Speak par Emily Carroll d’après le roman de Laurie Halse Anderson - Editions Rue de Sèvres

3 janvier 2019 0 commentaire
  • Comment décrire l’indicible ? Comment raconter l’inexprimable ? A travers le récit de la jeune Melinda, deux auteures canadiennes relèvent le défi dans un copieux roman graphique à paraître chez Rue de Sèvres.

Comme pour beaucoup d’adolescentes de son âge, l’entrée au lycée est pour Melinda source de profonds bouleversements dans ses habitudes, ses relations avec les autres, les profs, et ses parents. C’est à la fois une cause d’angoisse mais aussi l’occasion d découvertes et d’expériences nouvelles. Autant de troubles que l’on rassemble souvent un peu trop vite sous le terme générique de "crise d’ado". Rien d’exceptionnel, jusqu’à cet incident grave, ce drame qui ne pourra qu’exacerber un profond sentiment de mal-être !

Un soir d’été, au cours de la fête de fin d’année, la jeune fille est victime d’une agression par un lycéen. Elle décide alors d’appeler la police, mais rien n’est jamais simple dans ce genre de situation ! Aucun des participants ne saura pourquoi elle a lancé cet appel. Personne ne saura ce qui lui est vraiment arrivé ce soir-là. Ne parvenant pas à s’exprimer sur ce qui lui est arrivée, la jeune femme va s’enfermer dans un mutisme de plus en plus profond, frisant l’incommunicabilité.

Speak par Emily Carroll d'après le roman de Laurie Halse Anderson - Editions Rue de Sèvres
Texte et mise en page restent au service d’une narration bien particulière.

À cela, vont s’ajouter des difficultés relationnelles avec les parents eux-mêmes au bord de la rupture. Les mauvais résultats scolaires accompagnés d’un grand manque de confiance en soi s’installent dans le quotidien de Melida. Cela se double d’un manque d’appétence général et d’une grande solitude. La solution passerait par la libération de la parole, mais qui pourra vraiment l’aider pour y parvenir ?

Dès l’arrivée au lycée, le sentiment de malaise est déjà présent.

Outre la grande sensibilité avec lequel le sujet est traité, cette adaptation du best-seller de Laurie Halse Andersen, déjà traduit dans plusieurs pays, nous fait pénétrer dans l’intimité de cette jeune fille traumatisée avec une grande finesse. Loin de s’attarder sur les scènes de violence, la narration se concentre sur la lente descente vers la dépression que traverse la jeune femme.

Pour Melinda, le dessin est-il un remède ?

Malgré des capacités de dessinatrice qui pourraient l’aider, les difficultés de la jeune fille à communiquer avec son entourage persistent et sont décrites avec beaucoup d’acuité. La description précise et minutieuse défile le long des 370 pages d’un récit profondément humain et crédible.

Déjà primée, notamment par deux prix Eisner, Emily Carroll adopte ici un montage vif et une mise en page personnelle qui, tout en restant fidèles à la chronologie de la déprime, restituent avec justesse aussi bien le trouble de l’héroïne que la confusion des sentiments qui règne dans le monde des ados.
Une fois encore, avec cet ouvrage, Rue de Sèvres nous offre la possibilité de découvrir deux auteurs... à suivre !

(par Patrice Gentilhomme)

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© Illustrations Emily Carroll – Editions Rue de Sèvres 2019

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