Elle s’appelait Tomoji - Par Jiro Taniguchi - Editions Rue de Sèvres

4 février 2015 0 commentaire
  • Tomoji est une jeune paysanne qui vit avec sa grand-mère des jours paisibles dans le japon émergeant du XXe siècle.

Son enfance, puis son adolescence tranquille, nous sont décrites non seulement au rythme des saisons mais aussi des événements d’une vie simple et modeste (mort du père puis d’une petite sœur, éloignement de la mère, balades, jeux et chants d’écolières etc…). Loin de l’agitation des grandes villes et du fracas du monde (le récit se déroule entre les deux guerres), nous suivons l’évolution de cette jeune fille dont le regard a croisé à l’âge de 13 ans celui d’un jeune photographe séduisant : Itô Fumiaki. Bien des années plus tard, après avoir surmonté les épreuves de la vie, Tomoji finira par retrouver le jeune homme.

Elle s'appelait Tomoji - Par Jiro Taniguchi - Editions Rue de Sèvres
Jirô Taniguchi
Photo DR

On ne présente plus Jirô Taniguchi, Mangaka au talent inimitable, chantre d’un esthétisme subtil et maîtrisé aussi à l’aise dans le western que l’aventure ou le récit plus intime. C’est à ce dernier genre que l’auteur des Années douces, s’intéresse avec cette chronique sentimentalo-paysanne consacrée à l’itinéraire de Tomoji Uchida .

Peu familier des histoires d’amour, l’auteur délaisse les héros masculins pour nous livrer une chronique douce et pleine de sensibilité mais sans sensiblerie. Bien qu’il existe au Japon comme ailleurs, une multitude de parcours de vies féminines similaires à celle de la créatrice du temple bouddhiste fréquenté par l’artiste, l’histoire (vraie) de cette femme l’a suffisamment ému pour qu’il décide d’en faire un livre.

Rare mangaka titulaire de la décoration française de Chevalier des Arts et des Lettres, Taniguchi a donc choisi de nous faire revivre non seulement ce personnage à la fois modeste et charismatique mais aussi une société rurale japonaise attachée à ses traditions, proche de la nature et aujourd’hui en voie de disparition.

Après une rapide description de la première rencontre (manquée) entre la jeune fille et le photographe, Taniguchi nous entraîne sur les traces de Tomoji de la naissance au mariage. On reste ému devant les épreuves imposées par la vie et surmontées par la jeune femme. En revanche on n’en perçoit pas toujours l’impact sur ses sentiments, celle-ci s’exprimant très peu. De même, il est bien difficile d’y deviner le lien avec son engagement spirituel à venir, par ailleurs très peu évoqué dans le récit qui nous est raconté. L’interview de l’auteur en fin de volume est, de ce point de vue, particulièrement précieuse !

Nature somptueuse, personnage profondément humain et la finesse d’un trait inimitable.

On comprend bien, malgré les repères géographiques et historiques donnés généreusement par l’auteur qu’il ne s’agit pas là d’une banale biographie, encore moins d’une hagiographie ! En privilégiant une émotion contenue, en s’attardant sur la modestie du sujet et l’humilité de ses personnages dans la description de cette vie banale, frugale et simple, l’auteur fait le choix de la franchise et de la pudeur. Une démarche tout aussi sobre et épurée que son graphisme, totalement en accord avec l’ambiance générale du récit qui justifie des choix narratifs qui ne sauraient séduire immédiatement le lecteur pressé.

La description presque idyllique de ce Japon de l’entre-deux-guerres (dite l’ère du Taishô), perturbé par le séisme de 1923 encore très présent dans les mémoires, donne à cette chronique l’aspect d’une peinture d’époque révolue.

L’omniprésence de la nature et sa très grande proximité avec les hommes sont évidemment fort bien mis en valeur par le dessinateur. Enfin, n’oublions pas le traitement de l’éveil du sentiment amoureux, sujet central traité avec autant de subtilité et de finesse que les alentours verdoyants du mont Yatsugatake .

En dépit d’un rythme et d’une intrigue au départ plutôt mince, on reste fasciné par la splendeur des planches de Jirô Taniguchi dont les décors captivent autant que les personnages. Au fil de la lecture, on finit par s’attacher à cette chronique nostalgique et apaisante. Encore une belle découverte des éditions Rue de Sèvres.

(par Patrice Gentilhomme)

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