La Bicyclette rouge - T 1&2 - Kim Dong Hwa - Paquet

19 février 2006 0 commentaire
  • Petites balades dans la Corée campagnarde contemporaine avec le facteur et sa bicyclette rouge. Des périples aussi reposants que contemplatifs.

La Bicyclette rouge - T 1&2 - Kim Dong Hwa - Paquet
Couverture du tome 2

Yahwari, un village (imaginaire) comme il en existe sans doute tout plein en Corée, qui survit par la présence d’une population vieillissante - et l’arrivée de quelques citadins qui rachètent de vieilles baraques. Un jeune facteur traverse tous les jours ce village, qu’il pleuve ou qu’il vente. Et nous fait découvrir au fil de ses tournées les habitants de ce coin de campagne.

Recueils de courtes histoires regroupées par thèmes (histoires de fleurs, histoires de pères, printemps, été...), ces deux albums [1] tracent de petits portraits, des miniatures, à la fois légers et graves. Légers, car cette campagne est belle, la vie semble douce, et les rapports humains chaleureux : le facteur apporte ce que nos commentateurs modernes appelleraient du lien social, et les personnes âgées vivent leurs vies et leurs amours libres et en harmonie avec la nature. Graves, car l’auteur ne passe pas à côté de questions moins réjouissantes : les familles ont été dispersées par le besoin de trouver du travail ou simplement l’envie de la part des nouvelles générations d’une autre vie, la solitude des petits vieux n’est pas éludée, et ces survivants d’un mode de vie en disparition voient arriver les néo-ruraux avec quelque appréhension. Pourtant, c’est bien un sentiment de douceur qui subsistera dans l’esprit du lecteur, sans aucun doute aussi grâce au dessin de l’auteur.

Une page du tome 1

Le dessin de Kim Dong Hwa peut lui aussi paraître simple, et ses couleurs un peu plates. Mais tout comme les bons sentiments qui se dégagent de ses histoires ne doivent pas faire oublier les questionnements des personnages quant à leur vie et à l’avenir de leur village, le dessin de l’auteur doit être appréhendé dans sa globalité : la technique utilisée (tout à l’ordinateur) donne un côté idyllique et poignant à cette nature qui scintille de mille feux, et les traits ridés des gens de Yahwari leur apportent une humanité qui les rend attachants, une personnalité qui montre combien l’auteur s’est investi dans ces personnages.

Paradoxalement, la figure du facteur est la plus mystérieuse, la moins décrite : nulle psychologie dans la façon dont ses journées sont décrites, mais plutôt une succession de petits gestes qui le montrent attaché au village et à ses habitants, mais aussi à la nature qui l’oblige parfois à se geler sur son vélo rouge. On en sait plus sur les maisons que sur lui (on ne connaît même pas son nom), avec leurs noms poétiques qui remplacent rue et numéro. Le facteur est un psychopompe épistolaire qui aurait remplacé les âmes des morts par des lettres et la barque de Charon par une bicyclette.

Une page du tome 2

La Bicyclette rouge fait partie de ces séries qui laissent une petite musique persistante dans la mémoire du lecteur, une envie de ne pas quitter trop tôt ce village où tout le monde essaie, sans illusion, de vivre en bonne entente.

(par François Peneaud)

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[1Un troisième viendra compléter la série.

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