Dico Sarko : le président pris au mot.

5 mars 2008 21 commentaires
  • « Casse-toi, pauv’ con » avait rétorqué le président Sarkozy à un quidam qui l’avait insulté au Salon de l’agriculture. Le mot a choqué.

Le lendemain, le locataire de l’Élysée faisait amende honorable auprès des lecteurs du Parisien : « J’aurais mieux fait de ne pas lui répondre. » Certes, mais le style, c’est l’homme. De Gaulle avait repris cette expression d’Audiard en évoquant Mai 68 : « Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages !  ». C’était classe. Pompidou, en rhétoricien, était avare en mots vulgaires. Mitterrand, avait la citation brillante (« il faut laisser du temps au temps ») et le phrasé calibré. Tout au plus parlait-il de «  livrer aux chiens l’honneur d’un homme  » en faisant allusion aux journalistes aux obsèques de Beregovoy. Chirac, comique troupier à l’occasion, parlait de ses « balloches » en privé, jamais en public… Le nouveau président répond aux insultes par un direct : « Casse-toi, pauv’ con » bien caractéristique de son style.

Les éditions 12 Bis ont eu le nez fin d’éditer quelques jours après cet incident un Dico Sarko qui insiste sur l’évolution lexicale de la présidence de la République. Certes, cet ouvrage n’est pas, Alain Rey le précise en préface, « le dico du lexique présidentiel » mais un contre-lexique qui constitue un «  kärcher anti-Sarko, façon arroseur-arrosé ».

Je n’ai pas manqué d’aller voir si « Pauv’ con » y figurait. « Con », non. L’auteur a dû trouver le mot trop vulgaire pour le mari de Carla Bruni. « Pauvre », en revanche, obéit à cette définition : « Pauvre  : adj. et n. Qui vote à droite comme on joue au loto.  » Finalement, si l’on suit le raisonnement de Charb, « Pauv’ con », dans la logique sarkozienne, relève de la tautologie !

Dico Sarko : le président pris au mot.
Dans le Dico Sarko de Charb, un autre des travers de la politique sarkozienne, selon ses détracteurs : sa complaisance vis-à-vis des communautés religieuses.
Editions 12bis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Le Dico Sarko par Charb aux édition 12Bis (10,50 euros), paraît le 6 mars 2008.

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21 Messages :
  • Le "quidam" en question n’a insulté personne, il a simplement refusé de lui serrer la main. C’est encore permis ?

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    • Répondu le 5 mars 2008 à  09:14 :

      "Me touches pas, tu vas m’salir". Un "simple refus" ? Ou une provocation gratuite ?

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      • Répondu le 5 mars 2008 à  10:41 :

        Ce que le quidam a dit est "Touche moi pas, tu me salis".

        Je trouve la caricature de Sarkozy qui le représente "jaune" avec un nez crochu de fort mauvais goût. Elle rappelle "certaines caricatures" d’une époque de triste mémoire, et joue ce jeu-là de la carte de "l’anti" systématique et viscéral.
        Attention ! On peut critiquer Sarkozy, mais il ne faut pas tomber dans certains travers !

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      • Répondu le 5 mars 2008 à  11:39 :

        Et allez ! Encore un !

        Qu’il est triste de voir une opposition (et tous les artistes et critiques s’y retrouvant) s’en prendre à une personne plutôt qu’à ses idées... Cela dénote d’une si faible confiance en ses propres forces de conviction et de proposition. D’un côté, on critique la manipulation médiatique, et de l’autre, on ne s’en prend qu’à l’image (et aux mots) de son interlocuteur, en une sorte de mantra sectaire laveur de cerveaux. Je ne vois pas comment on pourrait tomber plus bas dans l’exercice démocratique. Je sais, il ne s’agit que de fantaisies parodiques...

        Ah évidemment, le bonhomme est un poil plus solide que Bérégovoy : il ne va pas se suicider, lui, juste lâcher une petite insulte spontanée. On peut donc y aller plus fort et s’accrocher à ses basques... Que disait Mitterand, déjà ? "Livrer aux chiens l’honneur d’un homme" ?

