Starchild - James Owen - Éditions Kymera

23 octobre 2005 0 commentaire
  • «Toutes les histoires se sont produites... certaines sont simplement fausses.» Le pouvoir des contes, les frères ennemis, et l'amour, toujours l'amour. Des thèmes éternels que James Owen intègre à son étonnant album.

Starchild est une des ces histoires post-modernes qui peuplent la BD américaine depuis quelques années (le Sandman de Neil Gaiman en étant l’un des exemples les plus connus, et le Fables de Bill Willingham un autre plus récent), une histoire à propos des histoires, remplie de mises en abyme que n’aurait pas reniées Jean Potocki, l’auteur du Manuscrit trouvé à Saragosse, ultime mise en abyme qui se mord la queue, dans laquelle les conteurs sont toujours les protagonistes d’une autre histoire. La bande dessinée semble particulièrement adaptée à ces ouroboros littéraires, et Starchild le prouve de belle façon.

Starchild - James Owen - Éditions Kymera

L’une des caractéristiques de ces structures narratives en BD est leur haut degré d’utilisation de références variées, et le volume de James Owen ne faillit pas à la règle. Si G.K. Chesterton, Odin ou Shakespeare peuplaient les pages du Sandman, ici se rencontrent des personnages encore plus variés : le serveur de l’auberge est inspiré du personnage loufoque de Marty Feldman dans le Frankenstein Junior de Gene Wilder ; Neil Gaiman fait office de personnage secondaire ; un cinglé mélange du Marv de Sin City (Frank Miller) parle comme Elmer Fudd, l’éternel et malchanceux adversaire de Bugs Bunny ; et un certain petit personnage vindicatif rappelle à la fois le mutant Marvel Wolverine (il manie d’ailleurs des ustensiles de cuisine qui ressemblent étrangement aux couteaux d’Elektra) et Cerebus, le complexe personnage (malheureusement inconnu en France) de Dave Sim, auto-éditeur célèbre pour avoir réalisé une saga de 300 numéros de son personnage, et qui a également influencé Owen pour le dessin.

Une illustration de Joseph Clement Coll
Le Frankenstein de Wrightson


Car Starchild est également référencé sur le plan visuel : Dave Sim, donc, mais aussi Bernie Wrightson période Frankenstein (l’une des pages de Starchild est un hommage direct au travail de Wrightson) ou John Totleben, l’un des dessinateurs du Swamp Thing scénarisé par Alan Moore. En somme, des dessinateurs dont le dessin descend directement de celui d’illustrateurs comme Joseph Clement Coll : des maîtres du trait, de la hachure, de l’ambiance.

John Totleben dessine le Miracleman d'Alan MooreÀ la lecture de cette liste (bien incomplète) de références, on pourrait légitimement craindre que Starchild ne soit aussi indigeste qu’une choucroute au chocolat que l’on aurait fait flamber au Malibu. Il n’en est pourtant rien : la sauce prend. Et quelle sauce !

Dans un monde semble-t-il proche de notre XIXème siècle se déroule une histoire complexe que le lecteur ne découvre que petit à petit, tout comme le protagoniste principal, Anders, fils de l’un des deux frères auxquels ont jadis été confiés une clé qui ouvre sur un étrange jardin emmuré et un « livre sans paroles », tout aussi étrange dépositaire d’histoires - de l’Histoire ? Anders est en possession depuis l’enfance d’un manteau rouge en lambeau, objet de convoitises pour deux autres frères. À cela s’ajoute des relations entre le peuple Fay et les êtres humains, et l’approche du Concilium, rencontre de conteurs à l’importance certaine.


Starchild se situe donc quelque part dans la galaxie fantasy, mais possède sa propre voix qui devient aussi claire qu’envoûtante au fur et à mesure de la découverte de ce tome de plus de 250 pages. James Owen réussit à placer des personnages largement humoristiques qui s’intègrent parfaitement dans une histoire aux accents largement tragiques, et la présence de pages de textes illustrés ne casse en rien le rythme de lecture, bien au contraire. Elle renforce en fait l’ambiance légendaire - on pourrait presque dire mythologique, tant l’aspect cosmogonique de ce conte est évident - qui se dégage du dessin et de l’intrigue.

Espérons donc que Starchild rencontrera son public dans notre pays, car il reste aux lecteurs français à découvrir deux autres volumes, d’ailleurs largement indépendants du premier. De toute façon, l’univers créé par James Owen est suffisamment riche pour mériter de multiples lectures, comme toutes les bonnes histoires, post-modernes ou non.

(par François Peneaud)

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