DIDIER PASAMONIK - Lettre ouverte aux bigots de Gaston Lagaffe

9 avril 2018 23 commentaires
  • En donnant une interview flinguant le film de Pierre-François Martin-Laval (PEF), "Gaston Lagaffe", sorti mercredi 4 avril, Isabelle Franquin rend le pire service qui soit à son père. Lui qui était un anticlérical affiché, le voici revendiqué par des bigots qui s’expriment en son nom, sans mesure ni respect, caractéristiques de l’air du temps. Au profit d'un discours de pureté proprement réactionnaire qui passe à côté des vrais enjeux de la bande dessinée d'aujourd'hui.

Qui aurait pu croire que le film Pierre-François Martin-Laval (PEF), Gaston Lagaffe, puisse connaître une telle « Bataille d’Hernani » ? Avant même sa sortie en salles (4 avril 2018), cette adaptation de l’œuvre-phare de Franquin, que nous avions pu voir très en amont pour notre part, les forums se sont mis à tourner en boucle.

Dès avril 2015, à l’annonce de la mise en chantier de cette adaptation, le forum de BDGest, connu pour ses posts insultants, annonçait la couleur : « C’est peut être réducteur, mais en ce qui concerne Gaston, je vais partir du principe, avant même le tournage, que ce film est d’ores et déjà une merde sans nom, en espérant faire fausse route du tout au tout. Comme ça je suis sûr de ne pas être déçu. » (Televeau, 06/04/2015).

DIDIER PASAMONIK - Lettre ouverte aux bigots de Gaston Lagaffe

Sur la page Facebook Les Amis d’ActuaBD.com, un certain Tomaz Anaka, apparemment amateur de chiens et de comics, écrivait dès le 24 mars 2018 : « Ce n’est pas rendre hommage à l’univers de Franquin quand on voit ce qu’ils en ont fait. Faudrait déjà que les persos ressemblent aux persos de la BD : Prunelle, Demesmaeker (la blague)..... et un Gaston prépubère sans gros nez ni sa grosse tignasse si caractéristique.... Ni fait ni à faire ni vu ni à voir. Je n’irai pas voir ce navet annoncé. Y a des œuvres auxquelles on ne peut s’attaquer car elles sont cultes. Là on est dans du business ! De la machine à fric cinématographique alors que Franquin ce n’est pas cela : c’est une machine [sic] d’imaginaire, de créations folles, absurdes, de dénonciations de problèmes de société, de comique de situation, comique de mots, running gags et j’en passe... alors quand je vois la pauvreté du scénar rien que dans la b-a, ce sera sans moi. »

En voilà donc qui n’ont pas vu le film, qui n’ont pas l’intention de le voir et qui, d’emblée, décident, pour le premier, par une curieuse mesure de précaution, que ce film sera une m…, tandis que le deuxième décide qu’à priori, on ne devrait pas l’adapter au cinéma une bande dessinée « culte ». C’est ce culte, cette bigoterie, qui me pose problème.

Une interview assassine

Le 3 avril 2018, dans un timing qui ne doit rien au hasard, Isabelle Franquin, la fille de l’artiste, donnait une interview au quotidien belge L’Avenir, où elle multipliait les qualificatifs vachards sur le film : « débile  », « catastrophique », « désastre », «  inqualifiable », fait pour renouveler «  le cheptel des lecteurs  » [sic, merci pour eux], par « appétit du lucre ».

Elle affirme par ailleurs que Gaston est « en quelque sorte, un personnage « mort »… » [re-sic], et se demande si PEF « n’a jamais lu un album de Gaston  », tout en refusant de le rencontrer.

