La dernière Cigarette - Par Nikolavitch et Botta - La Cafetière/Vertige Graphic.

15 janvier 2005 0
  • La dernière cigarette est celle que partagent, à Kiev en novembre 1943, sous les bombardements, un officier russe et un officier nazi. Le temps d'une clope, ils font le bilan de leur implication dans cette guerre. A ce moment, ils apprécient l'absurdité de leur situation, et l'officier russe n'est pas peu reconnaissant au soldat allemand de lui avoir laissé la vie sauve. Mais quelque temps plus tard, alors que le rapport de force a changé, il ne peut lui rendre la pareille.

Par un hasard de circonstances, le commissaire politique Tchektariov retrouve Derscheid, l’officier allemand à qui il avait offert du feu quelques temps plus tôt, dans une cache sur le front. Il est condamné à mort et ne peut lui sauver la mise. La dernière cigarette sera donc celle du condamné. Le propre des guerres est de laisser des morts sur le champ de bataille. Des morts et des illusions. Le propre de la conscience, c’est de faire la part entre le sentiment et le devoir. Les sentiments sont diffus et ne relèvent pas forcément de l’intelligence ; le devoir nous est souvent imposé, sans qu’on n’en comprenne forcément le sens. « Au-dessus du devoir, disait Paul Léautaud, il y a le bonheur », recommandant de choisir le second au détriment du premier. Cela est fort bien quand on est en situation de pouvoir choisir. Ce n’est pas le cas des personnages de ce livre, happés par l’Histoire.

C’est un bien joli album que nous livrent là ces jeunes auteurs. Né en 1971, Nikolavitch travaille essentiellement comme traducteur de l’anglais pour les éditions Sémic. Il a également publié un album chez Soleil (Central Zero avec Toni Fejzula, à la Cafetière (Alcheringa avec des dessins de Fred Grivaud) et une version très personnelle de Spawn : Simonie, dessinée par le très talentueux Aleksi Briclot, pour lequel Monsieur Todd McFarlane lui-même a donné une indulgence, au point de le publier aux Etats-Unis.

Marc Botta, un an plus jeune, qui a fait le mapping et les décors d’Alone In The Dark 4 et qui dessine en parallèle dans un bureau d’architecture, publie ici son premier album, dont le trait charbonneux qui fraie son chemin dans une gouache blanche et grise, rend parfaitement l’atmosphère oppressante de cette période de l’histoire et mérite que l’on s’y attarde.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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