La Geste des Chevaliers Dragons, T. 22 : La Porte du Nord - par Ange & Alexe - Soleil

23 juillet 2016 0 commentaire
  • Nouvel opus de la plus créative des séries d'Heroic Fantasy françaises du moment... et nouvelle réussite dans le genre ! On aurait pu croire à un plagiat de "Game of Thrones", mais il n'en est rien : scénaristes et dessinatrice rivalisent d'audace pour nous faire vivre un moment d'émotion intense. Du grand art !

La « Porte du Nord », telle est nommée la forteresse qui protège la frontière de l’Empire contre les terres froides. Depuis des temps immémoriaux, le pouvoir est tacitement partagé entre deux Chevaliers dragons d’un côté, ainsi qu’un commandant et quelques soldats exilés de l’autre. Ces derniers doivent subir la charge entamée par leurs aïeux, formulée dans le « Serment de Demeure » et qui se perpétue depuis sept générations !

En effet, régulièrement, des créatures du Veill apparaissent et s’en prennent aux rares populations qui habitent ces contrées isolées. La mission des Chevaliers dragons et des soldats ? Supprimer les reliquats du règne d’un dragon aux pouvoirs incommensurables, tué par les hommes des centaines d’années plus tôt, mais qui font encore sentir ses effets sur la région.

Mais voilà que les créatures du Veill commencent à pulluler, plus nombreuses qu’une nuée de sauterelles. Comment endiguer une des plus grandes marées de créatures que le Nord ait jamais connu ? Les Chevaliers dragons sauront-ils faire la part des choses entre leur devoir ou les personnes à qui il se sont attachées pendant des années ?

La Geste des Chevaliers Dragons, T. 22 : La Porte du Nord - par Ange & Alexe - Soleil

Nous vous parlons régulièrement avec enthousiasme de cette Geste au long cours (voir les articles recensés ci-dessous) : autour d’un concept simple (l’apparition du dragon pervertit tout ce qui se trouve à sa proximité, exceptées les vierges, rassemblées en Ordre pour combattre), le duo de scénaristes Ange travaille avec une succession d’auteurs pour relater les splendeurs et les misères d’un Empire plusieurs millénaires durant.

Après une vingtaine de tomes (toute une série d’histoires sont déjà écrites et en cours de réalisation), on pouvait craindre un essoufflement. Peut-on vraiment infiniment renouveler le développement de cette thématique aussi simple ? « Sans doute pas », pourrait-on penser à la lecture du résumé de La Porte du Nord, non sans faire le lien avec le fameux Mur de Game of Thrones… Des gardes exilés aux confins de l’Empire, devant tenir une forteresse aux murs cyclopéens ; quelques escarmouches qui ont émoussé les sens des soldats avant qu’une grande masse de combattants ne déferle sur eux : la ressemblance est trop frappante pour ne pas être énoncée.

Comme pour chaque tome, la surprise nous guette cependant dès l’ouverture de l’album : pas de pages de garde avec la chronologie des épisodes de La Geste, car cette frise se retrouve en fin d’album. Volonté manifeste des auteurs ne pas donner d’emblée d’éléments dans al situation de l’intrigue. L’invitation est donc lancée : on se laisse prendre par la main pour découvrir ce monde glacé… Et bien nous en prend !

Dès les trois premières pages, le talent de la dessinatrice Alexe nous propulse dans cet univers réfrigérant et dangereux. L’auteure de Lancelot avait déjà eu l’occasion de travailler avec Ange, mais seulement sur la réalisation des couleurs d’un album. Elle trouve pourtant avec La Geste un univers à sa mesure : hormis quelques petites approximations, Alexe parvient à insuffler la force, la violence et la sensibilité nécessaires dans ses planches, certains des éléments marquants de la série.

Tout ce talent ne serait malheureusement rien sans les formidables aptitudes au renouvellement d’Ange. En quelques séquences savamment bien dialoguées, les scénaristes installent l’ambiance du récit. Si on est emporté par le flot de l’histoire et de ses protagonistes dès la première lecture, en vivant intensément avec eux leur dilemme, on comprend par la suite que chaque élément a été soupesé, pour choisir où il serait placé, afin de produire son effet maximum.

Le soin apporté au découpage tient également de la dentelle : dans un récit que l’on pourrait facilement résumer en quelques lignes, les scénaristes mêlent les points de vue de deux chevaliers dragons, apparemment pour les opposer, mais l’ensemble forme un amalgame qui fait sens.

Plus particulièrement, la séquence de l’attaque massive est magistrale (voir ci-dessous). En mêlant deux points-de-vue pris à des moments différents, le lecteur ne sait plus s’il vit les souvenirs de deux personnes, ou les anticipations de la seconde qui anticipe le carnage qui a dû se produire. Dessinatrice et scénaristes sont à l’unisson pour adapter une technique cinématographique (ou télévisuelle) qui n’avait jamais été aussi bien réussie en bande dessinée.

Après vingt-deux tomes, La Geste des Chevaliers dragons n’a rien perdu de sa force originelle, ni ses auteurs de leur innovation ou de leur talent à se renouveler. Malgré une couverture assez simpliste, cet album propose un excellent moment de divertissement, mêlant savamment aventures et passions humaines. Après une telle longévité, on en voudrait beaucoup d’autres qui maintiennent cette qualité !

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire les précédentes chroniques de La Geste des Chevaliers Dragons : tomes 2, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 11, 12 & 13, 14, 15, 17, 18 & 19, 20, 21 et sa version manga.

Concernant La Geste des Chevaliers dragons, lire des précédentes interviews d’Ange :
- « Nous commençons un second cycle dans La Geste des Chevaliers dragons »
-  « L’origine de "La Geste des Chevaliers Dragons" remonte aux femmes »
-  « Sans leurs sentiments et leurs souffrances, les personnages seraient en carton-pâte. » (Janvier 2012)
-  « Marie des Dragons n’a rien à voir avec la Geste » (Novembre 2009)

Ainsi qu’un article général présentant la Geste : Entre Ange et Ténèbres, Soleil continue de privilégier l’Héroïc-Fantasy.

Toutes les illustrations sont : © Éditions Soleil, 2016 – Ange, Alexe

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