Pourtant, avant l’intervention d’Isabelle Franquin, la critique était bien partie : « Alors que deux récents longs métrages sur Spirou ont déçu les cinéphiles, considérait Radio Canada le 30 mars, cette première adaptation des aventures de Gaston Lagaffe est portée par la performance du jeune acteur Théo Fernandez, 19 ans. Révélé dans la saga des Tuche, il campe idéalement le héros indolent en pull vert à col roulé trop petit, jean trop court et espadrilles bleues sur chaussettes rouges. »

« Pull vert à col roulé trop petit, jean trop court, espadrilles bleues sur chaussettes rouges, écrivait Paris-Normandie le 31 mars, ce premier Gaston Lagaffe au cinéma joue sur une ressemblance physique frappante avec le héros de la BD, apportant une vraie légitimité à cette adaptation fidèle signée Martin-Laval, aussi bien dans la réalisation que le rendu à l’écran des plus célèbres gags du héros. Petits et grands y trouveront leur compte pour une fois dans ce genre cinématographique particulier. »

Sur ActuaBD, dès le 27 mars, on pouvait lire : « Le film de Pierre-François Martin-Laval alias Pef est rapide, enlevé, et arrache à chaque instant un sourire voire un rire. Les mômes présents dans la salle rigolent franchement. C’est un film grand public, destiné aux gamins ? Voire. L’adaptation est d’une grande subtilité et, après le changement de paramètre initial qui remet Gaston dans un cadre plus moderne, après que la mouette rieuse ait enlevé en piqué le complément capillaire de l’homme d’affaire, on constate que cette adaptation est d’une extrême fidélité. Jusque dans le détail, l’univers de Gaston est restitué, réinventé et parfois enrichi. »

Tout le monde n’est pas aussi laudatif : l’hebdomadaire belge Télémoustique juge, dans un numéro spécial consacré au gaffeur, le film « inégal ». Il l’aurait trouvé mauvais, du reste, on n’aurait rien trouvé à redire.

Effet de loupe

La sortie d’Isabelle Franquin ne laisse évidemment pas les médias indifférents. La violence de sa diatribe provoque soudain un effet de curiosité, de loupe médiatique. Les critiques de cinéma se retournent à bon compte. Le film a tout à coup « mauvaise presse  », selon Patrick Cohen sur Europe 1.

Pourtant, depuis que l’on adapte des bandes dessinées à l’écran (en fait, depuis l’invention du cinéma : le premier film de fiction des Frères Lumière, L’Arroseur arrosé, a été tiré d’une BD créée 15 ans auparavant), peu ont laissé une véritable trace dans l’histoire au titre de « chef d’œuvre ». Beaucoup, en revanche, sont gratifiés de records d’audience flatteurs. Astérix comme Spider-Man ou les X-Men sont des abonnés aux premières places du box-office.

Alan Moore, dont les œuvres les plus importantes ont été adaptées au cinéma (V for Vendetta, From Hell, Watchmen, The League of Extraordinary Gentlemen…) a considéré que, comme artiste de bande dessinée, ces produits dérivés donnaient une mauvaise image de son travail. Et de décider que, désormais, il refuserait les chèques des producteurs. C’est une attitude digne. Comme dans le cas de Franquin, il avait vendu les droits patrimoniaux de ces œuvres. Étant régi par le droit anglo-saxon, il ne pouvait même pas exercer un droit moral.

Qu’Isabelle Franquin ait la même opinion, c’est tout-à-fait respectable. Mais jamais Moore ne se serait permis d’attaquer sans raison tel ou tel réalisateur, de donner son opinion sur un acteur, de dénigrer les autres licences, bref de se poser en autorité critique de cinéma. Chacun son style…

« Le journalisme est la fange infecte où se vautre la gloire » (Francis Picabia)

J’aime cette citation tirée de Caravansérail, car elle dit bien les choses. La machine journalistique démultipliée par celle des réseaux sociaux a cloué le film de PEF au pilori. Était-il pire que Les Profs, son précédent succès ? Non évidemment. Nous maintenons notre opinion : Gaston Lagaffe de PEF un bon film, drôle, bien écrit, malin dans l’adaptation, respectueux mais pas béat, soucieux d’abord de bien caractériser les personnages et de les mettre dans des situations comiques cohérentes. Le jeu des acteurs en particulier est très réussi. À charge pour chacun d’aller vérifier ces dires.

On l’a dit « surjoué », « caricatural »… Franquin ne l’était pas, caricatural, surjoué ? Comme j’ai pu l’écrire, il ne faut pas confondre l’œuvre et l’interprétation de l’œuvre. La bande dessinée et le cinéma sont des instruments totalement différents. Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de différence ?

