reika et Yôko travaillent précisément comme « débuggeuses » pour une société de jeu vidéo, on a une idée plus claire du thème général de l’heure.

Il ne s’agit pas cependant d’une œuvre destinée aux amateurs de jeux vidéo , mais une tentative d’en appliquer certains concepts propres dans un environnement familier, celui d’un immeuble, en accordant une place essentielle à la question de l’architecture. Ainsi, les plus grandes armes de nos héroïnes sont simplement le sens de l’observation et la curiosité envers leur environnement, afin d’en exploiter toutes les possibilités.

Graphiquement, le travail de Takamichi se révèle lui-aussi impeccable : les décors, entre réalisme et surréalisme, sont clairs et précis permettant au lecteur de les appréhender parfaitement dans l’espace. Quant aux personnages, le soin apporté aux expressions du visage, en particulier celui très vivant de Reika, se fait avec une élégance de trait fort agréable.

Signalons enfin qu’au Japon Dédale a été parmi les onze nominés au Grand prix du Manga 2016 des libraires et a fini à la cinquième place [1].

Avec son récit astucieux, détournant habilement les codes du survival pour en verser les thèmes dans ceux du labyrinthe et des énigmes, l’œuvre de Takamichi est une belle surprise, une aventure fraîche et enthousiasmante, à emporter parmi vos lectures de l’été, vous ne le regretterez pas !

(par Guillaume Boutet)

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Dédale T. 1 & T. 2 Par Takamichi. Traduction Sébastien Ludmann. Doki Doki, collection "Seinen". Sortie le 6 juillet 2016. 244 pages & 230 pages. 8,50 euros.

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[1Prix créé en 2008 qui récompense le meilleur manga récent ou en cours de publication (moins de huit volumes publiés), par un jury composé de libraires japonais.
Cette année le gagnant fut Golden Kamui de Satoru Noda.
Le détail :
1e : Golden Kamui de Satoru Noda
2e : Dungeon meshi de Ryôko Kui
3e : Blue Giant de Shinichi Ishizuka
4e : Erased de Kei Sanbe
5e : Dédale de Takamichi
6e : Nami yo kiite kure d’Hiroaki Samura
7e : Koi ha amagari no yō ni de Jun Mayuzuki
8e : Machida-kun no sekai de Yuki Andô
9e : Tokyo tarareba-jô d’Akiko Higashimura
10e : Okazaki ni Sasagu de Saho Yamamoto
11e : Tonkatsu DJ Agetarô de Yujiro Koyama et Ipyao

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