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Nijinski, L’Ange brûlé, par Dominique Osuch, chez Futuropolis

Par Philippe LEBAS le 6 juillet 2022                      Lien  
Danseur parmi les plus connus de tous les temps, Nijinski a révolutionné l'histoire de sa discipline. Au début du XXème, période de rupture et de transformation dans l'art, que ce soit en littérature, en peinture, en musique, ou dans un cinéma encore au stade embryonnaire. Dominique Osuch nous en propose une biographie riche et éclairante.

Étoile filante de la danse, Nijinski n’a pas eu besoin de beaucoup d’années pour révolutionner son art. À peine une décennie, de 1909 à 1919, et puis s’en va.
Né à Kiev, de parents d’origine polonaise, tous deux danseurs, Vaslav Nijinski va vite s’affirmer comme un petit génie de la danse. De par ses qualités physiques exceptionnelles (sa science du saut lui permettait de rester en l’air particulièrement longtemps, en contractant les muscles du dos et de l’abdomen), sa grâce et sa poésie.

C’est sa rencontre décisive avec Diaghilev, fondateur de la compagnie des Ballets russes, qui va réellement lancer la carrière de Nijinski. Dans un premier temps, comme danseur. Puis, dans un second, comme chorégraphe, avec L’après-midi d’un faune en 1912 et surtout Le sacre du Printemps l’année suivante, qui fit le scandale au théâtre des Champs-Elysées à Paris. La brouille avec Diaghilev à partir de 1913 [1] La naissance de sa première fille, puis la Première Guerre mondiale, contribuent à freiner la carrière de Nijinski, qu’il arrête définitivement en 1919. Certes, la danse est un art particulièrement exigeant d’un point de vue physique, impliquant souvent des carrières courtes. Mais Nijinski a surtout sombré mentalement. Jusqu’à sa mort en 1950, le danseur passera l’essentiel de son temps entre différents asiles et sanatoriums.

Nijinski, L'Ange brûlé, par Dominique Osuch, chez Futuropolis

Nijinski n’est pas pour autant un artiste maudit, dont la célébrité n’aurait été que posthume. Bien au contraire, ses contemporains ont tout de suite vu la révolution qu’il portait en lui, que ce soit pour la décrier ou pour la saluer.
La BD revient sur quelques-unes des rencontres avec les artistes clés de son temps, comme Isadora Duncan bien entendu, mais aussi Rodin ou Chaplin.
Pour nous conter cette histoire, Dominique Osuch organise son récit en trois actes (Étincelles/ Flamboiements/Combustions) qui suivent sa trajectoire d’"Ange brûlé" du danseur. Tout en ne s’interdisant pas d’entremêler les époques, chacun de ces actes est découpé en courts chapitres. Tous ouverts par de belles et sobres planches (fond uni sur lequel se détache un petit dessin illustrant le thème à suivre).

Si traiter de la musique et des musiciens dans un art silencieux comme la BD est particulièrement malaisé (sans que cela soit impossible), montrer la danse n’est pas une tâche très simple non plus. Dominique Osuch s’en sort plutôt bien. Il démontre combien illustrer le mouvement dans cet art séquentiel et figé est une gageure ; à laquelle se mesurent peu ou prou tous les dessinateurs de BD. À la (grosse) nuance près, qu’ici, il s’agit du sujet central. [2]

Au final, ce roman graphique au long cours, est une belle réussite. Libre sur la forme et particulièrement bien informé, il nous donne envie d’en savoir plus. Tant sur Nijinski que sur ces années 1910, d’une si grande richesse artistique, anticipant et prolongeant le premier conflit mondial.

(par Philippe LEBAS)

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Code EAN : 9782754825733

[1s’explique moins par des raisons artistiques que par des causes personnelles. Diaghilev ayant entretenu des relations intimes avec Nijinski, reprocha à ce dernier son mariage (pour le moins accéléré) avec Romola de Pulszky, une jeune aristocrate hongroise.

[2On aurait aimé peut-être un peu plus de fougue dans le dessin, à l’image de la dernière planche, ici choisie, très réussie.

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