Ici, les personnages sont « incarnés ». Le génie d’un Depardieu est de pouvoir passer, sans que cela ait l’air un instant ridicule, du rôle de Danton pour Wajda, à celui du gros bébé joufflu Obélix au souffle court pour Claude Zidi et Alain Chabat, à celui d’un maire de Marseille pour Florent Emilio Siri. De même pour Théo Fernandez qui est un Gaston bien ressenti et un réel espoir pour le cinéma français.

Ce qui frappe, c’est l’incohérence de la critique. Mathieu Charrier d’Europe 1 parle à la fois de la « trahison » par rapport à Franquin en ce qui concerne l’adaptation, tout en exigeant « une distance par rapport à l’œuvre », citant Alain Chabat, le réalisateur d’Astérix et du Marsupilami, en exemple.

Mettant en avant le succès du même Chabat avec Astérix et Cléopâtre (un film que déteste Albert Uderzo…), Patrick Cohen se pose la question avec humour : n’y a-t-il que Chabat capable d’adapter une bande dessinée ?

Esprit de chapelle. On en revient à la bigoterie.

Dessin d’André Franquin - © Dupuis

Un cas d’école.

Ce Gaston restera à jamais un cas d’école qui montre à quel point la critique est aisée et l’adaptation d’une bande dessinée un art difficile.

Prenons l’exemple de celle de Simon Riaux dans Écran Large (9/4/2018). Il annonce d’abord que l’adaptation de la BD au cinéma est « un champ de ruines ». Pas une ruine en tout cas, car de Superman aux Schtroumpfs en passant par Astérix, ces licences ont plutôt enrichi leurs producteurs.

Chez lui encore, on est dans la métaphore religieuse. Il parle ces « grands emblèmes de la culture populaire  » comme des « agneaux sacrificiels destinés aux prime times de chaînes boulimiques… » Il fait de Gaston un « comic-strip » [sic] dont on allonge la sauce scénaristique pour produire, selon ses mots, « un patchwork disharmonieux de sketchs grossiers ».

Un zeste d’argumentation politique au passage n’est pas inutile non plus pour biodégrader le film : « Gaston, écrit comme un héros de la start up nation au devenir de Youtubeur star n’est plus qu’un personnage secondaire (transformer un rêveur anar en obsédé du bio Macron-compatible fallait l’oser ») pour défendre « le concept et la dynamique de l’œuvre de Franquin. »

La sémantique est d’une violence extrême, et elle va crescendo. Le film est « criard  », «  odieux », offre des « œillades aux youtubeurs dignes de Christine Boutin dopée au vin de messe un jour de Pentecôte », « …tout dans le film respire un opportunisme rance... »

Et de conclure par cette étonnante prédiction : « Nul ne sait encore si le public se rendra en salles pour honorer ce Gaston Lagaffe, mais ce qui est sûr, c’est que les souvenirs de plusieurs générations de bédéphiles y ramperont pour mourir. »

L’argument de « la machine à fric cinématographique », avancée voici un mois dans les forums, est reprise aussi bien par Isabelle Franquin que par Les Inrocks. Coïncidence ou Google Search ?

Dans Le Point, Philippe Guedj n’est pas moins délicat. Cet amateur de comic-books qui est allé jusqu’à Hollywood recueillir la bonne parole de Stan Lee en personne écrit : « Depuis sa tombe, le génie dépressif doit fulminer d’éternels « rogntudju » en se retournant furieusement devant ce spectacle sans talent ni joie, sans effort ni risque. On connaît d’avance la contre-argumentation recuite des instigateurs de cet étron multicolore… »

Dépressif, Franquin ? Ce n’est pas l’avis de sa fille Isabelle qui bloque depuis des années la réédition des entretiens de son père avec Numa Sadoul, Et Franquin créa Lagaffe, précisément parce que le créateur de Gaston s’étend un peu trop sur ses idées noires.

