Le Petit Bleu de la Côte Ouest - Par Tardi & Manchette - Les Humanoïdes Associés

30 septembre 2005 0
  • Georges Gerfaut, marié, deux enfants, est cadre commercial. Il vend de coûteux matériels électriques à des sociétés, un travail dont il n'a franchement rien à battre. Rien à voir non plus avec la vie qu'il avait rêvée dix ans plus tôt, alors qu'il participait aux événements de Mai 68. Sa vie est ratée. Georges Gerfaut ne le sait pas encore, mais elle va bientôt basculer.

Un soir, alors qu’il emprunte le périphérique, il se fait dépasser par deux véhicules roulant à tombeau ouvert.

Quelques kilomètres plus loin, notre héros sans histoire voit que l’une des deux autos a fait une embardée et s’est fracassée contre un arbre. Gerfaut s’arrête pour porter secours au conducteur du véhicule accidenté. Il le conduit à l’hôpital le plus proche et l’abandonne là, sans donner son témoignage aux autorités, sans laisser non plus ses coordonnées...

Gerfaut poursuit sa vie ordinaire. Accablé par l’ennui, il accompagne son épouse et sa progéniture à la mer. Alors qu’il se baigne, il est brusquement agressé par des inconnus. Pas de doute, on veut le noyer ! Georges Gerfaut prend peur et fuit le danger. À moins que cela ne soit sa propre existence ?

Chroniquer un album de Tardi n’est pas chose aisée. L’auteur nous a habitué à une qualité narrative et graphique proche de l’excellence au fil de ses albums. Il nous emmène aujourd’hui dans des décors qu’il n’a pas l’habitude de dessiner : la mer, les forêts oppressantes, la montagne. Il les illustre pourtant avec le même brio que les décors parisiens et parvient très bien à retranscrire les ambiances du roman de Manchette.

Certains auront sans doute un peu de mal à lire avec fluidité les premières pages de l’album : Tardi a pris le parti de rester fidèle aux textes narratifs du roman. Comme il nous l’expliquait récemment : « Ces textes nous permettent de connaître les pensées, les états d’âme du personnage et surtout de donner des informations sur le contexte au lecteur. Bref, tout ce que je ne pouvais exprimer par l’image ».

Le style d’écriture de Manchette est différent de celui habituellement utilisé dans les BD : plus imagé, plus rugueux, plus rythmé. Un savoir-faire d’auteur de polar. La phrase claque, avec brio. Trois mots et le pantin dessiné s’anime, l’intrigue se noue...

Heureusement que deux autres albums de Tardi et Manchette sont annoncés chez le même éditeur, car des albums comme celui-là, on en redemande !

(par Nicolas Anspach)

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