Angoulême 2012 (1/4) : Heureusement, il y a Art Spiegelman !

7 décembre 2011 20 commentaires
  • Hier, le FIBD a présenté son programme pour sa prochaine édition. Le 39e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême sera exceptionnel cette année, mais c’est surtout à Art Spiegelman qu’on le doit. Point sur sa participation au Festival. Nous commenterons la sélection des albums en compétition, les événements et les autres expositions dans ces prochains jours.

Il y avait foule à la conférence de presse du prochain Festival de la BD à Angoulême. Nous n’avons rien appris de plus que ce qui a déjà été annoncé et que nos lecteurs ont pu découvrir il y a un mois déjà.

L’enjeu d’aujourd’hui était une rencontre publique avec Art Spiegelman et la communication des titres en compétition pour le Palmarès 2012.

La mise en condition de la salle se fait d’entrée : « Monsieur Spiegelman n’accordera aucune interview. Sa seule interview sera cette rencontre publique avec Jean-Luc Hees à laquelle vous assistez maintenant. » Le président de Radio France restera dans les généralités. Heureusement, il a un client brillant qui compense le côté dilettante et brouillon d’un journaliste qui se la joue vieux beau revenu de tout et qui « suppose » que les applaudissements qui l’accueillent ne sont pas pour lui mais pour son hôte…

L’auteur de Maus commente aussitôt son affiche : « J’étais très excité de voir mon dessin affiché partout dans Paris, dit-il. J’avais eu l’idée de montrer Spiegelman avec son masque de Maus en train de lire un iPad sur lequel on peut voir un dessin de Töpffer. J’ai du m’arranger pour que la barre des sponsors avec ces logos si importants pour le Festival et ces dessins qui rendent hommage à plusieurs personnages et auteurs de BD restent lisibles. »

Angoulême 2012 (1/4) : Heureusement, il y a Art Spiegelman !
L’affiche du Festival telle qu’on la découvrira dans le Métro parisien : hommage à Tintin et aux grands classiques de la BD, notamment à Töpffer, que Spielgelman/Maus lit sur un iPad !

« J’en ai plein le c… ! »

« Quel effet cela vous fait d’être le président de ce festival ? » lui pose notre brillant journaliste : « J’en ai plein le c… ! » lui dit le new-yorkais qui s’est investi à fond dans l’aventure. Il a en effet piloté deux expositions : une rétrospective qui aura lieu dans le bâtiment Castro où ses dessins les plus rares seront exposés, notamment sa période Underground, de même que ses travaux pour la revue d’avant-garde Raw et un « Musée privé » de 400 pièces qui sera exposé de l’autre côté de la Charente dans une collection permanente qui a été profondément modifiée à la demande du président d’Angoulême 2012.

Il souligne l’importance de ce musée qui fait d’Angoulême, avec Tôkyô dit-il, la capitale de la bande dessinée. «  Quand on m’a annoncé que je serai président du prochain festival, je me suis dis : ah, bien, c’est bon pour mon ego. Mais ma femme française qui dirige notre petite entreprise s’est écriée : merde ! (en français dans le texte). Elle sait des choses que je ne sais pas, elle a vu le travail que cela allait représenter. Mais je suis content et je vais essayer de faire du mieux que je peux. »

Il constate les changements dans le monde de la bande dessinée : « Maintenant que tout s’effondre, que les économies s’effondrent, que la culture s’effondre, on a l’impression que tout ceci se transforme en un ensemble créatif un peu absurde. La bande dessinée a toujours eu ce côté un peu absurde. Dans cette culture post-moderne, le mélange de l’image et du texte est quelque chose qui se développe de plus en plus alors que c’était tabou quand j’étais jeune. Il faut essayer de traverser ce fossé entre ce qui est « haut » et ce qui est « bas », c’est assez étonnant à observer. Aux USA, les éditeurs paniquent au moment de publier un livre. Avec la technologie, on s’aperçoit que l’on peut faire les livres les plus magnifiques que l’on n’ait jamais pu faire. La technologie est de notre côté ! Je suis un artiste qui travaille pour le livre et pas pour les cimaises. Or, aujourd’hui, tout est issu de la BD, quelque part. La BD a son mode d’expression plus que jamais, en France comme aux États-Unis. »

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Jean-Luc Hees interrogeant Spiegelman

Son Prix Pulitzer obtenu en 1992, il le relativise : « Cela fait bien dans votre oraison funèbre !... Vous savez, la plupart des gens aux USA le confondent avec le Prix Nobel… ». Il annonce que son prochain projet est fait en collaboration avec un neuro-scientifique pour étudier l’impact de la bande dessinée sur le cerveau !

