Innocent T3 & T4 - Par Shin’ichi Sakamoto - Delcourt Manga

2 novembre 2015 0 commentaire
  • Condamné pour avoir attenté à la vie de Louis XV, Damiens va subir l’écartèlement, une peine effroyable qui n’a pas été appliquée depuis 150 ans ! Charles-Henri sera-t-il capable de la faire subir à celui qu’il a jadis aidé ? Et trouvera-t-il du soutien auprès de sa famille ? Fin de l’acte 1 de la série, annonciateur de tragédies mais aussi de grands bouleversements.

1757. Paris. Une nouvelle fois Charles-Henri est rattrapé par la cruauté de son destin : il va devoir mettre à mort, d’une façon des plus cruelles qui soient, le pauvre bougre qu’il a aidé dans le passé, Robert François Damiens.

Ce dernier, dans un geste tenant autant du désespoir que de l’acte de foi, a fait couler le sang de Louis XV. Un crime dont le caractère innommable mérite un châtiment exceptionnel. On décide donc de lui faire subir le même châtiment que Ravaillac qui assassina Henri IV en 1610.

Une telle exécution, à la dimension hors du commun, représente une tâche énorme. Il s’agit tout d’abord de préparer l’exécution : sélectionner les chevaux, monter les barricades, l’échafaud et le bûcher (qui doit rester sec), et se procurer les produits du supplice (dont le souffre).

Puis le bourreau devra exécuter les différentes étapes du supplice, à savoir : taillader le malheureux, lui faire couler du souffre fondu sur la main droite, puis guider les chevaux pour qu’ils le démembrent « correctement », et pour finir jeter ses membres au bûcher. Le tout en restant impassible de bout en bout, tout en subjuguant une foule en extase qui peut déborder à tout instant !

Innocent T3 & T4 - Par Shin'ichi Sakamoto - Delcourt Manga

Un véritable spectacle, qui nécessite autant des talents d’organisateur qu’une aptitude à exécuter les pires tortures dans les conditions du théâtre de rue. Par exemple, le souffre fondu dégage une odeur pestilentielle à laquelle le bourreau doit être préparé pour ne pas tourner de l’œil au moment de le couler !

C’est dans ces conditions que l’oncle de Charles-Henri, Nicolas-Gabriel, bourreau de Versailles, vient lui apporter son aide, en prenant en charge les préparatifs et l’exécution elle-même. Ce dernier n’agit néanmoins pas par altruiste, et espère bien subtiliser l’office d’exécuteur de Paris à son neveu en menant à bien cet événement exceptionnel.

Cependant pour cet oncle opportuniste, rien ne va se dérouler comme prévu et il va se montrer incapable de mener cette « barbarie », obligeant Charles-Henri à monter lui-même sur l’échafaud pour démontrer son habileté supérieure à donner la mort – reposant sur l’empathie et non sur l’objectivation du condamné.

Frustrations, jalousies et souffrances se trouvent ici mêlés dans un déferlement de passions et d’horreurs étonnamment esthétisés, où la précision anatomique et la finesse du dessin prennent le pas sur la « souillure » et la « profanation ». Une forme de respect de la dignité du condamné, illustrant également la nature du bourreau qui n’est pas celle d’un maniaque avide de sensations fortes, mais un artisan du corps et de sa destruction méthodique.

Plein de surprises, cette exécution qui achève de jeter Charles-Henri dans les bras de sa destinée, offre également un moment de lumière inattendue à sa petite-sœur Marie-Joséphine, qui va l’assister, sous le regard interdit de l’assistante, et lui soumettre la solution au problème des chevaux, incapables de démembrer le malheureux Damiens -car choisis par l’oncle « envieux » et incompétent- et mettre ainsi un terme à ses souffrances.

Aux côtés de Charles-Henri, qui naît au cours de cet épisode véritablement en tant que Monsieur de Paris, émerge une autre figure de la mort, féminine, tout aussi puissante que redoutable, qui fait fi des conventions, ne se souciant que du sang qui coule dans ses veines, celui des Sanson.

Nous la retrouvons cinq plus tard, en 1762, dans une stature sidérante, marquant le début d’un acte deux qui va s’ouvrir sur l’arrivée prochaine en France de la jeune archiduchesse d’Autriche, Marie-Antoinette !

© 2013 Shin’ichi Sakamoto / Shueisha / Delcourt Manga
© 2013 Shin’ichi Sakamoto / Shueisha / Delcourt Manga

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Innocent T3 & T4. Par Shin’ichi Sakamoto. Traduction Sylvain Chollet. Delcourt Manga, collection "Seinen". Sortie le 1er juillet 2015 & le 16 septembre 2015. 224 pages. 7,99 euros.

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