La position du missionnaire dans la BD belge

11 juin 2011 0 commentaire
  • « De Tintin au Congo à Odilon Verjus : le missionnaire, héros de la BD belge » de Philippe Delisle (Editions Karthala) examine l’image du missionnaire dans la BD, constatant que la Belgique lui a réservé une place particulière.

La Belgique, l’historien Pascal Ory l’a bien expliqué, est une création de la Contre-Réforme. Charles-Quint devenu duc titulaire de Bourgogne et souverain des Pays-Bas, maître d’un empire où le soleil ne se couche jamais, n’a pas pu éviter que ses troupes fassent le sac de Rome et il a vraiment besoin de donner des gages à l’Église. Il le fera particulièrement dans sa terre natale (il est né à Gand, en Flandre) favorisant un champ d’expérimentation qui fera le lit de la Grande Inquisition mise en œuvre de façon particulièrement cruelle par son fils Philippe II.

Entourée par les Anglicans et les Luthériens, la Belgique deviendra un enjeu d’autant plus important pour la catholicité que, sur son flanc sud, la France devient républicaine et anticléricale, expulsant régulièrement les congréganistes. Et où vont-ils le plus souvent ? En Belgique, indépendante depuis 1830, ayant élu un roi protestant et franc-maçon, bien obligé de donner des gages à l’évêché, au point qu’ils sont inscrits dans la constitution belge. Encore aujourd’hui, au rang protocolaire , le primat de Belgique est le troisième personnage de l’état.

Avec Tintin au Congo d’Hergé et Don Bosco de Jijé, on sait combien les fondateurs de la BD belge ont participé à cette « croisade eucharistique ». La figure du missionnaire catholique aventureux et « civilisateur » est centrale dans la deuxième grande aventure de Tintin, l’évangélisation étant le fer de lance d’un discours nécessaire : il faut amener les petits Belges à devenir les futurs cadres administrant l’exploitation des ressources coloniales. La catholicité préside ainsi au formatage de plusieurs générations de Belges.

Mais la décolonisation et le déclin du militantisme quasi militaire de l’Eglise à partir de Vatican II et des indépendances africianes, aboutissent à l’effacement de cette figure de la BD belge pour se transformer quelques décennies plus tard, sous le crayon dynamiteur de Yann & Verron, en une caricature néanmoins joviale et attendrie de l’ouvrier apostolique.

C’est ce parcours que propose de revivre Philipe Delisle, agrégé et docteur en histoire et maître de conférences à l’Université de Lyon 3 dans un essai qui donne un éclairage inédit sur les ressorts de la BD belge.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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