Quant à Hugues Dayez, le Torquemada de la Radio Télévision Belge, l’homme qui avait prédit la faillite prochaine de l’administration de Tintin par Moulinsart il y a trente ans (on attend toujours…), à la fois critique de cinéma redouté et chroniqueur de l’histoire du Journal de Spirou dans l’hebdomadaire de Marcinelle, il s’attaque au jeu des acteurs : « …les acteurs en chair et en os qui singent Gaston, Moiselle Jeanne ou l’agent Longtarin nous semblent moins réels que dans les albums : ce sont des histrions mal attifés qui gesticulent en pure perte sans nous arracher le moindre sourire… »

Il ajoute : « Il n’y a rien à sauver dans ce film : beaucoup de trouvailles visuelles de Franquin ont été transposées (le hamac de Gaston, sa vieille voiture), mais aucune ne fonctionne ; toute la poésie s’est évaporée. L’image est laide, le montage est poussif, les effets spéciaux sont cheap. Pef a réussi une contre-performance historique : son film est un des plus atroces ratages dans une liste noire pourtant déjà longue d’adaptations de classiques de la BD franco-belge. Il se serait attaqué à un "Lucky Luke", il ne mériterait qu’un seul traitement : du goudron et des plumes. »

On peut s’étonner de la formulation extrême de ces expressions. C’est le propre de la bigoterie. Elle ne fait pas dans la nuance. Isabelle Franquin, la première, avait de toutes façons donné le ton…

Tous les médias ne sont pas dans ces excès. Télérama trouve le film «  pas tout à fait comme l’annonçait la fille d’André Franquin, mais presque », transfère au réalisateur les défauts du gaffeur : « ...le cinéaste, qui partage avec son personnage la paresse plus que l’ingéniosité, raille trop gentiment la société de consommation et manque l’occasion de mettre le monde de l’entreprise sens dessus dessous » et semble sonner le glas d’un « humour Canal + », longtemps inspiré de la BD, qui avait jusqu’ici plutôt bien prospéré au cinéma.

Bouc émissaire ?

Il reste que, mêmes critiquées, avec des hauts et des bas dans leurs exploitations dérivées, les œuvres d’Hergé, de Peyo, de Goscinny & Uderzo ou de Morris n’ont pas eu à se plaindre de leurs adaptations cinématographiques : jamais leurs créations n’ont été autant diffusées, ni mondialement célébrées. Il faut dire que cette nouvelle adaptation souffre des échecs précédents, notamment ces Aventures de Spirou et Fantasio d’Alexandre Coffre, sorties en salles voici un mois, et accueillies dans l’indifférence tant critique que publique.

Le titre de l’article de Philippe Guedj dans Le Point s’intitulait : « Gaston Lagaffe : pitié, arrêtons le massacre !  » Il serait peut-être temps d’arrêter, en effet, cette chasse au bouc émissaire dont les bigots de toute engeance se sont faits une spécialité.

Entre la bigoterie des uns qui veulent le respect intégriste –et donc forcément impossible- de l’œuvre, trahissant par là-même le souhait de Franquin qui a fait ses débuts dans le cinéma d’animation de se voir, comme tous ses contemporains (Hergé, Uderzo, Morris, Peyo…), porté à l’écran, et une propension journalistique quelquefois abjecte à multiplier les mots d’auteurs pour mieux jouir du massacre d’une réalisation qui ne méritait pas autant d’indignité, il est difficile de ne pas prendre des coups. Sauf qu’on les aimerait plus subtils. Signalons au passage une nouvelle fois le statut particulier de la bande dessinée : quel roman adapté au cinéma a-t-il jamais connu une telle fureur ?

Le complexe du cinéma

Les Japonais et les Américains, les deux plus puissantes nations productrices de bande dessinée dans le monde, ont dépassé ce discours rétrograde depuis longtemps. Il n’est pas une saison où plusieurs séries de manga ou de comics ne défilent sur les écrans, que ce soit en salles, à la TV, en jeu vidéo sur des plateformes comme Netflix.

Il arrive à une certaine BD classique franco-belge ce qui lui était arrivé en 1934, lorsque Paul Winkler et Opera Mundi introduisirent avec Le Journal de Mickey (partenaire de Gaston Lagaffe, le film, tiens, tiens...) la bande dessinée moderne, faisant disparaître une certaine bande dessinée française devenue vieillotte.

