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Une bande dessinée online bouleverse le rapport au sexe en Inde

Depuis le 28 mars, une certaine émulsion a atteint la toile indienne avec l’apparition de Mme Savita Bhabhi et ses aventures narrées dans ce qui est considéré aujourd’hui comme la première bande dessinée pornographique indienne. Une véritable révolution dans un pays où le sexe reste encore relativement tabou.

Savita Bhabhi correspond à la femme mariée indienne dès plus classique, portant le sari (costume indien traditionnel), le sindur (vermillon à la racine des cheveux, signe distinctif d’une femme mariée), le bindi (point rouge sur le front) et le mangalsutra (pendentif en or, l’équivalent de l’alliance chez nous). Mais l’absence répétée de son mari lui pèse. À l’aide de sa plastique de rêve, elle tue le temps dans les bras de tous les hommes qui peuvent lui tomber sous la main.

Malgré la banalité des scénarios, plus de 4000 visiteurs, dont la majorité d’indiens, ont afflué dès le premier mois sur le site mettant en ligne les sulfureuses aventures de la jeune Indienne. Selon le quotidien gratuit romand Le Matin Bleu, le site aurait d’abord été disponible uniquement en anglais, mais vu son succès les frasques de Savita ont rapidement été traduites en neuf langues indiennes, dont le tamoul et le hindi. Une réussite qui risque fortement de nuire au futur de la jeune femme, car les autorités locales commencent à s’y intéresser et à chercher qui se cache derrière le groupe Indian Porn Empire. Ce n’est pas pour rien que les auteurs de cette bande dessinée la signe sous des pseudonymes : Deshmukh pour son créateur et Dexstar et Madman pour les deux dessinateurs.

Une bande dessinée online bouleverse le rapport au sexe en Inde

Il faut dire que dans un pays où de nombreux tabous autour du sexe subsistent, cette initiative peut paraître totalement folle et l’anonymat reste de vigueur afin d’éviter tout risque de poursuites, à l’exemple assez récent de Maqbool Fida Husain contraint à l’exil en 2006 (suite à de nombreuses menaces de mort) à cause de ses peintures de déesses nues réalisées dans les années soixante-dix, mais n’ayant attiré l’attention des autorités qu’à partir de 1996. Un laps de temps dont ne bénéficieront certainement pas les auteurs de Savita, étant donné le véritable buzz qui s’est créé autour de leur héroïne. Une pétition a d’ailleurs d’ores et déjà été lancée par le directeur d’un centre indien contre la cybercriminalité, M. Vijayashankar, dans laquelle il demande le blocage du site et appelle à une action en justice contre ses propriétaires. Ce dernier avait déclaré : « Pour moi ce site est plus dangereux qu’un site pornographique classique car il s’adresse à la jeune génération et dégrade l’image de la femme. »

Aujourd’hui, la grande question tourne autour de la volonté des créateurs de la pulpeuse indienne. Est-ce une simple entreprise commerciale ou bien peut-on y voir un éloge de l’irrévérence et de l’ironie, comme le prétend l’hebdomadaire Tehelka ? La réponse se trouve peut-être dans le nom de famille de l’héroïne, puisque Bhabhi signifie en indien belle sœur. Or, les valeurs familiales sont sacrées en Inde. D’ailleurs si l’on en croit Patricia Oberoi, sociologue au Centre d’Études des Sociétés en Développement : « le site annonce l’arrivée de l’âge de la pornographie en Inde, car ce travail n’utilise que des expressions indiennes. »

Quoiqu’il en soit le site (pour lecteurs avertis seulement) www.savitabhabhi.com continue d’être mis à jour quotidiennement et Savita Bhabhi de vivre ses sulfureuses aventures extra-conjuguales.

(par Olivier Wurlod)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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15 Messages :
  • Ne devriez vous pas sélectionner vos sujets avec un peu plus de rigueur ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 12 septembre 2008 à  09:44 :

      A quelle rigueur aspirez-vous ?

