Eva Miranda - par Giardino et Barbieri - Casterman

24 octobre 2005 0 commentaire
  • Ron Stone, le riche héritier des usines Nana's, veut épouser Cindy Cindy, une roturière. Leurs parents à tous deux s'opposent à cette union pour une mystérieuse raison...

Giardino et Barbieri signent un album drôlissime en proposant une critique acerbe des riches et de leur "sens des valeurs". Au lieu de tenter d’éviter les poncifs, les deux auteurs les utilisent sans vergogne et les détournent pour mieux mettre en évidence la fatuité du comportement de certains nantis. Comme révélateur ils emploient le personnage d’une ravissante fausse ingénue : Eva Miranda. Celle-ci possède un lourd secret et se sert de ses attributs généreux pour semer la discorde et tenter d’arriver à ses fins.

Barbieri a pour volonté affirmée de réaliser le premier soap opera en bandes dessinées (il n’a certainement pas connaissance des aventures des Labourdet animées par Jean et Francine Graton ou de 13, rue de l’espoir de Gillon et Gall, deux très anciennes séries). Il en utilise toutes les ficelles scénaristiques, comme des retournements de situations totalement incongrus, l’exacerbation des sentiments ou des imbroglios familiaux. L’action se déroule dans un cadre paradisiaque, les femmes portent de belles toilettes, le soleil brille, les personnages sont riches et beaux. Ce premier scénario de Barbieri utilise avec brio le second degré et ne cherche jamais à excuser ses protagonistes. Les récitatifs et les dialogues sont à la fois d’une grande platitude et d’un savoureux humour. Chaque scène est entrecoupée de fausses publicités et précédée d’un résumé.
Pour une fois, plutôt qu’une planche, nous vous invitons à savourer un des dialogues de cet album :

- Cette nuit j’ai voulu en finir...

- Mon dieu, Ron !

- N’aie pas peur, ma petite chèvre... Au moment de me jeter dans le vide avec ma turbo-réaction, j’ai vu sur le bitume le pitoyable cadavre d’un chien écrasé... Ces viscères étalées m’ont rappelé le saint-honoré que tu m’offris la première fois que je te vis et d’un coup je compris. Je suis descendu in extremis car je t’aime et je défierai le monde entier pour t’avoir toujours près de moi !

- Ron, mon amour, rien ne pourra nous séparer !

Giardino dessine avec un plaisir évident de riches industriels faisant face à une ingénue perverse. Eva Miranda est sensuelle en diable, les personnages secondaires sont caricaturés d’un trait qui ne pardonne pas (notamment la mère de Ron Stone avec son lifting et son chien de compagnie). Les planches sont lumineuses, d’une ligne claire chaude qui sied à merveille à cette romance sucrée. On est bien loin de Jonas Fink ou de Max Fridman, séries également animées par le dessinateur italien. Giardino nous avait déjà séduits, il y a quelques années, avec les aventures érotico-oniriques de Little Ego ; il réitère ici avec brio son approche de la représentation du corps féminin.

Un album à offrir aux amateurs de roman-photos et de telenovelas ; une histoire qui fera rire ou rêver suivant l’approche qu’on adoptera ; une réussite de la bande dessinée italienne qui apporte un rayon de soleil bienvenu dans la morosité automnale.

(par Erik Kempinaire)

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