Ce discours de pureté, tellement dans l’air du temps au point que certaines critiques du film assortissent leurs arguments d’allusions anti-macronistes, fait abstraction des grands enjeux de la bande dessinée d’aujourd’hui : la concurrence internationale, la nécessité de conserver des jeunes publics, le déploiement des univers fictionnels sur tous les supports. Heureusement, la nouvelle génération des créateurs, qui n’a pas le complexe du cinéma, je pense à la génération de la bande à Lastman ou à celle d’Ankama, a compris cela.

Le jour-même de la sortie de Gaston Lagaffe, La Mort de Staline adaptée d’une bande dessinée de Fabien Nury et Thierry Robin sortait en salle, sans que cela ne suscite de vagues. Cette bande dessinée qui parle de la Russie, créée par deux artistes français, est mise en scène par un réalisateur anglais au nom italien. L’avenir est là.

Les bigots qui prétendent défendre l’œuvre de Franquin sont comme ce Politburo comique qui n’a pas compris qu’une page de l’histoire était définitivement tournée.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Gaston Lagaffe de Pierre-François Martin-Laval, avec Théo Fernandez, Pierre-François Martin-Laval, Arnaud Ducret, Jérôme Commandeur, Alison Wheeler… En salle le 4 avril 2018.

Dessins d’André Franquin © Dupuis, 2018Retour ligne automatique
Photos : Arnaud Borrel © 2017 - Les Films Du Premier – Les Films du 24 – Tf1 Films Production – Belvision Avec la participation de TF1 et OCS. Tous droits de reproduction réservés

 
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23 Messages :
  • Une fine analyse. Bel article.

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  • Je partage l’idée que l’on puisse critiquer une "oeuvre" sans obligatoirement insulter ses auteurs. Cependant les réactions appuyées sont (parfois) à la hauteur de l’amour que l’on a pu porter au Gaston de Franquin. On peut regretter ces réactions (peut-on regretter un amour ?) mais difficilement conclure que des amoureux éconduits sont exclusivement des bigots.

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  • Quelle crédibilité peuvent encore avoir les journalistes qui nous vantent sans cesse les qualités extraordinaires de films qui sont franchement décevants quand on les voit ? Laissons au public le soin de juger et aux gens qui ne connaissent pas l’univers de Gaston (si ! si ! il y en a) le soin de se faire une idée.

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    • Répondu par DC le 9 avril à  15:24 :

      Tout cet article néglige un détail suprême, celui qu’André Franquin lui-même a déclaré ne pas vouloir d’une adaptation de Gaston au cinéma. Relire "Et Franquin créa la gaffe" page 164

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 9 avril à  19:54 :

        Suprême, c’est beaucoup dire. Il a accepté que le film soit fait quand même, même s’il croyait que cela donnerait un mauvais résultat, ce qui fut le cas (mais Isabelle Franquin l’a trouvé mieux que ce film-ci, apparemment). Je pense qu’aujourd’hui il aurait eu le même pessimisme mais que, le numérique aidant, il aurait eu plus de curiosité, il se serait peut-être même investi dans le projet.

        Le hiéroglyphe contre le démotique.

        Inutile de faire parler Franquin à sa place. Ma position est très claire : ces usages dérivés de la BD contribuent à sa diffusion, voire à sa pérennité. On reproche peut-être aussi à ces productions leur caractère populaire. Mauvais procès : c’est son essence même.

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    • Répondu par cyril le 9 avril à  18:54 :

      Cet article est trop "pour", pour être sincère et dénué d’intérêts !!!
      Si ce film est mauvais c’est peut être parce qu’additionné des gags d’une planche (voir une demi planche) n’a jamais fait un scénario de film.
      ca va faire rire les gosses comme les profs, boule et bill ou les daltons d’éric et ramzy il n’en reste pas moins que cinématographiquement parlant ça ne vaut rien d’autre que les rentrées financières espérées, basées sur de la pub et un nom connu.
      Gaston n’est, de base, pas fait pour faire un film mais comme certains films cultes ne feraient pas de bonnes bd. Chaque média ayant ses codes. Dommage que l’appât du gain jette un voile sur cette réalité.