        Quant au quidam en question, j’imagine très bien la scène : "Dans les journaux de gauche et dans les BD, y disent qu’il faut cracher sur Sarko... Moi aussi, j’vais me l’faire ! Je vais me fondre dans la foule des admirateurs et le mettre minable en lui refusant sa main, comme quand j’étais au collège ! Arf Arf !"

        C’est quoi, déjà, la définition de "incitation à la haine" ?

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      • Répondu le 5 mars 2008 à  11:48 :

        J’aime bien la porté de cette critique !!!

        Prendre des exemples de réponses élégantes d’anciens présidents pour faire la promotion d’un livre satirique aussi "paillasson" que celui-là (et d’autres), c’est assez risible...

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        • Répondu le 5 mars 2008 à  13:55 :

          Charb est de plus en plus décevant. Mais il fait le malin chez Fogiel, après tout. J’aurais espéré plus d’intégrité chez un dessinateur engagé comme lui.

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        • Répondu par LO le 5 mars 2008 à  14:08 :

          Amusant ce petit lot de réactions non signées pour venir au secours du Président. Y’aurait-il un service marketing viral à l’Elysée ?

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        • Répondu par André Bleu-Gris le 5 mars 2008 à  14:45 :

          Au lieu de se farcir encore une fois du Sarko dans le texte, aller voir d’emblée les grands moments de nos précédents chefs de l’état, pour qui la hauteur de la fonction autorisait des envolées de même niveau... C’est curieux d’ailleurs, le comportement "décontracté" de Sarko entraîne (même chez moi, 32 ans, de sexe masculin et votant centre gauche) une envie de défendre la fonction présidentielle... Non on ne descend pas d’un avion en jean et en chemise ouverte ; non on ne dit pas "Angela et moi" en tapant sur l’épaule de la Chancelière allemande ; non on de fait pas une remarque foireuse sur les capacités vocales de la femme du Président (ou du premier ministre, je sais plus) d’Afrique du Sud en l’encourageant à chanter pour atteindre le niveau de sa Carla ! Et, non, je n’invente pas et y’en a des caisses comme ça !!!

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          • Répondu par Alex le 5 mars 2008 à  21:47 :

            Un style décontracté ?... Il me semble néanmoins de plus en plus tendu. La caricature et la satire intervenant en rapport avec l’actualité immédiate -c’est presque un pléonasme- ne peuvent être que salutaires. Nous avons ici tout de même un homme à la tête de la force de frappe nucléaire de notre pays qui semble avoir un mal fou à maîtriser ses émotions. Le dénoter, en faire une caricature et diffuser ce message, c’est carrément un devoir de citoyen. Questionner la gestion d’un gouvernant est la prérogative de la démocratie. Et les attaques sur la commercialisation de l’oeuvre de caricature dénotent d’un esprit partisant ridiculement démesuré face aux réels dangers que représente une personnalité instable aux rênes du pouvoir.

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            • Répondu par PPV le 6 mars 2008 à  15:53 :

              Alex : Vous avez un président mis sous pression maximale, le moindre faux pas est guetté par la presse, on met en une sa vie privée et ses projets pour placer la France dans son siècle sont écartés des journaux, ou presque. La presse n’a jamais été aussi féroce que contre Sarkozy, on pardonnait tout ou presque à ses prédécesseurs et ici, très clairement à mes yeux, les médias essayent de déstabiliser le Président. Malgré sa forte personnalité, c’est un être humain comme les autres, et à ce régime là il est normal qu’il soit agacé et réagisse. Vous parlez de président instable, parlons plutôt de président qu’on essaye de destabiliser par tous les moyens, jusqu’aux plus douteux comme ce quidam ayant joué des coudes pour aller au premier rang d’une foule pour se payer le luxe de tancer - dans un français d’école maternelle - celui qu’il est venu voir. La multiplication des albums satyriques est à mes yeux un témoignage supplémentaire de cet acharnement. Pathétique...

