Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 16 juillet 2008 à 12:43 :
Soit, les "majors" se regroupent. Mais il n’éditent pas moins de titres pour autant. Peu importe qu’ils soient ventilés par "marques". Qu’est-ce que ça change, en effet ? Kana, Dupuis, Dargaud, Lombard, Aire Libre... sont "un seul" éditeur ? Pour le lecteur, cela ne fait aucune différence. Ils font davantage de livres que lorsqu’ils étaient "indépendants", non ? On peut considérer que Delcourt, Glénat et Soleil font partie des majors. En tout cas du "mainstream". Les "majors" surproduisent encore. C’est évident. Ils produisent à tour de bras. Quant au phénomène dit "de la longue traine", il existe aussi, c’est certain.
Tout le monde surproduit en ce moment car il faut se battre pour la visibilité sur les tables. Aucun raison que les gros se fassent bouffer par les petits, c’est pas leur genre. Ceux qui produisent le plus en ce moment, ce sont Delcourt et Casterman qui font là leur boulot d’outsider. Soleil a réduit sa production, Glénat aussi à paramètre constant, Humanoides Associés par la force des choses...
La part des indépendants dans la production est plus grande car ils sont plus nombreux. Le succès de Marjane Satrapi a aussi ouvert de nouvelles voies pour eux.
Soit. Tout le monde surproduit. Mais que surproduit-on ? La diversité dont tu parles me semble relever du vœu pieux. On a digéré certaines formes nouvelles, et on les reproduit. C’est une apparence de diversité. On renouvelle le consommable en puisant un peu chez ceux qui créent.
Rien à dire là dessus. Le commerce a toujours été un grand récupérateur. Il m’étonnerait que L’Association se plaigne de ses (son ?) succès qui leur assure une manne financière.
L’art est toujours "en plus", puisqu’il n’est pas conçu pour répondre à une demande.
L’art (tout est dans la définition) n’est pas forcément en marge Cf. La peinture religieuse des maîtres flamands, par exemple. Confondre commerce et art, c’est ne rien comprendre, ni à l’un, ni à l’autre.
Ce qui ne laisse pas de m’intriguer, c’est la surproduction de "produits" ciblés, conçus pour une demande qui n’existe pas (parce que, même boulimique, on l’a trop gavée). Il y a un nombre impressionnant, en effet, de "petits éditeurs indépendants" qui font du mainstream, ou qui tentent de le faire. Ceux-là ne sont pas "en plus", ils sont "en trop".
Non, ils ne sont pas "en trop". Ils renouvellent parfois des marchés mal traités, voire ignorés par les "Majors". Cf les BD "de métier" de Bamboo qui reprennent en l’améliorant une recette inventée par Dupuis.
On n’est pas là dans l’art, c’est entendu. Et tu connais ma position là-dessus : je rejette les discours excluants qui dévalorisent un genre de BD au profit d’un autre.
C’est un peu vrai. Un peu.
Dans le genre concession un brin méprisante, ça le fait.
Jadis, Dupuis ou Dargaud finançaient eux-même leur département R&D.
Au début, car ils avaient tout à inventer. Après, ce sont les auteurs eux-mêmes qui le font, soit en ruant dans les brancards, soit en créant leurs propres organes éditoriaux.
Mais nous ne faisons pas de la R&D ! Nous considérer comme le département R&D de l’industrie, c’est un peu insultant. C’est une instrumentalisation de notre travail, opportuniste et ingrate. Je ne dis pas qu’on n’a pas le droit. Mais au moins reconnaissons-le. Ceci dit : nous produisons de plus en plus de choses fièrement irrécupérables ! en tout cas pour ce marché-là, pour la bédéphilie.
Bah, mais que tu le veuilles ou non, tu es toujours récupéré. Si ça te fait plaisir de faire le "rebelle", je veux bien.
Et ceci dit encore, le mainstream a ses propres capacités de regénération. Il n’a pas vraiment besoin des indépendants pour se renouveler. Il y puise à sa guise, et c’est de bonne guerre. Mais l’apport du manga, du manwha, du jeu vidéo, des séries télé... est bien plus important que celui des indés.
En terme de ventes, probablement. Mais je pense qu’en terme d’influence, les indés se posent quand même là. Pilote, Métal Hurlant, Fluide Glacial sont des revues indépendantes qui ont pesé sur l’industrie. Persepolis aussi, en quelque sorte.
Et s’il y avait carrément un monde autour de la bd ? A la 5c, comme à Frmk, à l’Association et ailleurs, on ne cherche pas forcément à évoluer dans le microcosme en l’élargissant quand il devient étroit. Il y a d’autres minimondes autour, qui ont tous leurs défauts, mais qui offrent aussi des perspectives et des lignes de fuite. Aller voir ailleurs, d’autres mondes et d’autres publics, ce n’est pas qu’une question géographique.
On suppose que toi aussi, tu vas à la piscine et tu fais tes courses chez l’épicier du coin. Depuis que la BD existe, les auteurs font feu de tout bois pour gagner leur vie. Je ne vois pas ce que ce genre de truisme apporte au débat.
Bien à toi,
Didier
Répondre à ce message
-
Répondu le 17 juillet 2008 à 13:21 :
L’art est toujours "en plus", puisqu’il n’est pas conçu pour répondre à une demande.
L’art (tout est dans la définition) n’est pas forcément en marge Cf. La peinture religieuse des maîtres flamands, par exemple. Confondre commerce et art, c’est ne rien comprendre, ni à l’un, ni à l’autre.