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  • C’est difficile, voir impossible de juger d’un film avant de l’avoir vu mais il faut admettre que la vision de la bande annonce constitue un avertissement sans frais.

    La violence des attaques est à mettre en rapport avec les espoirs très majoritairement déçus en ce qui concerne les adaptations de BD sur grand écran. On les a adoré étant plus jeune et rêvé de les voir en vrai au cinéma mais quand cela arrive, ce rêve se brise pour diverses raisons, alors cela n’incite pas à l’optimisme.

    Soyons lucides : pour un "Astérix et Cléopâtre", combien de "Spirou et Fantasio ?" le ratio est clairement en défaveur de la qualité pour des raisons diverses et variées.

    Il y a déjà la difficulté à transcrire l’oeuvre sur un support différent. Il y a aussi le contexte, l’immense majorité de la BD franco-belge décrit un monde des 50’s qui est complètement dépassé techniquement et socialement. Et le transposer au monde moderne vide parfois complètement le personnage de son sens.

    Le rythme est aussi différent : les gags de 20-30 secondes à lire, c’est super, mais sur 90 minutes, cela devient vite rasoir ou lassant.

    On peut aussi parler des erreurs grossières de casting, comme pour "Tamara" : cette BD sur une adolescente obèse est magnifique par les messages qu’elle véhicule mais pourquoi caster une actrice qui a juste 500 grammes de trop sur la balance ? On perd tout les éléments de base de ce qui a fait le succès de la série.

    Pareil pour "seuls" : dans la bd, les personnages sont des jeunes adolescents, presque encore des enfants. Le rythme, la dynamique, les réactions et la psychologie sont calibrées pour des jeunes de 12 14 ans, pas de 18 ! La plupart des scènes n’ont dès lors aucun sens car on ne réagit pas de la même façon selon les âges.

    Ce qui fait la différence avec les productions Marvel et DC, c’est que dès le départ, ce qui y importe ce ne sont pas les personnages, mais les histoires. Les sagas sont faites avec un rythme de fiction télé, sans le suspense de bas de page qui devait inciter à acheter le magazine la semaine suivante. C’est ce que les japonais ont aussi compris depuis un bail. C’est aussi pour cela que les adaptations de Comics et de Manga donnent des résultats de bien meilleure qualité.

    Et tant que les producteurs français ne l’auront pas compris, on croulera sous les "Benoit Brisefer" de sinistre mémoire...

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    • Répondu par Henri Khanan le 9 avril à  19:55 :

      Ah, Benoit Brisefer, un film à la carrière si courte en salles que je n’ai même pas eu la possibilité de le voir !!
      Une excellente BD ne donne pas forcément un excellent film, ce sont deux medias différents. D’une part, la spécificité du trait et du rythme de la planche sautent. De l’autre, ce qui est source de gags hebdos (Boule et Bill) peuvent ils donner lieu à des longs métrages ?
      Dans le cas du film Gaston, le pitch est surtout les tentatives de rachat de la start-up Lepeticoin par de Mesmaeker, à des prix toujours en baisse, car les décisions de la Direction plaisent de moins en moins au public.

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      • Répondu par mmarvinbear le 9 avril à  22:15 :

        Le format 2 minutes comme pour "scènes de ménages" était bien plus adapté pour un personnage comme Gaston je trouve. C’est plus un personnage de télé que de ciné.

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  • La véracité de votre papier, par ailleurs respectable, aurait quand meme nécessité de préciser que les 3/4 de la presse écrite ont été interdits de projections du film. Chance à vous si vous avez pu faire votre boulot. Nous non. Donc tomber sur la presse est presque comique. Franquin aurait aimé ce raccourci 😉

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    • Répondu par JF le 10 avril à  01:12 :

      « les 3/4 de la presse écrite ont été interdits de projections du film »
      Ils n’ont pas été invité à des projections de presse, mais ils pouvaient parfaitement aller voir le film en payant leur place, il y a eu plein d’avants première un peu partout.

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  • Un massacreDIDIER PASAMONIK - Lettre ouverte aux bigots de Gaston Lagaffe
    9 avril 20:21, par Éric sannier librairie temps libre

    Rien que la bande annonce, usurpation du personnage le côté gag ne semble pas suffisant.