Sur le même ton badin, il répond à notre infatué journaliste qui prétend qu’on compare son œuvre à celle de James Joyce : « Je le prends comme un compliment, répond Spiegelman pince sans rire, Je ne comprends pas tout de James Joyce, mais comme je ne me comprends pas moi-même, oui, cela doit être comparable, nous avons beaucoup en commun sur ce point… »

Il parle des artistes en Europe qui l’ont influencé dans le sillage du magazine Raw qu’il avait co-créé avec son épouse Françoise Mouly, aujourd’hui directrice artistique du New-Yorker : Mariscal, Mattotti, Lewis Trondheim, Moebius, Tardi, Muňoz, Schrauwen… plus ancrés selon lui dans les Beaux-Arts que ne le sont les créateurs américains.

Interrogé sur son hostilité à voir un jour Maus adapté au cinéma, il suggère que l’œuvre reste dans une petite boîte vitrée « à briser en cas d’extrême urgence économique ! »

L’exposition « clandestine » de Spiegelman à Angoulême

C’est au moment des questions du public que son action de président se révèle enfin. Il a sollicité et obtenu les venues de Chris Ware, Charles Burns, Joe Sacco… Il insiste sur le fait qu’il a eu à cœur de « construire un pont sur la rivière entre le Festival et le Musée ». Il fait là allusion à la Cité de la bande dessinée en butte aux manœuvres mesquines des dirigeants du Festival : «  Mon rôle sera de mettre ensemble ces acteurs dans un seul événement. »

C’est là que l’on découvre, quasi par hasard, l’autre exposition que Spiegelman réalisera à Angoulême avec Thierry Groensteen, singulièrement absente de la communication du Festival et dont on ne trouve juste une allusion dans le dossier de presse distribué aux journalistes présents : Le Musée privé d’Art Spiegelman qui rassemble 400 œuvres d’exception signées par les plus grands artistes de l’histoire de la BD.

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Art Spiegelman. Il a fallu qu’il fasse lui-même la promotion de son autre exposition

Le dessinateur américain s’est impliqué lui-même pour solliciter des prêts des plus grandes collections américaines obtenant des planches de H.M. Bateman, Milt Gross, Carl Barks, Jack Cole, Roy Crane, Jack Davis, Kim Deitch, Jules Feiffer, Lyonel Feininger, Bill Elder, Al Feldstein, Harold Gray, Fletcher Hanks, Jaime Hernandez, Walt Kelly, Bernard Kriegstein, Harvey Kurtzman, Jay Linch, Don Martin, Nazario, Frederic Burr Opper, Spain Rodriguez, Elzie C. Segar, Noël Sickles, Otto Soglow, Cliff Sterret, Gustave Verbeek, Bill Watterson, S. Clay Wilson, Basil Wolverton, Wallace Wood… des artistes jamais exposés en Europe, montrés aux côtés de Töpffer, Gustave Doré, Caran d’Ache, Hergé, Saint-Ogan, et de bien d’autres. « Même les Américains ne connaissent pas cela ! Les deux expositions que je présente vont bien se parler l’une et l’autre » s’enthousiasme le président 2012.

Heureusement qu’Art Spiegelman est là, finalement, sinon on aurait tout ignoré de cette exposition qui s’avère exceptionnelle et que le Festival a tenté de nous dissimuler pour des mesquines questions d’ego et de concurrence.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Festival International d’’Angoulême 2012, du jeudi 26 au dimanche 29 janvier 2012.

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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20 Messages :
  • La revue d’avant-garde dont vous parlez doit être "RAW" et non pas "MAUS".

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  • Ou alors c’était "Arcade : The Comics Revue"

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  • JL Hess n’est pas président de France Inter (qui n’a d’ailleurs pas de président, mais un directeur), mais de Radio France.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 7 décembre 2011 à  17:13 :

      Vous avez raison. Nous avons corrigé ces erreurs d’inattention.

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      • Répondu le 7 décembre 2011 à  18:33 :

        Corrigé, c’est vite dit, cher Didier : Jean-Luc Hees est bien Président-Directeur général de Radio-France. C’est France-Inter qui n’a qu’un Directeur, en l’occurrence, un certain Philippe Val, comme le faisait remarquer le précédent intervenant. Mais tu vas y arriver, j’en suis sûr...

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  • En tout cas l’affiche elle déboite.

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    • Répondu par Géraud le 8 décembre 2011 à  08:06 :

      Bigre !
      Un marsu sur l’affiche ! "Marsu prod" n’a pas sorti son bazooka ?

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    • Répondu par Mael R. le 8 décembre 2011 à  08:18 :

      Et ça fait du bien !

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  • Ca promet d’être d’une tristesse cet Angoulême... 2012 l’année des dépressifs.

