La geste du Capitán Trueno.

11 septembre 2012 0 commentaire
  • Le lancement en France du DVD Prince Killian (Condor Entertainment, le 18 octobre 2012), titre anglais des aventures de El Capitán Trueno, vient nous rappeler l'importance de ce personnage qui est, pour l'Espagne, l'équivalent de notre Astérix ou de notre Tintin.
La geste du Capitán Trueno.
El Capitán Trueno, dessiné par Ambrós et scénarisé par Victor Mora
DR

Créée le 14 mai 1956 par le scénariste Victor Mora (né en 1931, à Barcelone), sous le pseudonyme de Victor Alcazar, et le dessinateur Ambrós (Miguel Ambrosio Zaragoza, (1913-1992) pour la collection Dan, une série de fascicules populaires publiée par les éditions Bruguera, les aventures du Capitán Trueno débutent en l’an de grâce 1191 durant la IIIe Croisade. Trueno est un croisé au service de Richard Cœur de Lion sur le chemin de la Terre Sainte.

Très inspirée, surtout graphiquement, par Prince Valiant de Harold Foster, la série propose un classique trio de protagonistes constitué du héros sans peur et sans reproche, Trueno, du gros tas de muscles bien sympathique, Goliath et du gamin intrépide et débrouillard, Crispin. À leurs côtés, le mage Morgano, mélange de Merlin l’enchanteur et de Léonard de Vinci, et surtout la ravissante Sigrid, reine de Thulé, qui souligne l’hommage des auteurs à la BD de Foster.

La série remporta très vite de l’intérêt au point que Bruguera décida de le publier la même année dans leur revue phare, Pulgarcito, dans des aventures indépendantes parallèles.

Victor Mora, sauvé par son personnage
DR - Capitan Trueno Online

Dès 1958, Capitán Trueno devint un phénomène, obligeant Bruguera à rééditer ses premiers fascicules, les ventes cumulées du fonds dépassant le million d’exemplaires tandis que chaque nouveauté atteignait régulièrement le score incroyable de 350.000 exemplaires par semaine. La série fut dessinée par plusieurs dessinateurs parmi lesquels Jesus Blasco, Luis Bermejo et J. Redondo.

En terme de notoriété, on peut comparer Capitán Trueno à notre Tintin et si, dans une certaine mesure, le reporter à la houppe a protégé Hergé des foudres de l’épuration à la fin de la Seconde Guerre mondiale, notre intrépide croisé espagnol a également sauvé le scénariste Victor Mora.

Lors de la Guerre Civile qui déchira l’Espagne dans les années trente, aboutissant à la terrifiante dictature du général Franco, le père de Victor Mora, Vincens Mora, prit le chemin de l’exil avec sa famille, non sans avoir été interné dans un camp de réfugiés à Bram (Agde). La scolarité du petit Victor débuta à Limoges jusqu’au jour fatal de 1941 où son père mourut, précipitant son retour en Espagne.

La première apparition de Capitán Trueno en France (1964)

On comprend que, dans ces conditions, ses sympathies ne vont pas au franquisme. Aux côtés de sa production de bande dessinée, il entretenait des activités clandestines antigouvernementales, au point qu’il fut arrêté et emprisonné, lui et sa compagne, par la redoutable police franquiste, soupçonné, si l’on en croit le procès verbal d’être "communiste et franc-maçon". Mais quand la police politique s’aperçut qu’elle avait engeôlé le créateur du célèbre Capitán Trueno, elle le relâcha aussitôt...

Traduites en allemand, en italien, en portugais, en grec et en néerlandais, les aventures du Capitán Trueno le furent aussi en France dans Amigo en 1964 (38 fascicules éditées par la Société Française de Presse Illustrée, SFPI), sous le titre de Capitaine Tonnerre, dans la revue Tornade en 1968 chez le même éditeur, sous le label Ivanhoé des éditions Aventures et voyages en 1970, sous le nom de Yann Cyclone, à nouveau sous le label Amigo en 1980, puis sous la forme de nouveaux albums publiés par les éditions Vaisseau d’argent avec un album de format franco-belge, dans un graphisme réaliste, mais avec au dessin le dessinateur américain John M. Burns, sous le titre de Trueno le paladin : La Sorcière d’Anubis.

On sait par ailleurs que Victor Mora fit une carrière brillante en France avec, notamment les séries de SF Dany Futuro (avec Carlos Gimenez), de western Sunday (avec Victor de la Fuente), Les Anges d’acier (avec Victor de la Fuente), Les Chroniques de l’innommé (avec Luis Garcia), Les Inoxydables (avec Antonio Parras), Taranis (avec Carlos Marcello), sans compter les aventures de la ténébreuse Félina pour Annie Goetzinger...

Ce film adapté de ses aventures n’est pas sorti en salle en France. Il est réalisé par Antonio Hernandez (réalisateur des Borgia) et le rôle-titre est incarné par Sergio Peris Mencheta (Resident Evil : Afterlife).

Sergio Peris Mencheta incarne El Capitán Trueno

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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