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      • Répondu par Fred Boot le 12 septembre 2008 à  10:14 :

        Remise dans son contexte, l’info est intéressante, mais je crains qu’il ne faille attendre des années et des années avant d’avoir ne serait ce que l’équivalent d’un Elvifrance de troisième catégorie. Il y a comme une amnésie culturelle qui fait froid dans le dos : l’Inde a tout de même dans certaines de ses traditions et croyances un rapport au corps et au sexe qui vont bien plus loin que cette bd porno à la papa. Quelle misère.

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        • Répondu par W.G. le 12 septembre 2008 à  11:23 :

          Il n’en demeure pas moins vrai que la société indienne contemporaine est beaucoup plus "coincée" que celle d’autrefois et que ces documents sociologiques sont intéressants... Ceux qui sont bien dessinés sont même assez émoustillants quand on connaît cette partie de l’Asie. :-)

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      • Répondu par Sergio Salma le 12 septembre 2008 à  17:33 :

        le syndrome du titre accrocheur. Une petite dérive marrante. "bouleverse le rapport au sexe en Inde"...j’adore....décryptons.
        4000 clics sur une population de 1 milliard d’habitants ! On voit d’ici la révolution, les foules dans les rues qui enfin découvrent une nouvelle position et s’émoustillent avec leur souris dans la main droite.

        Même si je n’y vois qu’une série d’images pas très jolies , il n’empêche que la censure est évidente et bien réelle. D’où l’intérêt de cette brève vraiment trop brève.
        Qu’en est-il de la tradition des images dérisoires, de la bande dessinée dans ces cultures ? L’Inde ce sont des cultures et non une culture. Pas d’accord non plus avec la formule " ce pays a encore des tabous" . Il n’y aurait donc pas de tabous dans le reste du monde ! Première nouvelle.

        Des gens veillent. Ce sont les mêmes qui s’alarment pour des choses du même acabit, là, à côté de chez nous. Il faut le signaler en essayant toutefois de ne pas traiter cet énorme sujet avec cette légèreté de ton.
        La personne qui fait référence au Kâmasûtra mélange un peu tout aussi. C’est l’image que nous avons des moeurs indiennes qui doit être revue . Ce qui s’exporte curieusement n’a souvent rien à voir avec une réalité "locale".
        Clichés, raccourcis. ça correspond à la vieille tradition des mythes sexuels. Le french kiss, le latin lover, les bombes brésiliennes, le libertinage suédois. Tout cela est une formidable usine à fantasmes.

        . On a l’image d’une Inde raffinée avec des images coquines ; un reportage sur Calcutta ou Bombay vous remettra les idées en place. C’est un pays immense, qui émerge dans les médias. Sa confrontation récente mais violente avec les technologies amènera sans doute encore d’autres affaires de ce genre.

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      • Répondu par marcel le 12 septembre 2008 à  23:50 :

        si ce site était un journal en version papier, ce sujet, objectivement pas très intéressant n’aurait pas été retenu pour cause de place disponible.
        Si cet espace sert juste à mettre en ligne n’importe quoi, plus besoin de journaliste, plus besoin d’avis.
        Filtrez un minimum, afin de ne pas s’emcombrer de "trucs" et voir passer au second plan les bonnes choses.
        Voila ce que je voulais dire par "rigueur" et ce que les autres intervenants avaient aussi bien compris dans leurs commentaires.
        Bien à vous.

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        • Répondu par ActuaBD le 13 septembre 2008 à  00:09 :

          Si nous avons passé ce sujet, c’est que nous l’avons trouvé intéressant. Nous ne sommes pas les seuls d’ailleurs : Le Monde et bien d’autres médias ont parlé de cette bande dessinée.

          A part un critère esthétique (sur quelle base ? large débat) et/ou une éventuelle pudibonderie, nous ne voyons pas pourquoi nous aurions écarté ce sujet.

          Les gens qui commentent nos articles ne sont qu’une infime minorité et ne sont pas représentatifs de ceux qui nous lisent.

          La rédaction

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          • Répondu le 13 septembre 2008 à  01:18 :

            Les gens qui commentent nos articles ne sont qu’une infime minorité et ne sont pas représentatifs de ceux qui nous lisent.