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  • Et Moulinsart a accepté ? Un Tintin sur une affiche ? Même pas dessiné par Hergé ? Avec d’autres personnages ? Dont une voluptueuse Japonaise ?
    Combien Apple-t-il donné, pour cette belle pub iPad ?
    Pis y’a pas les logos, j’aurais voulu voir celui de Malabar sur le dessin de Spiegelman, le choc promet d’être amusant...

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    • Répondu par jacques dutrey le 8 décembre 2011 à  10:46 :

      j’aime bien aussi le panneau "défense de fumer" sur l’affiche... Enfin un président qui prouve qu’humour subtil et intelligence sont liés !

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      • Répondu le 8 décembre 2011 à  21:30 :

        Je ne vois pas où est l’humour et intelligence dans le fait de mettre un panneau "défense de fumer" dans un décor de métro.

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        • Répondu le 9 décembre 2011 à  00:38 :

          Sauf quand on sait qu’Art Spiegelman fume comme un pompier et qu’il se représente, sur l’affiche, clope au bec (si on peut dire, pour une souris).

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          • Répondu le 9 décembre 2011 à  15:34 :

            Sauf quand on sait

            L’humour c’est quand c’est drôle, ou amusant.

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        • Répondu le 9 décembre 2011 à  07:51 :

          C’est pas grave.

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  • questions sur l’affiche ?
    8 décembre 2011 21:12, par Oncle Francois

    Il y a donc en réel le personnage principal de Maus, mais aussi un Mickey Mouse spiegelmanien (rien à voir avec ceux d’Ub IWerks ou de Christian Marin, ni même avec le Mickson de Cestac), Ignatz sorti du Krazy Kat d’Herriman. D’accord si l’auteur a choisi de faire figurer les souris célèbres, mais alors que vient faire le Marsu (marsupial !!et non mammifère rongeur !!)dans cette composition ? Il aurait mieux fait de mettre en scène Sibylline ou à la limite Chloro du Grand René Macherot !!

    Au niveau de l’affiche dans l’affiche : qui est la bimbo en haut à droite ? Wonder Woman ? Je n’ai su l’identifier... Merci de m’éclairer !

    Sinon, je trouve astucieuse l’idée de faire "entrer" la pub pour le FIBD dans le métro pharisien de cette façon. Mais bon,si Monsieur Spiegelman s’était renseigné, il aurait appris que les albums Futuro d’Herriman avaient longtemps été soldés en France, comme ceux de Dick Tracy, d’ailleurs. Leurs dernières publications dans la presse doit remonter aux débuts des années 80, dans Charlie-Mensuel !!

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    • Répondu le 9 décembre 2011 à  00:57 :

      Et la Trotinette de Calvo ? Une autre souris célèbre...
      L’héroïne de manga en haut à droite, c’est Lamu (http://fr.wikipedia.org/wiki/Urusei_Yatsura).
      Quant à Dick Tracy et Krazy Kat, c’est plutôt louable de vouloir rendre hommage à des bandes dessinées hélas en effet menacées de tomber dans l’oubli. C’est tout l’objet de l’exposition Le Musée privé d’Art Spiegelman que proposera le Musée de la bande dessinée pendant le Festival...

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      • Répondu le 9 décembre 2011 à  15:33 :

        Et la Trotinette de Calvo ? Une autre souris célèbre...

        Célèbre c’est quand c’est connu. Pas le cas là.

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        • Répondu par Bakounine le 11 décembre 2011 à  12:29 :

          Pas forcément, les auteurs de BD célèbres, lorsqu’ils ne sont pas en dédicace, personne ne les reconnaît. Pour le monde entier, Disney est le créateur de la célèbre souris alors qu’en vérité, c’est Ub Iwerks. Les gens connaissent Astérix mais nombreux pensent que Goscinny en est le dessinateur et Uderzo le scénariste... quand ils sont capables de mettre un nom dessus. et Dites Trondheim au premier que vous croisez dans la rue, peu de chance qu’il sache qui il est. À la rigueur, il vous parlera d’une ville de Norvège où il est allé en vacances. La célébrité das le petit monde de la BD est toute relative. Elle ne concerne que ceux qui s’y intéressent.
          Angoulême, capitale mondiale de la BD. Vous imaginez, ce n’est ni New-York, ni Paris, ni Londres. C’est un trou perdu truffé de chômeurs et de gens qui ne lisent même pas de BD.

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          • Répondu par Angoumoisin le 11 décembre 2011 à  21:41 :

            Angoulême, C’est un trou perdu truffé de chômeurs

            Les Angoumoisins vous disent merde monsieur, et surtout ne venez pas.

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