« Empire USA Saison 2 » ou comment la bande dessinée franco-belge est-elle en train de muter

9 novembre 2011 7 commentaires
  • Avec la clôture de la saison 2 à un rythme effréné (6 albums sortant au rythme de 2 par mois), Desberg répond aux défis lancés par les mangas et les comics, eux-mêmes influencés par les nouveaux médias : une publication rapide et une continuité sur 12 albums répartis en deux « saisons » voire plus, comme à la télé.
 « Empire USA Saison 2 » ou comment la bande dessinée franco-belge est-elle en train de muter
Stephen Desberg en octobre 2011
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

On connaît la passion de Stephen Desberg pour la géopolitique. Le premier cycle d’Empire USA avait été marqué par l’administration de George W. Bush, lorsqu’une clique de la droite chrétienne américaine menée par Dick Cheney et Donald Rumsfeld, mit en place une politique d’interventions tous azimuts : Afghanistan, Irak,… avec le retour d’une Amérique arrogante, n’hésitant pas patauger dans le marais de l’illégalité. Une Amérique dont Desberg est originaire et dont il n’était plus très fier.

Le coup donné par le 11 septembre était-il le symbole du déclin de l’empire américain ? Non, pas, estime Desberg, influencé en cela par une analyse de Georges Friedman, The Next 100 Years : A Forecast for the 21st Century, un ouvrage de politique-fiction où le fondateur de Stratfor, la plus grande agence privée de renseignements au monde, imagine quelles seront les forces stratégiques en présence dans les 100 prochaines années.

Empire USA, Saison 2, tome 5. Dessin de Juszezak. Sc. Desberg.

Les États-Unis restent la première puissance mondiale

Au contraire du sentiment que peuvent laisser paraître les derniers événements, l’Oncle Sam n’est pas sur le déclin. Sa puissance reste sans égale : militaire d’abord, dévastatrice et bien réelle ; sa capacité d’innovation de la part des éléments qui sortent de ses universités ensuite ; son aptitude à attirer les talents étrangers enfin, sont ses principaux atouts. Quant à l’ennemi de demain, il sera celui de toujours : la Russie. Bref, la Guerre froide n’est pas finie.

L’étrange assassinat de son collègue de boulot Duane, dans le cadre de son nouveau travail auprès de la sécurité du milliardaire Martin Deckard, titille Jared Gail qui sent l’affaire pas très nette. Est-il témoin ou acteur d’un complot entre milliardaires américains et oligarques russes dont il ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants ? Est-ce que ces intrigues de puissants sont plus importantes que la relation qu’il entretient avec Scarlett, elle-même nageant en eaux troubles ?

Desberg n’a pas son pareil pour entraîner son lecteur dans la pénombre des grandes intrigues internationales, celles où tout s’explique simplement par les conflits d’intérêt et d’ego, seuls véritables moteurs du monde. Avec ce constat amer, déjà posé en 1942 par Schumpeter dans Capitalisme, socialisme et démocratie : que l’idéal démocrate n’est en aucun cas une théorie économique, qu’il y aura toujours un conflit, à un moment ou à un autre, entre ces deux schémas de pensée puisque le premier veut le bonheur de tous et le second celui de quelques-uns, les possédants.

Empire USA, Saison 2, tome 5. Dessin de Juszezak. Sc. Desberg.
Empire USA, Saison 2, tome 6. Dessin de Erik Juszezak, sc. de Desberg.

Une bande dessinée aux normes de la mondialisation

Frank Giroud (Le Décalogue chez Glénat) ou Chauvel (7 chez Delcourt), avaient exploré chacun de leur côté ces récits relativement longs ou ces collections-concepts publiés à un rythme rapide, dont le dessin était assuré par des équipes de dessinateurs au graphisme parfois très différent.

Ils permettaient d’exprimer un nouveau tempo, plus en phase avec les goûts de la clientèle actuelle, conditionnée par les thrillers à la Jack Bauer.

Avec deux volumes publiés d’un seul coup au mois de novembre, Desberg clôture la saison 2 d’ « Empire USA » seulement entamée en septembre.

Un pari qui a sa cohérence marketing : avec ses ventes qui se stabilisent à 30 000 exemplaires au titre, c’est 180 000 exemplaires qui vont s’écouler à coup sûr pendant 12 semaines, concentrant les efforts de communication, et donc la visibilité, sur un cours laps de temps.

La technique a fait ses preuves, mais elle se réserve aux éditeurs puissants. On voit là que les intrigues de Desberg s’appliquent quelque part aux dures réalités de la librairie...

Empire USA, Saison 2, tome 6. Dessin de Koller, sc. de Desberg.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Empire USA, 12 volumes parus chez Dargaud

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