Saute d’humeur - Le Dictionnaire de la bande dessinée de Bordas

4 mars 2005 1 commentaire
  • Henri Filippini est une institution dans le milieu de la bande dessinée. Responsable éditorial des Editions Glénat depuis les années 80, il a accumulé au cours de sa carrière une foule d'informations sur l'histoire de la bande dessinée. Son premier dictionnaire paru chez Bordas était une compilation d'erreurs. Il est réédité. La rigueur n'est toujours pas au rendez-vous.

La parution du premier « Dictionnaire de la Bande dessinée » chez Bordas avait divisé en deux camps les amateurs de BD. Il y avait, d’un côté, ceux que l’accumulation d’inexactitudes amusait et qui jouaient au « jeu des sept cents erreurs », et de l’autre, ceux que ce manque flagrant de rigueur énervait au plus haut point.

L’auteur était coutumier du fait. Dans des rubriques bâclées, pondues au kilomètre pour Circus dans les années 80, il chroniquait sommairement tout ce qui s’approchait de la bande dessinée. Il s’y était révélé particulièrement doué pour les formules passe-partout, l’à-peu-près, les critiques à l’emporte-pièce... et les coquilles, innombrables. Visiblement, il ne sentait pas la nécessité de relire des textes écrits trop rapidement. Autant de défauts que l’on trouvait en abondance dans ce premier dictionnaire, constitué pourtant de fiches sur des séries et des auteurs très diversifiés. L’érudition était au rendez-vous, la relecture certainement pas, tant était grand le nombre d’erreurs.

En feuilletant la nouvelle édition de ce « Dictionnaire de la Bande dessinée », force est de constater qu’Henri Filippini n’a pas jugé nécessaire de rectifier le tir suite aux remarques émises à l’époque. Très vite, on retombe sur les mêmes défauts. On y retrouve les traditionnelles phrases passe-partout (les situations de l’Agent 212 sont « toutes plus cocasses les unes que les autres », les scénarios d’Al Crane sont « tous plus fous les uns que les autres »). Au fil des entrées, on retrouve le même sens de l’à-peu-près (« Jérémiah » au lieu de « Jeremiah », « Jean-Paul » au lieu de « Jean-Pol »), de la coquille inacceptable (« Les Aigles décapités » au lieu de « décapitées » - le comble pour une série qu’il gère chez Glénat), voire même du copinage et de la dithyrambe facile pour le travail des copains (traiter l’adaptation de la Bible en BD par son ami Moliterni de « chef-d’œuvre » est insultant pour les vrais auteurs de bande dessinée). Et, comme si cela ne suffisait pas, on constate que l’auteur a été assez négligent dans la mise à jour de ses fiches depuis la précédente édition. Ainsi, on apprend qu’« Alix a vécu dix-neuf aventures entre 1948 et 1988 » - et les albums ultérieurs, ils ne comptent pas ?

On ne perdra pas son temps à dénombrer toutes les erreurs qui entachent cette nouvelle édition : il suffit de feuilleter les pages au hasard pour qu’elles sautent aux yeux. On reste donc stupéfait qu’un éditeur comme Bordas n’ait pas jugé bon de faire relire par un véritable expert (il y en a d’autres dans la profession) ce qui aurait dû constituer une alternative crédible à l’excellent « Larousse de la BD » de Patrick Gaumer. On en est loin !

(par Patrick Albray)

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