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              • Répondu par Bouquet le 6 mars 2008 à  16:55 :

                Mis sous pression maximale ? Mais rappelez-vous, c’est lui qui met la pression maximale depuis six ans.
                "On" met sa vie privée en une ? Mais enfin, un peu de sérieux ! Qui est ce "on" qui fait parler son fils de six/sept ans dans un spot promotionnel pour un meeting ? Qui est ce "on" qui parle spontanément des difficultés dans son couple ? Qui prévient les vingt ou les trente journalistes qu’il sera à Eurodisney avec sa nouvelle conquête. Qui met en avant ses épouses successives et déclare dans une conférence de presse (moment tout ce qu’il y a de plus officiel dans la vie d’une république) que lui et l’autre, c’est du sérieux ?
                Les médias essaient de déstabiliser le président ? Mais qui fait des commentaires aux journalistes sur le fait qu’il connait très bien leurs patrons, qui déclare qu’il va virer telle ou telle direction de chaine TV, qui fait son conseiller de la journaliste qui suivait la campagne de sa concurrente dans un grand quotidien ? Qui voit partir son proche conseiller à la direction de la plus grande chaine de télé du pays ? Qui obtient la tête d’un patron de presse qui fait passer une photo ?
                Enfin, beaucoup, mais alors beaucoup plus anecdotique : êtes-vous déjà allé dans un Salon du type Agriculture ou Salon du Livre ? Il est vraiment très difficile de savoir où va passer le cortège et ses gardes du corps, et encore plus de pouvoir être sûr de se retrouver au contact de la personnalité. Et donc, enfin, d’où tenez-vous que ce type "a joué des coudes pour se payer le luxe, etc. " ?
                Vous voulez absolument vous convaincre que voter champion est la victime de tout, mais cela ne tient pas une minute à l’épreuve des faits. Désolé, mais le pathétique de tout cela...

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              • Répondu par Cricroc le 6 mars 2008 à  17:56 :

                PPV, vous allez nous faire pleurer comme des Madeleines sur ce pôvre M. Sarkozy qui serait victime d’une pression insoutenable et de caricatures qui le mettraient sur le flanc. Eh bien, d’accord avec vous, il est sous pression maximale. Mais il doit être préparé et blindé à toutes épreuves depuis qu’il sévit dans le champ politique. Il n’est tout de même pas tombé de la dernière pluie, et il savait très bien à quoi il s’exposait. D’ailleurs, on a vanté à longueurs de colonnes ses capacités de Grand Communicant, ses talents de Bête des Médias. Il me fait vraiment penser à celui qui joue avec le feu et qui se plaint ensuite d’être brûlé. Il a lancé le jeu du sans scrupule et de la transparence. Parce qu’il se croit honnête quand il exhibe sa vie intime dans les journaux. C’est un manipulateur minable qui s’est pris à ses propres pièges et qui pleure comme un gamin attrapé en flagrant délit : "C’est pas moi, c’est les autres. C’est pas de ma faute." En même temps, je regrette qu’on l’attaque avec les armes qu’il utilise. On ne se grandit pas à ce petit jeu-là. Et tout le monde est perdant.

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              • Répondu par Alex le 6 mars 2008 à  19:17 :

                "La presse n’a jamais été aussi féroce que contre Sarkozy"

                Et la collusion entre médias et pouvoir n’a jamais été si prononcée que sous Sarkozy...

                "Malgré sa forte personnalité, c’est un être humain comme les autres"

                Non, malgré qu’il soit lui aussi fait de chair et d’os sa haute fonction réclame pour le moins un esprit d’analyse suivit d’une retenue dans le débat public. Nous parlons du commandeur en chef des forces armées. Votre innocence a de positif qu’elle doit vous procurer un sommeil paisible.