            Comment pouvez-vous le savoir si ils ne s’expriment pas ??? Et les commentaires sont souvent assez contradictoires pour ratisser large dans l’opinion.

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            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 13 septembre 2008 à  09:01 :

              Comment pouvez-vous le savoir si ils ne s’expriment pas ??? Et les commentaires sont souvent assez contradictoires pour ratisser large dans l’opinion.

              Nous avons 140.000 lecteurs uniques tous les mois. Ceux qui réagissent sont en général les plus motivés. Je ne trouve pas que les commentaires à cet article soient "assez larges".

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              • Répondu par Yassine le 14 septembre 2008 à  08:58 :

                On peut lire dans le livre "Bombay maximum city" que dans bon nombre de foyer, les gens ont accés à la telévision par satellite. Et donc accés au chaînes porno.

                Voir en ligne : http://www.lezinfo.com

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                • Répondu par jean marc le 15 septembre 2008 à  19:21 :

                  Large débat.. L’info est intéressante,dans le contexte indien.. On a vu bien pire en Europe et en France en particulier et on se demande des fois ou le sexe est tabou ? Benoit XVI, avec ses rappels à ce qu’il considère comme des fondamentaux vient d’ailleurs de bien le rappeler aux français.. C’est de la pornographie et les créateurs qui s’en cachent pas, ne cherchent même pas à le déguiser en érotisme plus politiquement correct ! Et oui, l’héroïne, une femme, au pays des intouchables, trompe son mari ( ne jetez pas la pierre à la femme infidèle chantait Brassens il ya trop longtemps ! ),sans préservatif, çà se discute... Elle aime se faire plaisir et le partager avec ses amants... Bravo : "être une femme libérée c’est pas si facile ..."
                  Merci de nous en parler, et de ne pas faire d’autocensure.. Cette BD ou plus exactement, la démarche des créateurs, sur un support on line, a un interêt sociologique, non seulement sur le sexe, ( lire Douglas Kennedy ou mieux Crumb pour savoir ou en est la société américaine ), sur le net et la mondialisation, et surtout sur le statut de la femme, dans cette région du monde, ou à part quelques rares exceptions, on est très loin de l’égalité avec les hommes, n’en déplaise aux puritains !!!

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  • Tiens ? Avec ce titre, je m’étais attendu à une BD éducative anti-SIDA dans ce pays qui me semble en danger sur ce plan-là.

    Hé bien non : après feuilletage, je n’ai vu aucun préservatif dans cette BD ! Pour moi, c’est surtout ça qui est inquiétant.

    (ne voir dans cette intervention aucun esprit colonial ni condescendant : il se trouve qu’on a l’habitude d’entendre parler de sexe en Inde uniquement à travers des reportages sur le SIDA et que la surprise de l’existence de porno indien est déjà traité par l’article et ne me semble pas répréhensible).

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  • 4000 visiteurs pour un pays qui en compte plus d’un milliard, on est encore vraiment loin du bouleversement et du phénomène de société...

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  • J’oubliais l’essentiel en forme de conclusion : s’il suffisait d’éditer et de diffuser du porno pour "bouleverser" le rapport au sexe dans une société, cela se saurait ! Le titre est accrocheur, mais là encore on est loin de Charlie ou de Siné Hebdo ... Continuez à nous informer !

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  • Ou l’on reparle d’Herge
    17 septembre 2008 17:56, par Daniel B.

    Interessant,bien qu’un peu decevant.
    J’aurais plutot espere de l’erotisme a du porno d’une culture qui a invente le kamasutra. Mais bon, l’art de l’emancipation passe par la provocation et les extremes.
    Si quelqu’un connait d’autres bd indiennes en lignes, j’aimerais voir...

    Element interessant (et c’est la que j’en arrive meler Herge a la conversation), la similitude avec les techniques du debut de la bd. Le jeu du suspens pour attendre la planche suivante. Ca rappel Herge (et les autres) qui mettait du suspens dans ses dernieres cases de Tintin afin de faire revenir l’acheteur le jeudi suivant.

    La bd, le net, les debuts de la bd dans la presse... Y’a de quoi cogiter, non ?

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