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  • Je suis un fan de Gaston depuis 50 ans et j’ai bien hâte de voir le film et j’espère l’apprécier. Si ce film peux faire découvrir Gaston aux plus jeunes qui, on ne sait jamais, liront les albums, ça sera déjà ça. J’ai adoré Astérix et Cléopatre de Chabat qui respectait il me semble l’esprit des albums. J’espère qu’il en sera de même pour Gaston. Je crois qu’avant tout, chacun a droit à son opinion et peux l’exprimer clairement mais toujours avec courtoisie et respect. J’espère que ce film va sortit au Québec sous peu. Merci de me lire.

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  • BOF
    10 avril 11:09, par turin

    Bonjour à tous,
    l’article est bien écrit, c’est certain. Mais, et il y a un gros mais, il ne me touche pas. Je n’ai pas critiqué le film avant de l’avoir vu, ce serait du dernier ridicule. Mais je l’ai vu il y a trois jours à Brest. Nous étions trois dans la salle. Désolé de dire que si chaque planche ou presque de Gaston me font rire aux éclats, seulement un ou deux gags du film m’ont arraché un sourire, ainsi qu’aux deux autres spectateurs. Ce long long long métrage est ennuyeux, lourd, surjoué, sans humour... Un comble.
    Seul point positif : le casting, quoique Gaston fasse un peu trop jeune mais bon... Ne chipotons pas. Pour le reste c’est décevant. Comme beaucoup de films sortis ces derniers temps. Je suppose qu’Isabelle Franquin l’avait vu avant d’en dire du mal. Et je partage son opinion. J’ai vraiment du mal à comprendre ceux qui y voit une once de drôlerie ou d’intelligence... Enfin chacun ses goûts. bons ou mauvais...

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  • Une reaction amusante, curieuse et surtout completement ridicule de la part de Nexus, un des administrateurs du forum BD Gest dont vous avez ecrit a son sujet " le forum de BDGest, connu pour ses posts insultants, " est de vous avoir censure. Il est impossible a partir de maintenant de creer un lien vers actuabd dans une intervention sur Bdgest. Manifestement, votre phrase lui a deplu.

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    • Répondu par Henri Khanan le 11 avril à  11:47 :

      Oui, c’est très amusant et même savoureux de la part d’un site grand public aux milliers de pages de débats stériles et sans intéret, ponctué de multiples copiés-collés et smileys, où quelques "animateurs" ont le pouvoir de faire regner l’ordre quand cela les arrange, bien sûr ! Je prefere et de loin la profondeur des analyses d’actuabd, même si je ne partage pas l’ enthousiasme sur le film Gaston

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    • Répondu par Aurélien Pigeat le 11 avril à  14:21 :

      Le plus étonnant, dans cette réaction qui viendrait donc d’un administrateur, c’est qu’elle valide directement le discours de Didier par la mise en œuvre d’un comportement radical et sans discernement.

      Après, je m’étonne également que la communauté tolère de la part d’un de ses administrateurs la pratique d’une censure systémique. Ce n’est pas rien et d’un point de vue de mentalité ça traduit quelque chose d’assez grave à mon sens. J’aurais personnellement beaucoup de mal à accepter qu’un objet dans lequel je m’investis, et auquel je m’identifie donc au moins en partie, adopte de telles pratiques.

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      • Répondu par FranckG le 14 août à  12:01 :

        Je partage complètement ces commentaires sur ce sujet précis et suis heureux de les lire. S’il ne s’agissait de la base assez complète BDgest, je ne mettrais plus les pieds depuis longtemps sur le site Bedetheque.com. Y-a t-il seulement un administrateur, et comment ce site peut-il laisser faire ? La vraie honte du métier, plus que la supposée "catastrophe" du film Gaston Lagaffe (que je n’ai pas encore vu.)

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  • Un intellectuel de l’envergure de Didier Pasamonik devrait savoir que le cinéma et la B.D. sont deux arts de nature différente.
    Et que, si l’on peut noter de rares réussites, on a surtout constaté foultitude de pitoyables catastrophes.