                "Vous parlez de président instable"

                J’ai évité de citer des noms en parlant de présidence instable. Mon intention première -mais je voulais faire court- était de prendre en exemple cet autre satrape d’actualité : Hugo Chavez. Je doute que la caricature, même à des fins purement commerciales (scandale sans nom !) soit grandement appréciée sous ces tropiques. Ne nous tirons pas une balle dans le pied : tout débat, toute critique -même outrancière- est la bienvenue. Les mécanismes juridiques sont là pour en régler les abus. Mais "Casse toi, pauvre con", c’est la mort du débat...

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                • Répondu par PPV le 7 mars 2008 à  15:06 :

                  Les arguments de Bouquet sont bons... Votre président a lui-même attiré les médias vers sa personne et a mal évalué l’impact que cela pouvait avoir sur son travail... J’espère qu’il retiendra la leçon. Quant au reste... Hé bien si vous craignez que votre président n’appuie sur le bouton de la bombe A vous avez probablement vu trop de films... La France n’est Dieu merci ni l’Iran, ni la Corée du Nord, ni un pays islamique.
                  Mon sentiment reste que quand on voit tout le travail qu’il reste à faire pour que la France entre dans notre siècle, un peu de retenue (d’un côté comme de l’autre, y compris par le principal intéressé !) serait la bienvenue.
                  ActuaBD n’étant pas l’endroit idéal pour ce genre de débat j’en ai fini...

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  • Dico Sarko : le président pris au mot.
    5 mars 2008 08:46, par Cricroc

    Une petite rectification : le général De Gaulle n’a pas pu citer Audiard après l’attentat du Petit Clamart qui s’est passé en 1962, alors que le film est sorti sur les écrans en 1968.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 5 mars 2008 à  09:12 :

      Vous avez parfaitement raison.

      C’était lors d’une conférence de presse le 9 septembre 1968 où il revenait sur les évènements de mai. La citation exacte est d’ailleurs celle-ci :

      “(….) Grâce à l’étrange illusion qui faisait croire à beaucoup (…) que les canards sauvages étaient des enfants du bon Dieu ”

      J’ai corrigé cette erreur.
      Merci.

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  • Des réparties présidentielles d’un niveau plus élevé :
    5 mars 2008 10:23, par Michel Dartoche

    à un excité qui criait Connard au passage de Chirac, celui-çi répondit : "Moi, c’est Chirac, enchanté !"

    et quand un "Mitterand fous le camp !" fusait, celui-çi commentait "Rime pauvre"

    Autres temps, autres présidents...

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  • Hé hé hé, une certaine presse fustige le côté "fric" du président, mais il faut constater que cette même presse en profite un maximum pour sortir une kyrielle de bouquins minables de ce genre pour s’en fourrer plein les poches. Je ne critique pas, je constate l’hypocrisie.

    Tiens, c’était pas de Gaulle qui disait que les français étaient des veaux ? C’est pas très différent de "pauv’ con", juste une question d’époque. Enfin, à mon avis mieux vaut traiter de pauv’ con un quidam (ayant joué des coudes pour arriver au premier rang de la foule pour ensuite envoyer paitre celui qu’il est venu voir de près !) que de traiter tous ceux qui vous déplaisent d’enc..., de fils de p... ou de leur lancer le bien lourd "nique ta mère". Mais bon, le président se doit d’être politiquement correctn n’est-ce pas ?

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  • Dico Sarko : le président pris au mot.
    5 mars 2008 14:29, par Julien

    Ce qui est que pure coïncidence, j’ai une même rubrique dans mon blog :"Le Dico de Sarko" ...
    Et je l’ai faite suite à l’altercation de la conférence de presse entre Sarkozy et Joffrin.

    Voir en ligne : Le dico de Sarko

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  • Ceux qui défendent les juifs se font traiter de fascistes... Et on rigole comme des lâches parce qu’on peut rigoler. C’est bien, tant mieux. D’autres caricatures entrainent des menaces de morts.

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  • Dico Sarko : le président pris au mot.
    7 mars 2008 11:08, par ActuaBD

    Bonjour,

    Nous sommes dans un site consacré à la bande dessinée. A partir de maintenant, le modérateur supprimera tous les posts trop éloigné de la BD.

    Merci de votre compréhension.

    La rédaction

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