Paco les mains rouges T1 – Par Éric Sagot & Fabien Vehlmann – Dargaud

27 septembre 2013 5
  • Fermé en 1946, le bagne de Saint Laurent Des Maroni, à l'extrême ouest de Cayenne, accueillit dans ses murs bon nombre de repris de justice, les "fagots". Paco est à l'image de l'un d'entre eux, prêt à tout pour survivre. Un portrait fictif sans concession.

Il serait quelque peu réducteur de ne voir en Fabien Velhmann que le scénariste de « Seuls » (dont le 8ème tome sortira le 8 novembre prochain). « Les 5 conteurs de Bagdad », « Les Derniers jours d’un immortel » (que Futuropolis vient de rééditer), « L’Ile aux 100 000 morts » ou l’indispensable « Marquis d’Anaon » sont autant d’albums démontrant le talent de l’auteur à traiter de sujets multiples tout en s’entourant pour ce faire d’auteurs graphiquement aux antipodes les uns des autres. Le talent d’ Éric Sagot n’échappe pas à la règle. Mais qu’en est-il de cet album ?

Avant de s’être fait un nom au sein de la chiourme, Paco fut instituteur. Un crime passionnel le conduira malheureusement à embarquer en direction du bagne de Saint-Laurent du Maroni, à l’extrême ouest de Cayenne en Guyane. Cinq ans à tirer, ça reste jouable même si l’espérance de vie y est d’à peine deux ans une fois le pied posé à terre. Paco le sait et un tatouage ronflant, ça peut aider. Ni une ni deux, la Bouzille, le « Joyeux » de Biribi, autre endroit carcéral tricolore implanté en Afrique du Nord, ne se fait pas prier pour lui graver la mort dans la chair. Cela n’empêchera pas Paco d’être baptisé Pâquerette après sa première nuit en cabane. C’est à un avenir de « Môme » que notre professeur des écoles est promis. À moins qu’un coup de surin bien placé ne change la donne… Désormais, il sera "Paco les mains rouges", un détenu respecté au même titre que les « premiers paris » et autres caïds régnant en maîtres au bagne. Mais quelle issue attend notre gueule d’ange devenu meurtrier malgré lui ?

Paco les mains rouges T1 – Par Éric Sagot & Fabien Vehlmann – Dargaud
Un extrait de "Paco les mains rouges T1"
© Sagot - Vehlmann - Dargaud

La série La Grande Évasion (Editions Delcourt) avait mis à l’honneur les forçats de Biribi. Les récits – peu nombreux jusque là – sur les établissements pénitentiaires français du XIXe et du début XXe trouvent un second souffle avec ce diptyque consacré à un détenu, un « fagot » parmi d’autre bien décidé à ne pas moisir en cellule. Richement documenté, cette première partie tient toute ses promesses tant scénaristiquement que graphiquement. Le dessin n’est pas sans rappeler quelque peu David B. et l’utilisation des couleurs sépia renforce cette sensation d’un passé que l’on aurait trop souvent oublié de se remémorer. Un brillant premier album.

(par Matthieu MORVAN)

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5 Messages :
  • Si vous aimez les beaux livres toilés, les belles planches graphiques "façon David B", ce livre est pour vous.

    Si vous voulez ressentir la sueur et la douleur des bagnards, si vous pensez qu’une histoire d’amour, fût-elle homosexuelle et dans l’air du temps, doit reposer sur des bases crédibles pour vous émouvoir, alors là ... passez votre chemin ! ce livre : c’est Cayenne chez les bisounours. Dommage, car Sagot est brillant.

    Cette BD sera sûrement sur-valorisée, alors que sur le fond, elle est ratée, et loin de ce que Vehlmann sait faire (Anaon ...).

    Lisez plutôt Tyler Cross ; là, on frise le chef-d’oeuvre.

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    • Répondu par Oncle Francois le 27 septembre 2013 à  13:38 :

      D’accord, Tyler Cross est un polar excellent, mais j’ai plutôt aimé ce Paco les mains rouges. Le thême de l’homosexualité carcerale y est évoqué avec une certaine délicatesse et subtilité, il me semble. Je ne suis évidemment pas expert de la question (n’ayant jamais purgé de prison, j’ai eu le droit d’avoir des liaisons hétérosexuelles classiques). Pourquoi dites vous que la BD est ratée ??

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      • Répondu par PhilC le 27 septembre 2013 à  16:31 :

        1. Je trouve que le style aseptise totalement l’enfer du bagne qui est très bien décrit dans Papillon par exemple.

        2. Les conditions de vie extrêmes ont tendances à éteindre la libido, car l’organisme est tendu vers la préservation des fonctions vitales.

        3. Franchement, qui peut rêver d’un coït furtif sur un lit d’hôpital avec un blessé grave, au nom d’un coup de foudre qui tombe comme un cheveux sur la soupe. Il ne s’agit même pas de l’homosexualité carcérale vaguement abordée par le viol du début, mais d’une histoire d’amour parfaitement inconsistante. Un lecteur s’est-il vraiment laissé gagné par l’émotion dans la scène de l’hôpital ?

        Bref, un scénario bâclé, une atmosphère mal rendue, un (des) héros sans profondeur.

        A mon goût, donc, c’est raté ! mais ça n’est que mon avis... et je suis enchanté que ça vous ai plu. J’ai d’ailleurs échangé avec d’autres personnes qui, comme vous, ont aimé.

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        • Répondu le 30 septembre 2013 à  21:28 :

          Le style graphique ne vous plait pas, l’homosexualité vous gêne, bref vous n’aimez pas, ce n’est que votre goût, n’en dégoutez pas les autres, c’est un album de qualité.

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    • Répondu par Jean Phillipe le 27 septembre 2013 à  16:08 :

      Cette BD sera sûrement sur-valorisée, alors que sur le fond, elle est ratée

      Comme beaucoup de livres qui sortent sur la bonne mine de leur auteur, des Zep Tardi Larcenet Sfar Nury Bilal Bagieu. La critique n’est plus permis quand ils ont la carte et ça cache beaucoup d’albums très réussis d’auteurs qui n’ont pas la carte.

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