Le Bandit Généreux T1 & 2 - par Lee Doo Ho - Ed. Paquet

15 juin 2007 0 commentaire
  • Grande fresque historique et sociale, cette saga coréenne est avant tout le cheminement d’un homme qui s’insurge contre les traditions séculaires mais iniques de son pays. Les valeurs abordées confèrent à cette figure emblématique de la culture coréenne une dimension universelle.

En Corée, sous la dynastie Chosun (1392-1910), vivait un homme appelé Lim Keok Jeong. Issu de la caste sociale la plus basse et la plus méprisée, les baekjeongs (tueurs de bœuf), sa soif de justice et d’équité l’amènera à se heurter aux autorités tyranniques. En effet, il rassembla et arma tout un groupe de paysans pour combattre le despotisme des aristocrates. Réputé pour être très fort et n’avoir peur de rien, il accéda vite au statut de héros national, par son charisme et le combat qu’il menait.

Nous suivons dans ce premier tome son apprentissage, aussi bien du sabre que des lettres, et la façon dont se forge son caractère bien trempé. Dans le second tome, Lim Keok Jeong rentre au pays, et y fait connaissance avec l’injustice et l’arbitraire du pouvoir, confronté au viol de sa sœur par un aristocrate, et au sacrifice d’une jeune mariée par crainte du déshonneur …

Le Bandit Généreux T1 & 2 - par Lee Doo Ho - Ed. Paquet

L’adaptation que nous fait Lee Doo Ho raconte en détail sa vie, les difficultés de la condition de paysan à cette époque, le poids des traditions, mais aussi les circonstances qui l’ont amené à prendre parti contre l’aristocratie. Si le récit débute avec une classique initiation du sabre, on comprend vite que ce sont les relations interpersonnelles qui seront privilégiées aux techniques de combat. Les abus politiques se doublent d’une critique sociale où les maux et les tares sont présentés sans forcément être jugés : alcoolisme, débilité, torture, jalousie, abus sexuels, etc. Doté d’une force herculéenne, c’est essentiellement le grand cœur de ce héros, confronté aux menteurs et profiteurs, qui lui enseigneront ses vraies lignes d’engagement.

L’auteur coréen, très respecté en son pays, nous confie sa vision de ce héros populaire, si plein d’humanité : «  Je n’ai jamais cherché à enfermer Lim Keok Jeong dans une catégorie particulière. Qui était-il en vérité ? Un bandit au grand cœur ? Un héros ? Ou peut-être un rebelle ? À mes yeux, il pouvait être tout cela à la fois. Je me suis essentiellement attaché à décrire le processus qui amène un être humain à se forger sa propre idée du bien et du mal, puis à défendre ses convictions dans une société corrompue jusqu’à la moelle. »

Le dessin de Lee Doo Ho renforce la pluralité de son discours : variant les styles, il utilise les codes appropriés pour les scènes d’action, tout en faisant la part belle aux scènes intimistes et à l’humour. Soucieux de décrire au mieux son pays, certaines cases fourmillent de détails, autant naturels que sociaux. Plus fouillé que les mangas traditionnels, son dessin suit donc les ambiances de son histoire, tout en restant cohérent dans son ensemble.

Prévu en 32 volumes de 2 chapitres chacun, cette saga débute légèrement pour rapidement se révéler pleine d’enchantements et de sentiments. Loin du super-héros, c’est bien le parcours d’un homme que l’on suit, avec toutes ses contradictions, ses doutes, et ses passions. Pour les fans d’histoire médiévale asiatique, d’esprit de révolte et de justice.

(par Charles-Louis Detournay)

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