Jeu d’ombres T1/2 : Gazi ! - Par Loulou Dedola & Merwan - Glénat

29 septembre 2016 0 commentaire
  • Dans "Jeu d'ombres", Loulou Dedola et Merwan revisitent le thème des frères ennemis, à travers une fiction ancrée dans la réalité des banlieues françaises. Ils nous donnent aussi à découvrir la communauté turque de France, et du combat de l'opposition turque pour laïcité instaurée par le kémalisme en Turquie.

Viviane vient de rater ses examens, tandis que son ami Cengiz a brillamment réussi sa licence de droit à l’Université Lumière Lyon 2. Pour Viviane, l’heure est à la recherche d’un emploi, en politique de préférence. Un chemin logique pour cette fille de militant socialiste, animatrice d’une radio associative dans la cité où elle vit avec sa mère.

Cengiz, fils d’immigré turc, est quant à lui devenu la nouvelle coqueluche de la ville depuis qu’il a désamorcé un affrontement qui couvait entre jeunes et forces de l’ordre. Tout le monde lui fait les yeux doux, de ses potes du quartier jusqu’à la maire de la ville. Mais Cengiz a l’esprit ailleurs, il s’inquiète pour son grand-frère Sayar, ex-caïd de la cité, aujourd’hui emprisonné en Turquie suite à un trafic de drogue qui a mal tourné. Militant laïc, Cengiz multiplie les initiatives pour aider son frère en Turquie, tout en travaillant avec Viviane à apaiser les tensions qui gangrènent la cité. Et qui sait ? Peut-être qu’elle ouvrira les yeux et s’apercevra enfin des sentiments que Cengiz lui porte...

Jeu d'ombres T1/2 : Gazi ! - Par Loulou Dedola & Merwan - Glénat

Jeu d’ombres est l’une des bonnes surprises de cette rentrée BD chez Glénat. Scénarisée par Loulou Dedola, qui nous avait déjà proposé le très bon 419 African Mafia, dont l’adaptation pour le cinéma devrait enfin sortir fin de cette année, et mis en images par Merwan Chabane, le dessinateur des séries L’Or et le sang et Pour l’Empire, ce diptyque nous propose une nouvelle vision des banlieues françaises, plus proche de séries TV telles que The Wire ou Engrenages dans sa manière de décrire les rouages du réel et une vision non-manichéenne de la société, que des films comme La Haine.

Jeu d’ombres nous donne aussi à découvrir la communauté turque de France, qui compte un peu plus de 600 000 citoyens Franco-Turcs ou Turcs dans l’Hexagone. D’ailleurs, l’intrigue n’a pas été située à Lyon par hasard : avec Strasbourg, la capitale des Gaules est la ville comptant la plus grande communauté turque de France.

À l’heure où la Turquie s’ancre dans un conservatisme religieux plus affirmé qui a découlé sur une série d’affrontements entre le gouvernement Erdogan et l’opposition, cette BD nous rappelle aussi que ce pays était il n’y a pas si longtemps un état laïque, traversé par la philosophie de Mustapha Kemal alias Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne, comme nous l’explique Loulou Dedola : « Kemal est un moyen, pas une fin. Il incarne l’espoir d’une vie de liberté et de progrès. Personne ne s’habille comme lui, ne cherche à savoir ce qu’il mangeait ou comment il vivait dans l’intimité. C’est l’antithèse d’un prophète ! Kemal, c’est De Gaulle, Jaurès, Martin Luther King et Mandela à la fois. Depuis les présocratiques jusqu’à la révolution kémaliste en passant par le Siècle des Lumières, des hommes ont cherché à comprendre le monde par la raison et la science animé par un humanisme sans borne. Kemal est un maillon essentiel dans la chaîne de ceux qui veulent sortir les peuples de l’obscurité et la misère ».

Admirablement dessiné et servi par un scénario prenant, Jeu d’ombres est une BD à découvrir sans tarder.

Jeu d’ombres T1/2 : Gazi !
Loulou Dedola & Merwan (c) Glénat

Voir en ligne : Découvrez Jeu d’ombres sur le site des éditions Glénat

(par Christian MISSIA DIO)

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