J’ai écrit "en plus", pas "en marge". bien entendu, je ne confonds pas. l’art de commande a toujours existé. et le mécénat. l’art dépend du prince parce que, essentiellement, il n’a rien à voir avec le commerce.
Non, ils ne sont pas "en trop". Ils renouvellent parfois des marchés mal traités, voire ignorés par les "Majors". Cf les BD "de métier" de Bamboo qui reprennent en l’améliorant une recette inventée par Dupuis.
On n’est pas là dans l’art, c’est entendu. Et tu connais ma position là-dessus : je rejette les discours excluants qui dévalorisent un genre de BD au profit d’un autre.
soit. ils ont le droit de vouloir exister. et comme tu dis, on n’est pas dans l’art. depuis toujours, on se rend compte que sous le même vocable, on rassemble des champs très différents, voire opposés, des gens qui ne font pas vraiment le même travail. après tout, besson et godard sont tous deux "cinéastes" ; et schmitt et céline tous deux "écrivains".
C’est un peu vrai. Un peu.
Dans le genre concession un brin méprisante, ça le fait.
oh non, c’est toi qui voit du mépris. concéder qu’une chose est parfois vraie, ou un peu vraie, ce n’est pas méprisant.
Ceci dit : nous produisons de plus en plus de choses fièrement irrécupérables ! en tout cas pour ce marché-là, pour la bédéphilie.
Bah, mais que tu le veuilles ou non, tu es toujours récupéré. Si ça te fait plaisir de faire le "rebelle", je veux bien.
Je ne veux pas faire le rebelle. Certaines de nos production sont très récupérables, mais pas forcément par la bande dessinée (ou alors, pas de si tôt !) C’est que nous prenons des voies de traverses. Nous nous éloignons résolument des standards en vigueur dans le microcosme, qui n’aurait donc aucun intérêt à nous y suivre : il s’aliènerait son lectorat traditionnel.
Et s’il y avait carrément un monde autour de la bd ? A la 5c, comme à Frmk, à l’Association et ailleurs, on ne cherche pas forcément à évoluer dans le microcosme en l’élargissant quand il devient étroit. Il y a d’autres minimondes autour, qui ont tous leurs défauts, mais qui offrent aussi des perspectives et des lignes de fuite. Aller voir ailleurs, d’autres mondes et d’autres publics, ce n’est pas qu’une question géographique.
On suppose que toi aussi, tu vas à la piscine et tu fais tes courses chez l’épicier du coin. Depuis que la BD existe, les auteurs font feu de tout bois pour gagner leur vie. Je ne vois pas ce que ce genre de truisme apporte au débat.
tu ne m’as pas compris, ou je me suis mal exprimé : je parlais d’autres champs artistiques, de perspectives de développement ou de simple pérennité ailleurs que dans le champs de la bande dessinée. pas de l’influence du monde sur l’œuvre. on peut créer, éditer, sans se soucier du microcosme. nous œuvrons dans le champ artistique, littéraire, plastique, contemporain... il se fait que nous persistons à appeler notre travail "bande dessinée", et c’en est, même si elle n’a plus grand rapport avec les productions du mainstream. Nos lecteurs sont aussi des bédéphiles, parfois. Mais pas toujours. Le marché est forcément segmenté, et cette segmentation nous coupe d’un lectorat potentiel, qui ne lit pas de bande dessinée car il ignore qu’il s’agit aussi d’un champ artistique contemporain. Aucun salon de la bande dessinée (sauf peut-être Luzern et Bastia) ne le leur montreront, je le crains. On ne peut pas se borner à lui reprocher son manque de curiosité. cependant, le monde de l’art contemporain s’intéresse de plus en plus au dessin.
Bien à toi,
xavier
Répondre à ce message
-
Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 17 juillet 2008 à 13:45 :
tu ne m’as pas compris, ou je me suis mal exprimé : je parlais d’autres champs artistiques, de perspectives de développement ou de simple pérennité ailleurs que dans le champs de la bande dessinée. pas de l’influence du monde sur l’œuvre. on peut créer, éditer, sans se soucier du microcosme. nous œuvrons dans le champ artistique, littéraire, plastique, contemporain... il se fait que nous persistons à appeler notre travail "bande dessinée", et c’en est, même si elle n’a plus grand rapport avec les productions du mainstream. Nos lecteurs sont aussi des bédéphiles, parfois. Mais pas toujours. Le marché est forcément segmenté, et cette segmentation nous coupe d’un lectorat potentiel, qui ne lit pas de bande dessinée car il ignore qu’il s’agit aussi d’un champ artistique contemporain. Aucun salon de la bande dessinée (sauf peut-être Luzern et Bastia) ne le leur montreront, je le crains. On ne peut pas se borner à lui reprocher son manque de curiosité. cependant, le monde de l’art contemporain s’intéresse de plus en plus au dessin.
Je suis d’accord avec cette vision des choses. Il est vrai que la première raison pour laquelle ActuaBD ne donne pas davantage d’exposition à vos productions vient de son positionnement "mainstream".
A cela s’ajoute cette réalité : pour aborder vos travaux, il faut une relative technicité que nos collaborateurs bénévoles n’ont pas forcément.
Nous avons fait le choix du mainstream, Du9.org, celui de la small press. C’est un choix. Je crois que nous ne trompons pas nos lecteurs sur la marchandise à ce sujet. L’An 2 cotoie Soleil, Munoz, Arleston. Nous proposons de la BD une vision générale. Mais nous serons ravis de parler de tous ceux qui solliciteraient notre curiosité, dans la limite de notre temps disponible, évidemment.
Je propose que nous arrêtions là le débat pour le reprendre à une autre occasion.
Répondre à ce message