Wounded T1 - Par Marie et Malnati - Editions Bamboo

6 août 2010 0 commentaire
  • Le western est de retour ! On assiste depuis quelques années à la réhabilitation d’un style qui fit, il n’y a pas si longtemps, les grandes heures de la BD réaliste. Un genre dont on annonce régulièrement la disparition aussi bien au cinéma qu’en BD, maisqui fort heureusement à travers des œuvres originales et atypiques trouve des occasions de se renouveler et de créer encore « l’événement ».

Avec ce « western crépusculaire » qui repousse encore les limites du genre Damien Marie et Loïc Malnati prouvent, s’il était encore besoin, que dans ce domaine tout n’a pas été fait.

Wounded dont le premier tome sort ces jours-ci nous décrit les déambulations d’un jeune photographe anglais entraîné dans l’expédition de « civilisation » d’une petite bourgade perdue dans les grandes plaines de l’Ouest : Porcupine. Accompagné du Lieutenant Farshing, il aura pour mission d’immortaliser le « travail » de son employeur. Une opération de médiatisation de la mission civilisatrice que se sont assignés quelques dirigeants influents en ce dix neuvième siècle finissant. À cette époque, l’arrivée de nouvelles techniques va sonner le glas du « wild west » qui devra laisser place à un monde assagi, plus organisé, plus technologique en accord avec « l’ordre nouveau » qui accompagnera la mission civilisatrice (et puritaine) de ses nouveaux maîtres.

Wounded T1 - Par Marie et Malnati - Editions Bamboo

Le héros Edward, épris de la belle et indépendante Elizabeth, et bien que désireux de partir à la découverte du grand Ouest semble perturbé par d’étranges hallucinations. Qui est réellement ce jeune photographe ? Pourquoi a-t-il fui Londres quelques mois auparavant ? D’où lui viennent ces visions cauchemardesques de prostituées à l’allure monstrueuse ? Ces rêves semblent évoquer un passé trouble et enfoui dont on pressent qu’il constituera une des clés du récit. Nous n’en sommes qu’au premier tome et tout le savoir-faire des auteurs s’applique à nous tenir en haleine au cours de ce western sombre et atypique. Les troubles psychologiques du héros semblent faire écho aux bouleversements qui frappent ce monde vieillissant. Un monde dont la bataille de Wounded Knee, dernier grand massacre des populations indiennes, sonnera le glas quelques temps plus tard ! Comme quoi le titre de la série n’a pas été choisi au hasard !

La grande maîtrise graphique du dessinateur aide à saisir l’atmosphère "fin de siècle" qui traverse tout le récit. Sûr et maitrisé, le trait de Malnati rehaussé par une mise en couleur efficace colle parfaitement au climat de ce western sombre et inédit. On passera donc assez vite sur certaines maladresses de perspectives en s’attardant davantage sur l’habile gestion des passages entre monde réel et visions de cauchemar.
Rien d’étonnant à ce que Damien Marie, scénariste touche à tout talentueux et prolixe, s’attaque au western de cette manière ! On sait que l’auteur de Welcome to Hope ou plus récemment de Need n’hésite pas à emprunter des chemins inhabituels pour nous livrer des récits originaux voire très iconoclastes. On avait déjà pu apprécier sa vision toujours un peu sombre et pessimiste de l’humanité ; dans ce nouveau contexte, le scénariste récidive avec talent. Ajoutons que la brutalité de la confrontation de ces deux mondes renvoie aussi à des portraits psychologiques puissants et bien traités, rendant le récit attachant et captivant.

Réalité, fiction, histoire et fantastique, Damien Marie prend un malin plaisir à brouiller les pistes ! C’est ainsi, que si beaucoup d’éléments sont tirés de son imagination (les lieux et les dates notamment), son héros, le photographe Edwards, a bien existé. De son vrai nom Edward S. Curtis (1868-1952), l’homme est connu pour avoir immortalisé quelques épisodes de la fin de la nation indienne et des chefs célèbres comme Sitting Bull ou Géronimo.
Les amateurs pourront consulter quelques uns de ces clichés sur internet.

Le vrai Edward, photographe des derniers chefs indiens

Avec pour toile de fond la disparition d’une époque au profit d’une autre guère moins violente et cruelle (!), cette histoire parvient à nous tenir en haleine et s’avère déjà une des bonnes surprises de la rentrée au sein de la collection Grand Angle..

(par Patrice Gentilhomme)

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