Fabrice Neaud interdit de parole à la bibliothèque de Viroflay

20 avril 2005 0 commentaire
  • Les éditions Ego comme x, représentées par Fabrice Neaud et Loïc Néhou, étaient invitées ce dimanche 17 avril 2005 à la bibliothèque de Viroflay pour y parler d'autobiographie en bande dessinée. Joli thème de débat. Finalement, le prix « Coup de Cœur » à Angoulême 1997 a été purement et simplement viré de la manifestation à la demande d'un mystérieux membre du conseil municipal aux opinions homophobes.

Penaude, la directrice de la bibliothèque, Madame Marie-Christine Jacquinet a été contrainte de décommander la rencontre à la demande, disait-elle, du conseil municipal. Le vendredi précédent, en effet, lors de ce conseil, un élu de l’opposition aurait fait irruption en séance, protestant de ce que la ville s’apprêtait à accueillir des gens faisant l’apologie de la pornographie et de l’homosexualité ! « À l’appui de sa protestation, dit le communiqué des éditions Ego comme X, il brandit un tract reproduisant deux pages extraites du Journal (1) de Fabrice Neaud [...] qu’il menaçait de distribuer dans toutes les boîtes aux lettres viroflaysiennes. En outre, il menaçait encore de venir perturber la rencontre, si celle-ci devait finalement avoir lieu malgré ses « dignes » et « très morales » protestations !... »

Un élu homophobe ?

Fabrice Neaud interdit de parole à la bibliothèque de Viroflay
Journal (1) de F. Neaud
aux Editions Ego comme X

L’attachée de presse des Editions Ego Comme X, Sylvie Chabroux, a contacté l’élue adjointe au maire pour la culture, Mme Faulhaber, afin de connaître le conseiller municipal à l’origine de l’esclandre. Mais celle-ci n’a pu produire, ni son nom, ni le tract « témoin ». Temporisant, l’élue prétend que cette annulation était simplement due à une « erreur de programmation ». L’argument de l’apologie de l’homosexualité disparaît alors pour faire place à celui d’une incompatibilité supposée du contenu « pornographique » de l’abum avec la remise d’un prix de la BD pour enfant décerné le même jour, à l’occasion de la même manifestation dont l’élue souligne le caractère familial. Or, selon le communiqué d’Ego Comme X, « la rencontre était prévue depuis cinq mois » et avait recueilli l’aval du conseil municipal. La ville ne pouvait dès lors ignorer la proximité de cet événement qui, du reste, s’adressait à l’évidence à des publics très différents.

Une censure discrète mais réelle.

Les livres pour adultes côtoient depuis belle lurette les ouvrages pour enfants dans les bibliothèques publiques. Et il ne viendrait pas à l’idée à un bibliothécaire de faire lire au même lecteur un album de Boule & Bill et La Religieuse de Diderot. La vraie raison de cette annulation, si les raisons évoquées étaient avérées, ne peut être autre chose qu’une censure homophobe. Tout ceci n’a finalement rien d’étonnant à l’heure où le mariage entre personne des deux sexes célébré à Bègles a été annulé et où le nouveau souverain pontife, Benoit XVI, avait fermement condamné l’homosexualité à l’époque où il n’était que le Cardinal Ratzinger. Ce n’est par ailleurs qu’une des nombreuses manifestations réactionnaires qui frappe la société actuelle et que l’on a déjà pu constater depuis quelques années dans le monde de la BD où les collections érotiques ont été éradiquées des points de vente (des Auchan, Carrefour et autres Fnac, où la série Druuna n’accède plus depuis longtemps malgré des ventes qui ont été naguère très importantes), comme du catalogue des éditeurs (disparition de la collection Selenn chez Vents d’Ouest, par exemple). L’ordre moral est de retour. Fabrice Neaud en est à nouveau la victime.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Fabrice Neaud par lui-même. (c) Ego Comme X.

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