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    • Répondu par Dom le 16 avril à  23:56 :

      Tout comme on constate une foultitude de pitoyables B.D. dont les éditeurs inondent sans fin le marché, bien loin du neuvième art.

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  • Le film est désormais disponible en DVD (et à-pas-cher) ce qui permet de le visionner facilement. Ce que j’ai fait. En m’attendant au pire. Je n’ai pas été déçu.
    Je suis entièrement d’accord avec Isabelle Franquin (dont simplement deux petites lignes sont ajoutées dans le générique de fin, générique que personne ne lit) lorsqu’elle précise que c’est inspiré de la BD Gaston.
    Moi, je serais plus méchant en décrétant que ce film est tout simplement un pillage des bandes dessinées de Gaston. Il s’agissait pour le réalisateur de faire un long métrage en exploitant les scènes et gags disponibles dans les albums. Est-ce que le film utilisant le même canevas, mais avec des personnages lambda, aurait existé ? Je ne le pense pas.

    Monsieur Pasamonik, vous êtes aussi culotté d’utiliser le terme de bigot pour nommer les amateurs de Gaston, surtout en prétextant qu’André Franquin était anticlérical, et d’ajouter :

    un discours de pureté proprement réactionnaire qui passe à côté des vrais enjeux de la bande dessinée d’aujourd’hui.

    Je me demande bien ce que vient faire la véritable bande dessinée dans ce nanard, sinon comme je le répète, une spoliation d’un univers bédéesque. Les enjeux de la bande dessinée d’aujourd’hui ne sont que simplement commerciaux, faire du fric et du fric, tout comme la société actuelle, d’ailleurs.
    Bien à vous.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 25 septembre à  08:28 :

      La position d’Isabelle Franquin est parfaitement respectable mais quand vous parlez de "pillage des bandes dessinées de Gaston", vous oubliez que, dans le cadre d’une adaptation, c’est la règle du genre. On n’imagine pas un film tiré d’Astérix sans potion magique.

      Eh oui, c’est de la bigoterie que de croire en une chose et de considérer qu’elle ne peut pas être interrogée, interpelée, interprêtée, voire ironiquement déconstruite. Vous êtes un bigot quand vous ne considérez pas ce film pour ce qu’il est : une adaptation, pas l’oeuvre originale. Après, la question de la qualité c’est au diapason de chacun que cela se mesure et chacun est libre de s’exprimer à ce sujet, même les bigots.

      Je vous confirme que Franquin était anticlérical, ce dessin en témoigne. Je fais partie de ceux qui l’ont connu (j’ai été son éditeur). Je peux me permettre de l’affirmer.

      Oui, ce discours réactionnaire (allez voir dans le dictionnaire ce que cela signifie exactement) est à côté des enjeux de la BD d’aujourd’hui. Astérix, Tintin, les Schtroumpfs, Lucky Luke, Spirou, Boule & Bill, Ducobu... ont tous passé l’épreuve de l’écran avec plus ou moins de réussite. Pourquoi Gaston ne le ferait-il pas ? Jamais Gaston ne passerait à la TV à une grande heure d’audience s’il n’était pas capable d’accéder à ce format là.

      Jamais Gaston ne recrutera de jeunes lecteurs s’il ne s’autorise pas d’être présent dans un parc d’attraction (pour les plus jeunes) ou dans un jeu vidéo (on peut imaginer un parcours où les gaffes le font réussir) avec les trahisons que cela implique parfois. Le talent des éditeurs et des ayants droits est précisément d’essayer de garder l’esprit de la série, de conduire le nouveau lecteur vers l’œuvre originale.

      Dans votre petit monde réduit -ce que vous appelez "l’univers bédéesque"- de lecteur quinquagénaire et au-delà, cela peut sembler une trahison. Pour bien d’autres, ce sera une découverte.

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      • Répondu par Lusabets, papy réactionnaire le 25 septembre à  09:29 :

        Merci d’avoir pris sur votre temps, que j’imagine précieux, le soin de répondre à mes propos.
        L’Histoire, avec un grand H, retiendra l’œuvre d’André Franquin, mais oubliera rapidement ce film médiocre, réalisé à la va-comme-j’te-pousse, bien dans l’air du temps.

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